Aller au contenu principal

Serge Zaka : "Il nous reste 30 ans pour anticiper face au climat"

Le 31 janvier, l'EPTB Sèvre nantaise (syndicat d'eau) organisait un forum agricole à Saint-Amand-sur-Sèvre, intitulé "Le climat change, je change aussi". Invité, le médiatique docteur en agroclimatologie Serge Zaka a livré ses projections jusqu'en 2070.

Selon S. Zaka, les cycles de l'eau vont s'accélérer.
Selon S. Zaka, les cycles de l'eau vont s'accélérer.
© ETPB

Anticiper est le maître-mot. Voilà ce qu'a martelé Serge Zaka, dont la spécialité est d'étudier sur le long terme les impacts climatiques sur l'agriculture, mais aussi les décisions économiques et politiques qui peuvent influer leurs trajectoires. 

Lire aussi : Changement climatique : qu’est-ce que l’effet albédo - Caracterres

2022, année normale en 2050

"Factuellement, dans le monde agricole, nous sommes capables de faire face au climat. Il n'y a pas une solution, mais une combinaison de leviers à activer. Et il nous reste trente ans pour le faire, car sans cela, l'année extrême de 2022 (sécheresses à répétition et pertes de rendement significatives) sera devenue la norme dès 2050", a posé en préambule le scientifique au chapeau de cow-boy.

Tableaux et statistiques à l'appui, Serge Zaka a démontré que les changements climatiques perçus ces dernières années vont continuer à se renforcer : davantage de canicules (jusqu'à 40 jours par an à +35 °C à Nîmes en 2070), une disparition des jours de gel (pourtant essentiel aux cultures), des intempéries ponctuelles de forte intensité (tempêtes, orages...).

Néanmoins le bassin de la Sèvre nantaise sera relativement épargné : "Vous aurez toujours de l'eau et un effet radoucissant venu de l'Océan, vous aurez aussi du blé, qui bénéficiera d'un effet CO2. Vous ne serez pas confrontés, comme l'Espagne, l'Italie et bientôt le sud de la France, à des problématiques de désertification. Certains agriculteurs de ces zones les ont déjà quittées ou cherchent à le faire", expose-t-il.

Retenir l'eau sur les sols, une nécessité

Après avoir détaillé les conséquences du réchauffement climatique sur les animaux d'élevage et abordé les ressorts géopolitiques à l'œuvre (comme l'entrée sur le marché du blé du géant russe depuis 2007), l'agroclimatologue a insisté sur l'effet principal que subiront les territoires du milieu ouest de la France dans les années à venir.

Une table ronde permettait de prolonger les interventions avec quatre agriculteurs du secteur.

"Les cycles de l'eau vont s'accentuer dans les deux sens. Ce qui veut dire excès et inondations en hiver, déficit en été. C'est loin d'être neutre pour l'agriculture, dont semis et récoltes fonctionnent selon les saisons".

Les solutions énumérées par Serge Zaka pour faire face à ces défis convergent vers un objectif principal : retenir l'eau sur les sols. 

"La course de l'eau sur le territoire est trop rapide, il y a un effet toboggan vers les rivières qu'il faut freiner. Il est dû à de multiples facteurs comme la bétonisation, le labour sans prairie, la fonte des haies, le drainage... Ralentir l'eau dans le paysage permet de la répartir", a insisté l'expert.

Les cycles de l'eau vont s'accentuer dans les deux sens. Ce qui veut dire excès et inondations en hiver, déficit en été. C'est loin d'être neutre pour l'agriculture, dont semis et récoltes fonctionnent selon les saisons.

Généraliser les "petites techniques"

Pour que se matérialise ce ralentissement de l'eau, plusieurs moyens "d'hydrologie régénérative" sont cumulables. Serge Zaka en a listé : les couverts et méteils pour structurer les sols par les racines et faire baisser la température des parcelles, des labours en parallèle de la pente, des plantations d'arbres, des restaurations de mares et retenues... 

Lire aussi : Les méteils, levier d'adaptation au changement climatique

"Il ne faut pas forcément être un puriste de l'agriculture de conservation (ACS). Appliquer quelques petites techniques fera la différence. Il ne s'agit pas par exemple de planter des haies partout, mais de savoir où elles joueront le mieux leur rôle".

Une table ronde en présence de quatre agriculteurs locaux clôturait la matinée. Chacun y témoignait d'actions entreprises en agroforesterie, changement de rotations, développement du pâturage... 

L'un d'entre eux, Antoine Pasquier, évoquait les résultats constatés sur sa ferme bovine à La Petite-Boissière : "On sous-estime ce que peut apporter la biodiversité à l'économie de nos fermes. Le maillage bocager recréé chez moi, ainsi que le pâturage tournant dynamique ont boosté la vie du sol".

Lire aussi : Éleveur, Antoine voit les haies comme un outil de travail -

"Les agriculteurs n'ont jamais été aussi prêts à changer leurs pratiques, a affirmé pour sa part l'éleveur deux-sévrien de pigeons Mickaël Fuzeau. Il y aura diversité des solutions comme des modèles, tous ont leur place. Restons agiles et adaptables sans entrer dans du systématique".

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Caracterres.

Les plus lus

Grâce à son camion, Elodie Merigot coiffe en toute tranquillité, en proximité.
New's Coiffure, un salon en itinérance
Avec son camion aménagé, Elodie Merigot sillonne six communes de la Vienne depuis 2015. Une façon originale de rapprocher la…
Romain Migeon est coureur cycliste et vient d'ouvrir son atelier de réparation et entretien de cycles.
Sur les vélos, mais aussi aux réparations
Passionné de vélo depuis tout petit, Romain Migeon collectionne les titres, y compris au national. Désormais intégré dans une…
Les dérogations à l'obligation de couverture des sols concerne les secteurs 1 et 3.
En bleu: secteur 1 En rose: secteur 2 En vert: secteur 3
Points rouges: stations météo de référence
Couverture des sols : des dérogations dans la Vienne

En raison du déficit pluviométrique marqué, notamment sur la période du 1er juin au 23 août 2026, qui perdure dans…

Quentin Samoyant cultive actuellement 3 000 m2 de fleurs, fruits et légumes à Champagné-Saint-Hilaire.
Des graines de fleurs, fruits et légumes de Champagné
Depuis 2023, Quentin Samoyault cultive des fleurs, fruits et légumes. Et même s'il apprécie ces végétaux, c'est plus pour leurs…
C'est depuis la plateforme Chorus Pro que se fait la demande de remboursement de 15cts/litre de GNR.
GNR : seulement 1 700 dossiers dans la Vienne

Parmi les mesures annoncées par la ministre de l'Agriculture dans son plan Casi, il y a notamment la prolongation en septembre…

François Ressegand  était particulièrement investi à la Ferme s'Invite. Ici en 2014.
François Ressegand : un sourire, des baudets et des souvenirs

Il avait tout le temps le sourire, et l'œil malicieux, toujours prêt à faire une blague. C'est sûrement parce que lorsqu'on le…

Publicité