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À Pamproux, Anne Boutet incarne l'excellence caprine

L'éleveuse du sud Deux-Sèvres conduit un troupeau de Saanens aux hautes performances techniques et génétiques, notamment en termes de productivité et de longévité des animaux, récompensé par un trophée Eilyps en juin. Zoom sur ses clés de réussite.

L'élevage d'Anne Boutet affiche une longévité record.
L'élevage d'Anne Boutet affiche une longévité record.
© Marie Giraud

Quand on lui demande son secret pour un troupeau au top, Anne Boutet est un peu décontenancée.

L'éleveuse de Pamproux a pourtant été distinguée pour les performances de son atelier caprin, en juin dernier, en recevant le prix d'excellence décerné par Eilyps.

En confrontant des critères techniques et génétiques, l'entreprise de conseil en élevage l'a identifiée comme le meilleur troupeau de sa zone couvrant les Deux-Sèvres et la Bretagne.

Lire aussi : Trophée Gènes Avenir Capgènes : trois lauréats deux-

Des décennies de sélection génétique

Depuis son installation sur la ferme familiale de Pamproux, en 2008, Anne a poursuivi le travail hérité de ses parents. 

"Ils avaient fait depuis longtemps une démarche de sélection génétique. Je leur dois les performances de l'atelier". Elle reproduit également la rigueur dans le suivi du cheptel, qui " est un passage obligé pour la réussite".

Le troupeau est organisé en cinq lots dans la chèvrerie de 1984, équipée d'extracteurs d'air et de brumisateurs. La distribution d'aliments est automatisée avec un distributeur sur rail "aérien".

Le lait et les taux prioritaires

Une petite moitié du troupeau est inséminée en mai, pour des mises bas dessaisonnées en septembre-octobre. Les saillies naturelles et les retours sont assurés par des boucs issus du troupeau. L'ensemble du troupeau est filié à 100 %, dont 90 % de chèvres issues d'IA, et obtient un ICC de 2,2 en 2025.

Depuis plusieurs années, les boucs d'IA sont sélectionnés en tenant compte de leur index morphologique (IMC), pour améliorer les mamelles. "Mais je veille à ne pas détériorer les critères de production, insiste Anne. Le lait et les taux restent le nerf de la guerre".

Une ration stable, à base de luzerne

Une ration stable : c'est, selon Anne Boutet, l'un des éléments principaux de la bonne santé de ses chèvres. La ration est basée sur la luzerne produite sur l'exploitation, en enrubannage ou foin. Trois coupes sont réalisées sur l'année, voire quatre quand la pousse est favorable.

Deux apports d'engrais annuels sont apportés sur la prairie (potasse et engrais de fond - calcium 30 %, phosphore 20 % et soufre 25 %), ainsi qu'une attention particulière au désherbage (un anti-graminées à l'automne, un anti-dicotylédones au printemps), la partie la plus compliquée à gérer, selon l'éleveuse.

Les transitions alimentaires entre les fourrages sont progressives, accompagnées de cures d'hépatoprotecteur et d'une surveillance visuelle des animaux.

Au pic de lactation, les chèvres reçoivent 1,1 kg brut de foin de luzerne, 1,3 kg d'enrubannage, 400 g de maïs grain, 1 kg d'aliment complet et 450 g de correcteur azoté (29 % de MAT). Les fourrages grossiers sont distribués avant la traite, et les concentrés en six passages (selon la capacité du distributeur automatique).

Longévité hors-norme

Environ un tiers des laitières sont laissées en lactations longues (LL). "La lactation longue était déjà pratiquée par mes parents pour conserver les meilleures laitières non gestantes. J'ai choisi depuis peu d'étendre la pratique à des lactations longues 'choisies' : je ne mets pas à la reproduction les plus vieilles chèvres, pour ne pas les fatiguer et les laisser finir leur carrière tranquillement".

La longévité des chèvres est exceptionnelle, avec un âge moyen à la réforme de 5,6 ans, sans pénaliser la productivité : les laitières produisent 5 928 kg de lait dans leur carrière, avec 4 kg de lait par jour de traite.

La réforme des chèvres (25 %) intervient principalement sur le critère de la production laitière, si celle-ci passe en dessous de 2,5 kg par jour. 

"Tant que les chèvres font du lait et sont en bonne santé, je les garde, résume l'éleveuse. Je pense de cette façon laisser s'exprimer leur potentiel génétique", explique-t-elle, se remémorant les indications de son conseiller Eilyps : "Rémi [Couvet] affirme que les troisièmes et quatrièmes lactations sont les meilleures". De fait, celles-ci démarrent en moyenne, chez Anne, à 5,2 et 5,6 kg.

Je ne mets pas à la reproduction les plus vieilles chèvres, pour ne pas les fatiguer et les laisser finir leur carrière tranquillement.

Un esprit zen dans un corps sain

La bonne santé des animaux commence par l'élevage des chevrettes. 

Logées dans une grange "qui pourrait être mieux", elles reçoivent deux aliments d'allaitement (60 % de PLE puis lactosérum), des granulés pendant la phase lactée, "très peu pour éviter l'entérotoxémie", mais sont habituées tôt au foin de luzerne grossier, "un super fourrage pour développer la panse". 

Sevrées à 16-17 kg, un anticoccidien leur est administré et elles sont vaccinées contre la paratuberculose.

Les adultes sont quant à elles relativement épargnées par les problèmes sanitaires. Les transitions alimentaires sont rares et douces et les chèvres sont soutenues par des nutritionnels en préventif, notamment contre la grippe (enrichi en vitamine C), avant les changements de température.

Anne attribue cette salubrité à une gestion du troupeau en vase clos. "L'absence d'entrée d'animaux préserve mon cheptel, déduit-elle, ainsi qu'un historique sanitaire favorable : le troupeau a longtemps eu le statut 'indemne CAEV'" (arrêté depuis au vu des complications administratives).

Dernier élément clé de la bonne santé du troupeau, de l'avis d'Anne : l'absence de stress des animaux. "On me dit que mes chèvres sont calmes. C'est vrai qu'on ne les bouscule pas"!

Les chiffres 2024-25 de la ferme d'Anne Boutet

Lait : 1 426 kg/chèvre (élevages du groupe : 995)

Matière utile : 105,3 kg de MG et MP produites sur la campagne (71,5) avec TB 39,8 et TP 34

Âge moyen : 4,3 ans (3,5)

Carrière laitière : 5 928 kg/chèvre (3 166)

Lait/jour de traite : 4 kg/chèvre (3,2)

Durée moyenne LL : 1 003 j (811)

Lait/jour des LL : 4,4 kg (3)

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