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Réflexion
Bien-être : considérer le binôme Homme-animal

Nicolas Redureau, éleveur à Noirterre (Deux-Sèvres), a participé aux groupes de travail orchestrés par Agrial sur le bien-être animal. Il tente d’expliquer l’éthique avec laquelle il travaille. Chaque jour, et surtout dans les moments difficiles, le respect de l’animal guide son action.

Nicolas Redureau, éleveur de chèvre en Deux-Sèvres prend position sur le bien-être animal
Nicolas Redureau peine à comprendre la suspicion permanente que certains leaders d’opinion entretiennent.
© DR

Il n’y a pas d’élevage sans dépendance de l’éleveur à l’animal et de l’animal à l’éleveur. L’un est le binôme de l’autre et vice versa. En conséquence, il ne peut y avoir de bien-être de l’un sans le bien-être de l’autre. Nos conditions sont interdépendantes », juge Nicolas Redureau.

À la tête d’un troupeau hors sol de 240 chèvres, l’éleveur de Noirterre a participé à des groupes de travail sur le bien-être animal mis en place par sa laiterie Agrial. « Nous avons beaucoup échangé avec les associations welfaristes dans ce cadre. Ça fait vraiment du bien de se sentir écouté », témoigne le professionnel, bousculé au fil du temps « par des positions de militants de la cause animale construites sur des a priori, des faux jugements, une suspicion permanente. La bienveillance est totalement absente de certains raisonnements ».

Le lien Homme-animal

L’activité d’élevage, sa réussite, sa stabilité, sa pérennité reposent sur le lien entre l’homme et l’animal, insiste Nicolas. « Cette interdépendance est le socle. On est allé à l’école pour comprendre ça, comprendre ce que ça implique sur un plan humain, mais également technique et économique ». La sensibilité de chacun, la relation au quotidien, donnent naissance, jour après jour, à la singularité de ce lien. Au fil du temps, un équilibre se crée, certifie l’éleveur. Cet équilibre, sa stabilité, est source de bien-être. En son absence, en revanche, le désordre peut naître. « Mes chèvres ne sont pas les mêmes que celles d’un éleveur de montagne puisque notre relation est singulière », précise Nicolas Redureau. Jusqu’à un certain niveau, les conditions de vie ont un impact sur leur bien-être. La réglementation d’ailleurs, en imposant 1,5 mètre carré par animal, fixe le cadre en deçà duquel la société juge que l’environnement de l’animal ne permet pas de satisfaire ses besoins fondamentaux. « L’espace, comme l’alimentation ou encore les soins, constituent un minimum. Lorsqu’il est respecté, le bien-être relève de la relation quotidienne entre l’homme et l’animal et de la stabilité de celle-ci, s’engage l’éleveur. Peut-on considérer qu’un chat qui vit avec une famille logée dans un appartement de 50 m2 est moins bien traité, moins heureux qu’un chat dont les maîtres habiteraient une maison de campagne dotée d’un terrain de 3 000 m2 ? ». Nicolas Redureau n’en croit rien. Lui qui se lève tous les matins pour s’occuper de ses chèvres peine à comprendre la suspicion permanente que certains leaders d’opinions entretiennent. « C’est dans l’élevage comme partout. Lorsque des comportements sont condamnables, il faut les condamner. Mais ceci n’est possible que si l’on ne met pas tout le monde dans le même panier ».

Du respect, pas de la froideur

Nicolas Redureau aimerait que ceux qui influencent la société acceptent de mettre entre parenthèses leurs émotions le temps de comprendre. « L’élevage a pour vocation de nourrir les hommes. Dans cet objectif de production de ressources alimentaires, un binôme indissociable se crée. L’éleveur et ses animaux avancent ensemble ». Pour le meilleur et parfois le pire. « Sur l’euthanasie, la société demande un droit de regard. Si des évolutions sont acceptables sur l’enrichissement du milieu, sur l’euthanasie j’exprime une fin de non-recevoir. Lorsque la fin est inévitable, quelle qu’en soit la raison, sanitaire, économique, c’est du ressort de l’intime. C’est extrêmement difficile pour l’éleveur. Lui demander, en plus, de rendre des comptes est inacceptable. Il y a derrière cette attente quelque chose d’extrêmement dérangeant ». Face à l’idée même de la mort d’un animal, la naïveté, l’inexpérience de la gestion d’un troupeau, l’anthropomorphisme aussi parfois peuvent amener certains à juger les éleveurs, regrette Nicolas. « Ce qui peut être perçu comme de la froideur est en fait du respect. Qui mieux que celui qui vit au quotidien avec les animaux peut, aussi difficile soit-elle, prendre cette décision » ?

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