Ne pas "brader" l'agriculture
De nombreux députés européens français ont participé à la mobilisation de Strasbourg, ce mardi. Ils ont d'ailleurs tous voté pour la saisine de la Cour de Justice Européenne concernant le Mercosur. Rencontre avec Jérémy Decerle, qui est lui-même agriculteur.
Pourquoi avez-vous tenu à participer à la mobilisation ?
Je suis ici en tant que député européen, mais aussi en tant qu'agriculteur. Je suis éleveur de charolaises en Saône-et-Loire, et ancien président de Jeunes Agriculteurs. On ne peut pas interdire de produire avec certains produits, et en même temps, importer des aliments qui contiennent ces produits. La commission européenne, dans sa décision de signer l'accord du Mercosur, n'apporte pas de solution. Ce mercredi*, nous, les députés, devrons nous prononcer sur la saisine de la Cour européenne de justice concernant le Mercosur. Selon moi, il ne respecte pas le droit européen.
Comment va se dérouler ce vote ?*
Ce sera un vote un peu différent de ce qui se fait habituellement, car c'est plus une bataille entre pays qu'à l'échelon des partis politiques représentés au Parlement. La France, et les députés européens sont contre et vont donc sûrement tous voter pour cette saisine. Mais même dans les pays qui sont plutôt pour l'accord, les députés pourraient aussi voter cette saisine, car elle permettrait de vérifier si elle est bien conforme à la législation européenne.
Vous avez prévu du lobbying pour évoquer le sujet avec vos confrères ?
On en fait depuis des jours ! Et justement, on se rend compte que dans certains pays, il y a des filières, comme l'automobile en Allemagne, qui auraient un intérêt à voir appliquer l'accord. Mais ce qu'il faut se demander, c'est si ce qu'ils gagneraient serait supérieur à ce que les autres, notamment les agriculteurs, pourraient perdre. Au sein de l'agriculture, il y a aussi des filières qui gagneraient des marchés, mais il faut regarder l'ensemble. Et je le redis, ce qui est primordial, c'est de ne pas ouvrir les portes à des produits non autorisés. C'est une demande sociétale d'interdire ces produits, qui est complètement légitime. C'est tout à fait normal de protéger à la fois la planète et aussi les consommateurs. On va voir si les députés acceptent de brader l'agriculture européenne au bénéfice d'autres filières commerciales.
C'est un enjeu avant tout commercial ?
Oui, et justement, les agriculteurs ne sont pas contre les échanges, y compris à l'international. D'ailleurs, les agriculteurs français exportent eux aussi. Mais il faut que ces échanges soient justes.
"Mobilisation sincère et sans faille"
Quelques minutes après l'adoption de la saisine de la Cour européenne de justice, Jérémy Decerle s'est évidemment félicité du vote. "C'est fait ! Les agriculteurs l'ont fait ! Grâce à leur mobilisation sincère et sans faille, le Parlement suspend aujourd'hui l'accord du Mercosur". L'eurodéputé ajoute un commentaire à l'intention d'Ursula Von Der Leyen : "Rien ne se fera sans écouter la voix des agriculteurs et des citoyens ! Vous en avez la preuve aujourd'hui".
*L'interview a été réalisée mardi, à Strasbourg, avant le vote, qui a finalement été pour la saisine.