Les secrets du changement climatique 11/12
La demande climatique : discrète mais grandissante
Scénario d'émissions intermédiaires.
Source : DRIAS.
Réalisation : Frédéric Levrault
C'est une actrice invisible et pourtant fondamentale du fonctionnement hydrique des cultures. Elle a d'ores et déjà commencé à augmenter partout en région et en France sous l'effet du réchauffement. Au cours des prochaines décennies, son évolution va modifier les besoins en eau des plantes, l'humidité des sols, et même la dynamique des aquifères. Mais qui est donc cette inconnue, à la fois discrète et influente ? Et pourquoi est-il important de s'intéresser à elle dans le cadre de l'adaptation au changement climatique ?
La demande climatique : gouvernée par la température
Les spécialistes l'auront reconnue : cette discrète, c'est la demande climatique. C'est-à-dire la demande exercée par l'atmosphère sur les surfaces terrestres (cultures, forêts, landes, lacs) en matière d'évaporation et de transpiration. En termes savants, on la dénomme "évapotranspiration potentielle". Or, il se trouve que cette demande est très influencée par la température, si bien que dans le contexte du changement climatique, cette demande est amenée à s'accroître. Les observatoires régionaux sur l'agriculture et le changement climatique sont d'ailleurs formels à ce sujet : l'augmentation de la demande climatique s'observe d'ores et déjà partout, en Nouvelle-Aquitaine comme ailleurs en France.
Jusqu'au milieu de ce siècle, ce ne sont pas les pluies qui changeront la donne hydrique
Quant à l'évolution à venir de la demande climatique, elle sera à l'image de la trajectoire déjà observée, à savoir en augmentation. C'est ce que montrent clairement les modélisations : d'ici 2050, l'évapotranspiration potentielle s'accroîtra partout en région, sous l'effet principal de l'augmentation de la température. Quelles conséquences cette augmentation de la demande climatique aura-t-elle, sachant que les précipitations évolueront peu d'ici le milieu du siècle ? Le premier effet concernera les aquifères. En effet, en fin d'hiver et début de printemps, l'augmentation de la demande climatique entraînera un début d'assèchement des sols plus précoce que par le passé, ce qui se traduira par une baisse de débit des cours d'eau plus précoce. En fin d'automne et début d'hiver, l'augmentation de la demande climatique entraînera un report de l'humidification des sols, ce qui se traduira par une augmentation de débit des cours d'eau plus tardive. La durée d'étiage des cours d'eau augmentera donc dans notre région à l'avenir.
Augmentation de la demande climatique : deux réponses possibles
Le second effet concernera la consommation en eau des cultures. Pour une configuration culturale donnée (une espèce, une variété, un sol), l'augmentation de la demande climatique entraînera un accroissement du besoin en eau. À cet accroissement du besoin pourront être apportées deux réponses suivant les situations : lorsque cela sera possible, une augmentation de l'irrigation ; dans les autres cas, un changement de variété ou d'espèce pour compenser - au moins en partie - l'augmentation de la demande climatique.
Ainsi, aussi surprenant que cela puisse paraître, au cours des trois prochaines décennies, le contexte hydrique climatique des campagnes de Nouvelle-Aquitaine, évoluera non pas du fait d'une évolution des pluies, mais principalement du fait de l'augmentation d'une actrice "invisible et fondamentale" : la demande climatique.