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Formation
Au lycée de Melle, un débat pour mieux comprendre le lien entre porteur de projet et cédant

Au lycée Jacques Bujault, il était question d’installation et de communication, mardi 10 mai. En présence de la réalisatrice Agnès Poirier et d’agriculteurs, les élèves ont assisté à la projection de son documentaire « L’installation » avant un temps d’échange.

82 élèves étaient présents pour assister à la projection du documentaire L'Installation et suivre les échanges de la table ronde animée par Gabrielle Dufour, du think tank Agridées.
© Léa Calleau

Une ferme bretonne, un couple d’éleveurs laitiers et deux jeunes citadines de région parisienne sont les ingrédients du documentaire L’Installation, réalisé par Agnès Poirier. Avant d’être l’histoire d’une reprise, c’est l’histoire d’une rencontre : « Il y a un alignement entre les cédants et les repreneurs, un désir profond qui s’ajuste entre ce qu’ils souhaitent et la ferme à reprendre », décrit la réalisatrice, fille d’agriculteurs mayennais, face aux élèves du lycée Jacques Bujault, à Melle, lors d’une projection-débat organisée le 10 mai dernier.

Quand on a un projet différent de celui du cédant sur la ferme, il peut croire qu’on juge son travail."

Cet alignement des planètes ne se produit pas à chaque fois, comme en a témoigné Théo Joyeux, ancien étudiant à Jacques Bujault. « Le film m’a beaucoup parlé. Il est dit à un moment : "quand on a un projet différent de celui du cédant sur la ferme, il peut croire qu’on juge son travail." Je l’ai vécu et c’est un frein pour la transmission ». Salarié sur quatre fermes, Théo n’a pas encore rencontré celui ou celle qui serait prêt à lui céder son exploitation.

Faire un pas l’un vers l’autre

Pour qu’une transmission devienne une évidence, le terrain doit être préparé en amont et chaque protagoniste a un pas à faire l’un vers l’autre. Sinon, la magie n’opère pas. À la ferme de Kervily, présentée dans le documentaire, les éleveurs laitiers Jean-Yves et Élisabeth Penn ont fait confiance aux candidates à l’installation, Lauriane Achard et Audrey Lopez. « Une confiance calculée, précise Jean-Yves Penn, présent par visio lors du débat suivant la projection. On leur a déconseillé d’acheter le foncier et le bâti. Une difficulté au début de l’installation peut être un boulet toute la carrière. Il vaut mieux attendre que le projet soit bien assis. On a donc transmis la totalité en fermage. Nous étions aussi capables de supporter financièrement quelques difficultés de leur part ».

L’idée de transmettre la ferme était présente dès le commencement pour l’éleveur : « Tout a été fait en pensant à céder la ferme un jour. On a évité des investissements trop lourds. On est parti sur un système bio à base d’herbe, plébiscité par les consommateurs ». En stage pendant un an, Lauriane et Audrey ont appris à maîtriser la pousse de l’herbe, le pâturage tournant dynamique et la conduite du matériel. Plus que de transmettre des capitaux, Jean-Yves et Élisabeth ont voulu leur transmettre « des savoirs et des pratiques ».

Le choix d’installer un couple de femmes était aussi « un signal fort » pour le monde agricole, milieu encore masculin, aux yeux de Jean-Yves.

Céder à des néo-ruraux

Au début de la table-ronde, Agnès Poirier a interrogé la salle : « Qui est issu du monde agricole ici ? » Quatre jeunes ont levé la main, dans un amphithéâtre comptant 82 élèves. Les NIMA, les personnes non issues du milieu agricole, feront partie des agriculteurs de demain, a vite compris Jean-Yves : « Je suis parti sur un constat : la moitié des agriculteurs va partir à la retraite dans cinq ans. En Bretagne, seulement un sur quatre sera remplacé par un descendant.

Nous avons besoin d’installer des NIMA pour refonder le tissu rural.

J’ai vu la campagne se déserter, les commerces ruraux disparaissent, les services, la culture, l’école… Il n’y a pas de vie sociale sans habitants. À partir de ce constat, nous avons tout mis en œuvre pour que des néo-ruraux s’installent ».

Au bout d'un à la tête de la ferme, tout n’est pas simple pour Audrey et Lauriane, comme pour chaque nouvel installé. Les agricultrices payent leur loyer à échéance et projettent d’investir dans un bâtiment, preuve que leur projet tient la route.

"Ça ne vous manque pas trop, le travail à la ferme ?"

La question de Hugo attire une réponse rapide de la part de Jean-Yves : "Non, je ne m'ennuie pas. J'ai co-écrit un livre sur la méthode que j'ai mise en place sur la ferme, "Les vêlages groupés de printemps". Je continue à partager mes compétences par des interventions, de parler aux jeunes comme je le fais avec vous aujourd'hui. Je vais bientôt faire un voyage d'études aux États-Unis sur les systèmes herbagers".
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