La montagne à toute vapeur
À l'inverse du TGV, le train à vapeur prend son temps. Et entre Limoges et Eymoutiers, touristes et autochtones profitent des vacances pour s'offrir un voyage, autant dans l'espace que dans le temps.



À peine partis, déjà des fenêtres sont baissées. Pourquoi ouvrir les fenêtres dans un train ? Pour le plaisir de passer sa tête et de laisser le vent glisser sur son visage et démêler les cheveux, bien sûr! Les enfants, en nombre, ne s'y trompent pas et se font des clins d'œil d'une fenêtre à l'autre. Parfois, ce sont des grimaces qu'ils s'envoient et certains de ces drôles de gamins ont bien dépassé l'âge de la retraite. Ceux-là, ce sont leurs souvenirs qu'ils convoquent au rythme doux de ce train qui brinquebale depuis Limoges en direction d'Eymoutiers, à travers la Montagne limousine. Les trains d'aujourd'hui n'offrent plus ce plaisir ineffable de l'air fouettant les joues, forçant à plisser les yeux et bouleversant les coiffures. À coup sûr, le train à vapeur, et sa petite vitesse, donne un joli coup de nostalgie aux plus anciens et permet aux plus jeunes de découvrir des joies passées.
De la première à la troisième classe
Cette aventure ferroviaire débute sur le quai de l'une des plus belles gares de France, celle de Limoges. Les bénévoles du Conservatoire ferroviaire Territoires Limousin Périgord, pantalon noir, chemise blanche et gilet orange de sécurité, s'affairent pour accueillir les nombreux voyageurs. Ils les guident vers la fameuse locomotive à vapeur, la 141 TD 740, un monstre de fer de 140 tonnes qui crache déjà ses premiers feux. Elle fascine et suscite moult questions auxquelles les conducteurs, un mécano pour la conduite et un chauffeur pour alimenter la chaudière en charbon, répondent avec autant de bienveillance que de patience. L'heure du départ approche et les quelque 280 voyageurs montent dans les quatre voitures qui leur sont dédiées, à savoir deux troisième classe de la fin des années 30, une mixte première/deuxième classes et une deuxième classe du début des années 60. Le train est également composé d'une voiture de service pour la vingtaine de bénévoles de l'association qui assure le voyage, et d'un fourgon-bagage qui contient la réserve d'eau pour la locomotive à vapeur. Cette dernière est doublée avec une locomotive diesel, une BB 69 421.
Tracté par cette locomotive à vapeur classée Monument historique, le train s'ébranle et quitte la gare de Limoges, pour gravir les 49 km qui conduisent à Eymoutiers, sur les contreforts du plateau de Millevaches. " Attention à la fermeture manuelle des portes ", prévient un animateur au micro tandis que les bénévoles, au moins un par voiture, ferment effectivement les portes. Dès que l'on quitte la ligne POLT (Paris-Orléans-Limoges-Toulouse), on bifurque vers Saint-Léonard-de-Noblat, le long du Taurion, avant de rejoindre les gorges de la Vienne. Ces deux rivières serpentent en contrebas de la ligne de chemin de fer. Les gorges de la Vienne, ce ne sont pas moins de sept tunnels et quatre viaducs.
Tout au long du parcours, l'un des animateurs de CFTLP décrit les paysages, les communes traversées, raconte des anecdotes sur la vie des cheminots ou sur le patrimoine bâti qui borde la ligne. Si les parents, voire les grands-parents, tentent d'écouter, les enfants courent partout, profitent de Daniel l'accordéoniste pour entamer une chenille endiablée qui traverse le train avec force rires et cris. Pas de doute, le train à vapeur, c'est une autre manière de voyager.
Pratique
Le train à vapeur, organisé et animé par le Conservatoire ferroviaire Territoires Limousin Périgord, circule l'été, de juin à septembre. Depuis Limoges, il dessert les gares de St-Priest-Taurion, Brignac, où peuvent descendre les randonneurs qui rejoignent Eymoutiers à pied, St-Léonard-de-Noblat, Châteauneuf et Eymoutiers. Dans l'après-midi, une desserte vers Châteauneuf est proposée avec un pot de l'amitié offert par l'association à la gare. Si on veut déjeuner à Eymoutiers les jours de ces voyages, il est conseillé de réserver sa table car les restaurants sont pris d'assaut. L'office de tourisme et la commune organisent des animations dont un marché d'artisans d'art sous la halle de la ville.