Grandes cultures
Maïs : quand faut-il démarrer l'irrigation ?
Les conditions extrêmes de la semaine dernière bousculent les dates habituelles de déclenchement malgré les quelques pluies de ce début de semaine. Voici quelques rappels sur les règles de décision.
Les conditions extrêmes de la semaine dernière bousculent les dates habituelles de déclenchement malgré les quelques pluies de ce début de semaine. Voici quelques rappels sur les règles de décision.
Les maïs semés 1ère quinzaine d'avril ont à l'heure actuelle 8 à 10 jours (2 feuilles) d'avance par rapport à leur cycle habituel (5 - 6 jours pour les semis tardifs), et atteignent le stade 10-12 feuilles de début de période d'irrigation.
Les Réservoirs Facilement Utilisables (RFU) sont épuisés dans beaucoup de situations. En conséquence, une première irrigation peut être envisagée dès aujourd'hui si la ressource en eau le permet. Si le volume disponible est limitant, ce premier tour d'eau peut être retardé d'une huitaine de jours.
Compte tenu de l'enracinement encore peu profond des maïs, cette première irrigation doit être limitée à une vingtaine de mm pour ne pas saturer le sol en eau et entraîner une lixiviation prématurée de l'azote.
Période de sensibilité et consommation en eau du maïs
Le schéma ci-dessous (figure 1) indique l'évolution de la sensibilité au stress hydrique et des besoins en eau du maïs au cours de son cycle. Jusqu'à environ 10-12 feuilles, les besoins (illustrés par le kc) sont faibles et un stress a peu de conséquence sur le rendement (impact surtout sur le gabarit final des plantes qui seront plus « trapues »).
Figure 1 : besoin en eau et sensibilité au stress hydrique du maïs.
À partir de 10-12 feuilles, les besoins augmentent rapidement et la sensibilité s'accroit très vite avec l'initiation florale qui débute. La période de plus forte sensibilité se situe entre le stade 15 feuilles et le Stade Limite d'Avortement des Grains (SLAG). Durant cette période un stress réduit le nombre de grains et impacte fortement le rendement. Par la suite, la sensibilité diminue progressivement pour devenir nulle à la maturité physiologique.
Conséquence de l'épisode de canicule
La plupart des maïs ont été semés vers la mi-avril. L'offre thermique très importante depuis cette date, avec les effets cumulatifs de la vague de chaleur récente, conduit à une avance de stade des maïs importante qui atteint voire dépasse 2 feuilles soit une dizaine de jours d'avance par rapport aux cycles observés ces dernières années. Les maïs semés début avril dépassent 10 feuilles à l'heure actuelle, les semis de fin avril/début mai atteindront ce stade en fin de semaine prochaine.
La sécheresse et la chaleur actuelles se traduisent par des demandes climatiques très élevées qui entraînent un épuisement très rapide du réservoir du sol. À ces stades précoces, les plantes n'exploitent que 50 % du RU maximal qu'elles n'atteindront que dans le courant du remplissage des grains. Dans beaucoup de situations, le RFU arrive dès à présent à épuisement. La période de plus forte sensibilité débutant pour les maïs semés début avril, un premier tour d'eau peut être envisagé (cf. graphique 2 ci-dessous) dès que possible. Il sera limité à une vingtaine de millimètres, car le RFU exploitable par les jeunes racines est limité et la capacité du sol à recevoir une hauteur d'eau valorisable est plus faible. Une dose trop élevée pourrait conduire à une saturation en eau des sols prématurée et entraîner la lixiviation d'une partie de l'azote apporté depuis le semis. Le maintien d'une partie de réservoir libre permettra également de bien valoriser d'éventuelles pluies supplémentaires à venir.
Dans les situations de semis plus tardifs (cf. graphique 3 ci-dessous), le stade de sensibilité sera atteint d'ici une semaine, le premier tour d'eau sera donc décalé d'autant en absence de pluie.
Figure 2 : Évolution du stock d'eau disponible pour un maïs (G5) semé au Magneraud le 16 avril (source Irrélis) : la courbe bleue continue illustre l'évolution du stock d'eau restant, la partie pointillée correspond à la prise en compte des prévisions météo pour les 8 jours suivants les dernières données réelles d'ETP. Elle ne prend pas en compte les éventuelles pluies à venir.
Figure 3 : Évolution du stock d'eau disponible pour un maïs (G3) semé au Magneraud le 5 mai (source Irrélis).