Nomination à l'OFB : une provocation de trop
Réunis derrière les bannières de la Coordination Rurale 86, de la FNSEA 86, des Jeunes Agriculteurs de la Vienne, et de l'Adiv, plus d'une centaine d'agriculteurs ont crié leur ras-le-bol face à ce qu'ils qualifient de " provocation " : la nomination d'une ancienne élue écologiste, Anne Le Strat, à l'Office français de la biodiversité (OFB).
C'est presque devenu un rendez-vous régulier ces derniers mois. Une nouvelle fois, une cinquantaine de tracteurs, dont certains avec des bennes chargées de fumier et autres pneus, se sont stationnés devant les grilles de la préfecture en fin de semaine dernière. Si la Coordination Rurale 86 est à l'initiative de la mobilisation, elle a tendu la main à la FNSEA 86, aux Jeunes Agriculteurs et à l'Adiv, car " 99% des objectifs et des attentes sont les mêmes ", estime Stéphane Pelletier, agriculteur à Arçay, et membre de la CR, mobilisé ce jour-là...
Au centre de la crispation des 150 agriculteurs sous les fenêtres de l'administration, et sous la pluie, le récent recrutement d'Anne Le Strat, ancienne responsable des Écologistes, au poste de directrice générale déléguée de l'Office français de la biodiversité. Pour les agriculteurs, ce choix incarne une " écologie punitive " regrette Michel Caillé, éleveur à Vivonne, et une rupture avec la neutralité attendue de ce type d'administration, ajoute Fabien Bichon, JA en polycultures-élevage à Smarves... Les manifestants comme Pierre-Yves Thirouin, céréalier à Doussay, refusent l'idée d'une direction " idéologiquement contrôlée " qui viendrait renforcer la pression sur un monde rural déjà à bout de souffle. Cette nomination agit comme un " détonateur " dans un contexte de trésoreries épuisées où beaucoup de professionnels se disent désormais " au bout des tolérances ".
Au-delà de la figure de sa nouvelle dirigeante, c'est le pouvoir de " police " de l'OFB qui cristallise les tensions. Les agriculteurs dénoncent un pouvoir jugé excessif qui permet aux agents de pénétrer sur les exploitations sans autorisation préalable. " Ils peuvent arriver jusque dans la cour de la ferme, les hangars... sans prévenir et sans qu'on soit là ", s'indigne Michel Caillé, éleveur à Vivonne. Cette pression administrative devient insupportable au quotidien disent les agriculteurs. Le JA Fabien Pichon, raconte être passé tout près de la sanction pour deux erreurs de saisie dans son registre de fertilisation : " Je suis installé depuis peu. Ça m'arrive de faire des erreurs, mais on n'a plus le droit. " L'intersyndicale exige que l'OFB redevienne un organe impartial et que la "judiciarisation systématique" de la moindre erreur technique s'arrête, espère Michel Caillé.
La crise est aussi, et surtout, financière. " Beaucoup d'entre nous sont au bout des tolérances au niveau des trésoreries ", explique Stéphane Pelletier, de la CR86, et élu à la chambre d'agriculture. Entre la hausse des coûts de l'azote et des intrants, et des banques qui commencent à " blacklister " des projets agricoles, l'avenir s'assombrit.
Une délégation intersyndicale a été reçue pendant deux bonnes heures par le Préfet Boulanger. Mais la réponse de l'État concernant le soutien financier aux agriculteurs, n'a pas calmé les esprits. Sur un fonds d'urgence national de 35 millions d'euros, la Vienne ne pourrait espérer qu'une aide d'environ 4 000 euros pour une centaine d'exploitations céréalières, explique François Turpeau au sortir de l'entrevue. "C'est un pansement sur une plaie ouverte", tonne-t-il. "Il nous manquerait seulement 4 000€, on ne serait même pas là ! "
Cette journée avait un but " thérapeutique " dit Stéphane Pelletier. Face à l'énervement croissant, "il est bien de canaliser la colère pour éviter des actions désespérées et incontrôlées de la part de jeunes agriculteurs notamment".
Et puisque l'OFB a été au centre des agacements de l'après-midi, les agriculteurs ont tenu à dire qu'ils ne sont pas les seuls responsables des pollutions environnementales. Sur la question des captages d'eau, le président de la chambre d'agriculture, Philippe Tabarin, a indiqué que "seuls 16 % des fermetures sont liées à des molécules agricoles, tandis que 84 % dépendent d'autres substances souvent non analysées, comme les résidus de médicaments urbains".
Dépôt de plainte
Lors de cette mobilisation, plusieurs bennes de déchets, fumier, bâches, paille, ont été déversées à la fois sur le parvis et dans la cour de la préfecture, mais aussi devant les locaux de l'OFB, devant l'EPTB à Chasseneuil-du-Poitou et devant le siège du Crédit Agricole Touraine Poitou. "Face à ces nouveaux agissements", le Préfet a décidé de déposer plainte pour "dépôts sauvages de déchets et manifestation non déclarée". De son côté, François Turpeau, président de la CR 86, assure qu'une déclaration de manifestation a bien été déposée au nom de l'intersyndicale.