Le Préfet sur le terrain pour comprendre l'agriculture
Tout juste arrivé, Charles Giusti a visité deux exploitations de la Vienne cette semaine. Les élus de la chambre d'agriculture lui ont présenté l'agriculture du département, mais aussi ses difficultés actuelles.
L'agriculture de la Vienne "est très diversifiée mais peu développée" a débuté Philippe Tabarin. À la demande du nouveau Préfet, le président de la Chambre d'agriculture de la Vienne a organisé une première rencontre avec Charles Giusti, lundi dernier. C'est sur l'exploitation de Dominique Pierre, à Neuville-de-Poitou, que s'est déroulé ce rendez-vous, dont l'objectif était de dresser un portrait de la ferme Vienne, mais aussi évoquer les difficultés qu'elle traverse.
Côté végétal
"Le changement climatique, on le voit bien. Les orges changent déjà de couleur. Beaucoup d'éleveurs de la Vienne ont migré vers la production de céréales, alors que les terres ne sont pas toujours de très bonne qualité. Avec la baisse des prix des céréales, on craint désormais une déprise, en faveur des jachères" s'inquiète Philippe Tabarin. "L'azote est aujourd'hui à 500 € la tonne, alors qu'il y a 2 ans, c'était autour de 100 euros. Effectivement, je ne suis pas sûr de pouvoir semer !" confirme Dominique Pierre.
Venu pour comprendre le contexte local, le Préfet a posé de nombreuses questions, notamment sur la présence de coopératives et leur rôle local, les dégâts des Esod, ou encore l'existence de PAT dans le département. "Je pense qu'il y a en France un vrai patriotisme alimentaire, mais il faut qu'il soit clairement affiché. Si dans les PAT le terme 'territorial' n'est pas appliqué, ce n'est pas un PAT" a-t-il précisé après des explications sur la mise en place de circuits avec les agriculteurs de la Vienne, qui traînent. La question des contrôles a aussi été évoquée, tout comme la disparition de produits de traitement. "Pour la vigne, le cuivre n'est plus homologué en HVE et bio, alors qu'on en a besoin contre le mildiou" précise Pierre Morgeau, viticulteur à Beaumont-Saint-Cyr.
Côté élevage
Le lendemain, c'est à l'autre bout du département, à Bourg-Archambault, qu'une autre rencontre a eu lieu. Et si c'est la ferme sur laquelle Guillaume Fumoleau élève des Limousines qui a été choisie, c'est pour évoquer l'élevage. Et la encore, les questions de Charles Giusti ont été nombreuses: sur l'engraissement, la localisation des abattoirs, les labels de qualité, la présence de vétérinaires, les maladies vectorielles, la fréquence des feux de fourrage. Karyn Thiaudière, vice-présidente de la chambre d'agriculture a également évoqué la cellule Réagir, dans laquelle elle siège, et qui voit le nombre de sollicitations augmenter de façon importante.
L'eau en question
Alors que de premières restrictions d'usage de l'eau ont été prises il y a quelques semaines, et que deux réserves de substitution ont été dégradées la semaine dernière en Vienne et Deux-Sèvres, le sujet de l'eau a évidemment été évoqué. Un dossier technique (mais aussi très polémique) dont Charles Giusti entend "prendre connaissance" rapidement. "C'est un sujet qui nécessite un travail". Philippe Tabarin a notamment évoqué les inondations, suivies de très près par des sécheresses. "Il tombe de l'eau, et on la laisse passer".
Et d'évoquer des objectifs "non réalisables", ou la production de semences, dépendante de l'eau, tout comme la production du beurre AOP Charentes-Poitou. "Nous avons par exemple la présence de Cérience, mais la production se délocalise, à cause de l'eau..." constate Dominique Pierre.
"Nous attendons désormais que cette phase d'écoute débouche sur un dialogue permanent avec les services de l'État et surtout sur des actions concrètes, rapides et adaptées aux réalités du terrain. Les agriculteurs ne peuvent plus se contenter de discours sur l'importance de l'agriculture sans décision à la hauteur des enjeux. Nous espérons que tous ces sujets seront portés à nouveau auprès du gouvernement et de nos responsables politiques afin qu'ils mettent en place une véritable politique agricole" a commenté Philippe Tabarin, après ces deux rencontres.
Ce qu'il retient
Après près de 5 heures passées sur ces deux journées avec des représentants de la Chambre d'agriculture, Charles Giusti ne semblait pas démoralisé ni surpris par le tas de problématiques qui lui a été présenté. La plupart de ces difficultés, il les avait déjà identifiées dans les deux départements où il a été Préfet : dans l'Eure et en Aveyron. "La question, c'est de savoir vers quoi on veut aller. Quel est l'objectif pour l'agriculture à 10 ans". Le Préfet de la Vienne plaide pour un "livre blanc de l'agriculture", qui permettrait de définir des objectifs, mais aussi d'imaginer les moyens pour y parvenir. Un travail qui selon lui doit être fait au niveau national.