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Les secrets du changement climatique 9/12
Dates de vendanges : de plus en plus précoces !

Pilier de l'identité néo-aquitaine et contributrice majeure de l'économie agricole régionale, la viticulture est particulièrement impactée par le changement climatique.

En témoignent les dates de vendanges de nos vignobles qui ont avancé d'environ 20 jours depuis les années 1980, et les titres alcoométriques de nos vins qui ont augmenté d'environ 2 degrés sur la même période. Aujourd'hui, tous les acteurs de la filière viticole régionale se posent la même question : jusqu'à quel point ces évolutions vont-elles se poursuivre, et quelles conséquences cela aura-t-il ?

Le raccourcissement du cycle de la vigne va se poursuivre

Les modélisations climatiques sont formelles : l'avancement des dates de vendanges va continuer au cours des prochaines décennies sous l'influence du changement climatique. La raison en est bien connue : pour un cépage donné, la durée du cycle de la vigne dépend étroitement du niveau de température pendant le cycle cultural.

En conséquence, si la température s'accroît, le cycle cultural se déroule plus rapidement, et la date de vendange devient plus précoce. CQFD. Plus utile pour les vignerons que ce seul énoncé physiologique, l'avancement à venir peut être estimé distinctement pour chaque vignoble et chaque cépage cultivé en région. Ainsi par exemple, la date de vendange du cépage Merlot à Saint-Émilion devrait passer du 7 septembre à la fin du XXsiècle, au 20 août au milieu du siècle, et au 12 août à la fin du siècle (dates moyennes sur 20 ans).

+ 8,5 °C à Saint-Émilion pendant les vendanges

Au-delà du seul effet calendaire, cet avancement à venir des dates de vendanges aura des conséquences importantes. En effet, se déroulant de plus en plus tôt dans l'année, les vendanges s'effectueront sous des conditions de température de plus en plus élevées. Pour une part, car le climat sera plus chaud même à date fixée, et pour une autre part car les mois d'août sont plus chauds que les mois de septembre même à climat fixé. Traduction chiffrée à Saint-Émilion. À la fin du XXe siècle, les vendanges se déroulaient avec des minima journaliers de 12,6 °C (moyenne sur 20 ans). Au milieu du siècle, ces minima journaliers pendant les vendanges seront de 18,3°C (moyenne sur 20 ans). À la fin du siècle, ils seront de 21,1°C (moyenne sur 20 ans). Soit une augmentation de 8,5°C en un siècle, alors que le climat en France ne se sera réchauffé " que " de 4°C ! Ces futures vendanges sous des températures élevées (à partir du milieu de journée) poseront aux vignerons deux types de problèmes.

Des vendangeurs en combinaison anti-chaleur ?

D'une part, les vendangeurs (pour les vendanges manuelles) seront exposés à des conditions de chaleur difficiles à supporter. Des équipements individuels de protection contre la chaleur (par humectation ou réfrigération) pourront protéger au moins en partie les personnes des risques de coup de chaud. Plus radicales, les vendanges de nuit permettront de travailler sous des températures plus fraîches, mais avec des coûts accrus pour l'employeur : tarif de nuit plus élevé, productivité du travail diminuée.

D'autre part, les grappes récoltées sous la chaleur risqueront d'entamer des fermentations préjudiciables à la qualité des vins. Des bancs de récolte réfrigérés permettront de limiter ce problème au prix d'investissements conséquents. À défaut, les vendanges de nuit réduiront la température pendant la récolte.

Changer les cépages si besoin

Pour compléter ce panorama des solutions, signalons qu'un changement judicieux de cépage permet lui aussi de limiter l'augmentation des températures pendant les vendanges.

Dans notre exemple de Saint-Émilion, le cépage Petit Verdot (en lieu et place du Merlot) - parce que plus tardif d'une semaine à dix jours - nous conduit à des minima journaliers pendant les vendanges moins élevés : 17,2°C au lieu de 18,3°C au milieu du siècle, et 20,1°C au lieu de 21,1°C à la fin du siècle (moyennes sur 20 ans). Efficace, mais pas suffisant. En conséquence, s'il s'avère que les cahiers des charges des appellations empêchent le choix de cépages suffisamment tardifs pour l'efficacité recherchée, alors la révision des cahiers des charges devra être envisagée sans regret.

En viticulture, c'est donc bien une combinaison de leviers qui devra être utilisée face au changement climatique pour permettre le maintien des vignobles néo-aquitains si chers à nos cœurs.

Cette règle de la "combinaison de leviers", qui ne se limite pas à la viticulture, constitue un véritable incontournable de l'adaptation de l'agriculture au changement climatique !

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