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Portrait para-agricole
« L’animal reflète l’humain », atteste la comportementaliste Pauline Garcia

De l’audiovisuel à l’élevage, il y a un pas que peu franchissent. Pauline Garcia l’a fait, en développant une activité de comportementaliste animalier 
et d’éleveuse. Elle œuvre pour une meilleure relation entre les éleveurs et leurs animaux.

Pauline Garcia a construit une relation positive avec les vaches de son exploitation. Elle transmet des clés aux éleveurs pour avoir plus de confort de travail et de sécurité.
© Pauline Garcia

"Un éleveur est comme un manager, ses vaches sont ses collaborateurs", aime à prendre pour image la comportementaliste animalier Pauline Garcia lors de ses formations. Vulgariser et transmettre les études des éthologues (*) sur le terrain, auprès des éleveurs, constitue le cœur de son travail. Pour alimenter la théorie avec une expérience concrète, elle est devenue elle-même éleveuse, en 2015, d’un troupeau de Salers et d’Aubrac dans le Cantal.

Elle accorde autant d’importance au comportement de l’animal que de l’humain : « La base est de comprendre que le comportement animal reflète celui de l’humain. J’essaye pendant mes formations d’amener cette prise de conscience chez les éleveurs. L’animal ne perçoit pas le monde comme nous, c’est à nous de nous adapter, de changer d’approche pour que la relation soit harmonieuse », assure-t-elle.

De la radio à l’étable

Éleveuse, auteur et comportementaliste, ses différentes casquettes sont éloignées du milieu dans lequel elle a baigné pendant dix ans : les médias parisiens. « J’étais attirée par le milieu audiovisuel et la filière animale. Deux ans après mon bac, j’ai saisi l’opportunité de travailler à Fun Radio. Pendant dix ans, j’ai été assistante de production pour des radios et chaînes de télévision. J’en ai fait le tour et ma passion pour les animaux ne m’a jamais quittée ».

 J’ai passé un diplôme universitaire, avec une spécialité sur les chevaux et quelques modules sur l’élevage. J’ai découvert les vaches et les chèvres et ça a changé ma vie !"

Pour l’accompagner dans sa reconversion, son employeur lui a financé une formation professionnalisante : « J’ai passé un diplôme universitaire, avec une spécialité sur les chevaux et quelques modules sur l’élevage. J’ai découvert les vaches et les chèvres et ça a changé ma vie » ! Pauline Garcia ne regrette pas ses choix, déterminants pour sa communication sur les réseaux sociaux et sur Youtube, où elle donne à voir son travail sous le nom de Ethodiversité. « Ces secteurs d’activité n’ont rien à voir sur le papier, mais le milieu audiovisuel m’a aidé à parler devant une caméra, à réaliser de courtes vidéos sur ma pratique », reconnaît-elle.

Casquette sur la tête et ses yeux vert clair dans ceux de l’internaute, Pauline Garcia se filme avec ses propres vaches, lors de formations de groupe ou de coaching particulier pour travailler une problématique précise d’un éleveur avec un animal. Elle était d’ailleurs dans les Deux-Sèvres en fin d’année dernière.

Du plaisir au travail pour les vaches et l’éleveur

En tant que chef d’entreprise, l’éleveur a la responsabilité de motiver son équipe. « Quand un chef râle tout le temps, les salariés finissent par se révolter. Ils se mettent en grève. Les vaches vont aussi ressentir le mécontentement de leur patron et l’exprimer par le stress et des maladies », illustre Pauline Garcia. Au contraire, une relation positive avec les animaux les rend coopérants : « Ils vont accepter beaucoup plus facilement des choses peu agréables comme la contention ».

Couper des crins, nettoyer un œil à la compresse ou appliquer un spray sur une plaie se font désormais au pré, sans assistance."

Cette relation se construit lors de visites quotidiennes et positives. La comportementaliste le vit elle-même sur sa ferme : « Avant, je ne pouvais pas approcher seule les animaux de près. S’il y avait une blessure à traiter, je devais appeler mon associé, qui était occupé de l’autre côté de la ferme. Il arrivait, agacé, et les rapports étaient électriques avec les animaux. Couper des crins, nettoyer un œil à la compresse ou appliquer un spray sur une plaie se font désormais au pré, sans assistance.»

Cette relation positive est aussi bénéfique pour l’éleveur : « Dans ce milieu, trouver du plaisir au travail est important. On peut vite être enseveli sous les contraintes. Le burn-out et le suicide ne sont pas loin… Si en plus, on a de gros soucis avec nos salariés, mieux vaut arrêter le métier. Je m’installe quelques minutes à côté d’elles quand elles ruminent, ça me rebooste pour la journée ».

Pauline Garcia a écrit Le petit guide illustré du bien-être du bovin et prépare un deuxième ouvrage sur cette thématique.

(*) L’éthologue est un chercheur scientifique. Il étudie le comportement des espèces animales.
 

Faciliter l’éveil sensoriel des animaux

Pauline Garcia travaille avec les éleveurs de chèvres, « l’espèce la plus difficile à satisfaire », prévient-elle. Curieuses, les chèvres se lassent vite de toute nouveauté. Telle la chèvre de M. Seguin, elles sont partantes pour l’aventure, au péril de leur vie. « Dans les élevages hors sol, je travaille beaucoup sur l’aménagement car il ne répond pas à leurs besoins. Elles ont une envie naturelle de monter et de prendre de la hauteur. Quand l’environnement n’est pas suffisamment enrichi, elles s’ennuient et leur seule distraction est la vie sociale. Elles vont se bastonner tout le temps » ! Pour limiter les coups de tête, placer des éléments légers en relief est une solution conseillée par la comportementaliste. La jeune femme travaille également avec les éleveurs de veaux. Ces derniers vivent dans leur première année des changements plus ou moins faciles selon leur capacité à gérer la nouveauté. C’est ainsi que l’éleveuse de bovins a développé une méthode d’éveil sensoriel et mental du veau, inspiré de celle utilisée avec les poulains pour les familiariser aux balades. « On va enrichir le milieu pour aider le jeune veau à être moins émotif. Je mets dans la stabulation des objets variés, qu’ils viennent explorer d’eux-mêmes », explique-t-elle. Dans un milieu appauvri, les veaux ne sont pas habitués à la nouveauté et réagissent fortement au moindre changement. « Avant, on ne parlait pas de ça. Éduquer les veaux est facilitant pour toute leur vie », insiste Pauline Garcia.
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