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Patuchev : dix ans de recherches célébrés à Cap'Vert

La journée technique Cap'Vert, le 22 mai, a été cette année l'occasion de fêter les dix ans du programme Patuchev, le système expérimental caprin de Lusignan (86) et du REDCap, son organe de diffusion technique.

La journée Cap'Vert a exposé les travaux réalisés à Patuchev, autour de sept ateliers consacrés à la gestion des prairies, du pâturage et de l'alimentation, aux bâtiments, à la reproduction et à l'élevage des chevrettes.
La journée Cap'Vert a exposé les travaux réalisés à Patuchev, autour de sept ateliers consacrés à la gestion des prairies, du pâturage et de l'alimentation, aux bâtiments, à la reproduction et à l'élevage des chevrettes.
© Marie Giraud

Devenu un rendez-vous incontournable du microcosme caprin, la journée bisannuelle Cap'Vert a réuni à l'Inrae de Lusignan, le 22 mai, éleveurs, techniciens, chercheurs et apprenants agricoles, sur le site qui a vu sortir de terre en 2012 la ferme expérimentale dédiée au programme Patuchev, consacré à la recherche pour des élevages caprins autonomes et économes.

Lire aussi : À cap' vert, l'Inrae présente ses solutions pour la filière

Agroécologie, oui, production aussi

" C'est la recherche pour les problèmes de demain " a posé en introduction Abraham Escobar-Gutierrez, le président du centre Inrae Nouvelle-Aquitaine-Poitiers, citant le retour à l'herbe comme réponse à la double contrainte climatique et sociétale, tout en gardant le " prisme économique " pour des solutions durables proposées par Patuchev.

Une vision de durabilité économique défendue par le président de l'Anicap. Mickaël Lamy, par ailleurs président de la branche caprine d'Agrial, a salué " un projet de recherche structurant et indispensable pour relever les défis de la transition agroécologique ", ainsi que la nécessité de " remettre au cœur des systèmes la capacité de produire ", alors que la ressource laitière des laiteries décline.

Moins d'intrants, pour l'alimentation et la repro

Financées par la filière, l'État et la Région Nouvelle-Aquitaine (programme NéoTerra), les équipes de recherche (menées par Hugues Caillat) se sont attelées à répondre à la question : quels systèmes d'élevages permettraient une meilleure autonomie en intrants, en conservant le même niveau de production ?

Parmi les axes testés : les prairies multi-espèces ; les rotations pour limiter les intrants ; l'ingestion au pâturage et avec le foin séché ; les risques sanitaires liés au pâturage ; l'insémination animale sans traitements hormonaux ; l'élevage des chevrettes ; la réponse aux attentes sociétales.

Les 

Un dispositif original de R&D

Créé simultanément avec Patuchev, le REDCap (Réseau d'expérimentation et de développement caprin) et son animateur Jérémie Jost font le lien entre le terrain et recherche.

À la ferme expérimentale de Lusignan s'ajoute ainsi la participation de 120 éleveurs-expérimentateurs, 10 collectifs d'éleveurs et 12 structures techniques de Nouvelle-Aquitaine et des Pays de la Loire. 

Ils ont été mis à contribution pour décliner les essais dans différents contextes pédologiques : 5 mélanges prairiaux testés sur 57 parcelles, 240 méteils étudiés et 22 élevages contributeurs à la mise en place des premières références sur les mélangeuses.

Le pâturage paie

En respectant les objectifs techniques fixés pour leurs trois systèmes d'exploitations, les équipes de recherche ont démontré les atouts de l'herbe pour les élevages caprins. 

Les trois troupeaux (saisonné-pâturage SP, désaisonné-pâturage DP et désaisonné-bâtiment DB) ont utilisé 73, 74 et 72 % de fourrages dans leurs rations (foin et herbe pâturée), pour une consommation de 391, 404 et 435 g de concentrés/litre de lait produit (en dessous de la moyenne de 514 g/litre pour les troupeaux pâturants ou 555 pour les rations luzerne). 

Les productions laitières ont atteint 900, 798 et 835 litres par chèvre.

Le système saisonné-pâturage se détache avec une rémunération permise de 2,4 Smic/UMO (1,7 pour DP et 1,8 pour le DB) à mettre en relation avec la moyenne du réseau Centre-Ouest Inosys (2,2 Smic/UMO), ou des références des troupeaux pâturants (1,1) et des systèmes luzerne (1,7).

Encore des défis à relever

De nombreuses recommandations émergent des travaux conduits durant la décennie d'expérimentations à Lusignan.

La première, rappellent les chercheurs, est que "plus d'herbe dans la ration commence dans la prairie" : "La conduite agronomique (implantation, fertilisation, récolte) joue un rôle important dans l'évolution de la composition, le rendement et les valeurs" de la parcelle.

Les expérimentations ont par exemple débouché sur une recette type pour obtenir un méteil à 16 % de MAT et 35 q/ha (un mélange triticale, pois, féverole, avec 10-15 % de graines de protéagineux) ou mis en évidence la grande capacité d'ingestion des chèvres : elles peuvent ingérer 5 % de leur poids vif, avec 30 % de concentrés et 70 % d'herbe, soit une capacité supérieure aux vaches.

L'unité de Lusignan s'est également intéressée à la reproduction, avec l'élaboration de protocoles d'insémination sans ou avec moins d'hormones.

La recherche bute encore néanmoins sur la gestion du parasitisme gastro-intestinal, et malgré le pâturage tournant ou l'introduction de plantes à action anthelminthique, peine à pallier le recours aux antiparasitaires.

L'année 2025 voit le début d'un nouveau programme biennal pour l'unité Patuchev, avec la mise en place d'une nouvelle expérimentation-système avec les partenaires, éleveurs et éleveuses. 

Le projet PEI R3Dcap porte trois objectifs : mettre au point, promouvoir et accompagner le développement de systèmes caprins adaptés au changement climatique et restaurant la biodiversité ; développer des solutions face aux controverses à venir sur l'élevage caprin (compétition feed-food, problématiques chevreaux, longévité des chèvres) ; améliorer l'attractivité du métier d'éleveur caprin.

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