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Les agriculteurs sens dessus dessous

La mobilisation "On marche sur la tête", orchestrée à l'échelle nationale par la FNSEA et Jeunes Agriculteurs, s'est étendue lundi soir dans la Vienne. Explications avec Romain Provost, président de Jeunes Agriculteurs de la Vienne, et Sébastien Berger, président de la FNSEA 86.

Le slogan de votre mobilisation est "On marche sur la tête". Vous avez dressé à l'envers les pancartes d'entrées de villes. Quelle est la signification de cette action ?

On a voulu exprimer le ras-le-bol généralisé ressenti par les agriculteurs du département en ce moment, en faisant une action pacifique et en communiquant de manière humoristique. On n'est pas là pour dégrader des équipements, mais on doit sensibiliser l'État et les citoyens à la situation que nous connaissons. Il fallait marquer le coup.

 

Quelles sont les raisons de ce mécontentement ?

La pression mise sur les agriculteurs est énorme. On veut dénoncer les contradictions réglementaires que subit la profession. À l'échelle internationale, les clauses miroirs, devant éviter la concurrence déloyale avec nos productions, ne sont pas respectées. Les règles que nous devons appliquer sur nos exploitations, ne sont pas obligées dans les autres pays, et on importe quand même des produits de ces mêmes pays. Concernant la Pac, depuis plusieurs années, il y a une baisse de l'enveloppe générale. Il y a eu en plus cette année des retards de paiements. L'argent va donc arriver en décalé dans les exploitations. L'acompte annoncé pour mi-novembre était de 70 % du montant total, et finalement, il n'y a que 45 % qui sont versés à ce jour. Ça crée des trésoreries tendues. Les agriculteurs en ont plein le dos. Sans compter que des agriculteurs ont monté des dossiers pour entrer dans le dispositif des MAEC, mais ils ne sont plus éligibles. Ils peuvent perdre jusqu'à 15 000 €/ an. Actuellement, les cours de la viande et du lait ne suivent pas les hausses de prix de l'aliment, des matériels. Des agriculteurs sont à bout de nerfs, fatigués moralement et physiquement. En élevage, la problématique sanitaire de la maladie hémorragique épizootique (MHE) de ces dernières semaines n'arrange rien. Pour les céréaliers, c'est aussi compliqué car le prix des céréales n'est pas là, alors que leur implantation s'est faite à prix d'or. Mais dans le même temps les charges sont en augmentation, d'où un effet ciseaux qui nous pénalise.

 

Des plans de soutien ont été récemment mis en place pour différentes productions et systèmes. Ils ne vous satisfont pas ?

Ces plans de relance (bio, protéines, fruits et légumes) sont des rustines sur une jambe de bois et ils engendrent un empilement de normes supplémentaires. En parallèle, on subit des interdictions de molécules pour les produits phytosanitaires, mais on n'a pas de solutions en face en ce moment. Des évolutions dans les systèmes sont en marche, mais on doit rappeler qu'on travaille avec du vivant. Le pas de temps est long. Il n'y a pas un bouton arrêt/marche. La transition se fait mais qu'on ne nous mette pas la pression. On se retrouve en plus face à une hausse de la redevance pour pollutions diffuses (RPD). A cela s'ajoute que c'est la croix et la bannière pour faire appliquer la loi Egalim qui n'est toujours pas respectée par l'ensemble des acteurs de la chaîne. On est inquiet aussi des effets de la taxation du GNR sur les trésoreries déjà fragiles. On déplore aussi la remise en cause de l'irrigation, qui peut pourtant sécuriser nos exploitations. Depuis un mois, il est tombé 470 mm d'eau dans le Civraisien. Avec le débit de la Charente enregistré ces dernières semaines, on aurait pu remplir une réserve de substitution en un quart d'heure ! Si ces conditions de travail continuent comme ça, il ne va plus y avoir beaucoup d'agriculteurs dans la Vienne dans les années à venir. Il y a un manque de perspectives, avec des capitaux élevés, des prix qui fluctuent, qui fait douter les personnes qui voudraient s'installer. On veut rappeler qu'on a besoin des agriculteurs trois fois par jour, pour s'alimenter, et qu'on fait travailler des entreprises autour de nous, qu'on fait vivre le tissu économique local. On ne peut pas mettre tous les maux du monde sur le dos des agriculteurs.

 

Lire également l'action réalisée en Charente-Maritime

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