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États-Unis
Donald Trump annonce des taxes à tout-va

Le président américain a dévoilé le 2 avril la liste des taxes qu'il entend imposer au reste du monde. Pour l'Union européenne, ce sont 20 % de droits de douane supplémentaires qui sont prévus.

Donald Trump a présenté les droits de douane qu'il entend appliquer sur toutes les importations américaines.
Donald Trump a présenté les droits de douane qu'il entend appliquer sur toutes les importations américaines.
© The White House / X

Vanté par le président américain comme le « Liberation Day », ce 2 avril aura marqué le lancement par Donald Trump de sa bagarre commerciale généralisée en annonçant ce qu'il a qualifié de « droits de douane réciproques » à travers le monde, afin selon lui de faire « renaître » l'industrie américaine et de mettre fin au « pillage » des États-Unis. « Dans quelques instants je vais signer un décret historique instituant des droits de douane réciproques sur des pays du monde entier », a-t-il déclaré au début d'un discours très attendu. Le républicain a parlé d'une « déclaration d'indépendance économique » et promis à nouveau un « âge d'or » à son pays.

Le président américain a ensuite annoncé des droits de douane massifs sur les produits entrant aux États-Unis : 34 % sur les produits chinois, 20 % sur ceux en provenance de l'Union européenne ou encore 46 % pour le Vietnam. 

Ces taux représentent, selon Donald Trump, la moitié de ceux imposés aux produits américains sur ces marchés, en comptant « les manipulations monétaires et les barrières commerciales », à l'image par exemple des normes appliquées sur les produits agricoles importés en Europe (contre les OGM, les animaux nourris aux hormones, etc.).

La plupart des pays du monde sont concernés par ces annonces... avec quelques surprises. Ainsi, les territoires d'outre-mer français sont soumis à des taux différents de ceux de l'Union européenne, parfois plus avantageux (10 % à Mayotte, en Guyane, Guadeloupe, Martinique ou en Polynésie française) ou plus durs (37 % à la Réunion, 50 % à St-Pierre-et-Miquelon). Parmi les autres incongruités, les droits douaniers imposés aux îles Heard et McDonald, territoires australiens au sud des îles Kerguelen, totalement inhabités, ou ceux imposés aux territoires britanniques de l'océan Indien... Soit la base militaire de Diego Garcia, louée aux États-Unis. À noter que si la Maison Blanche a annoncé un droit de douane plancher, d'au moins 10 %, sur tous les produits entrant dans le pays, la liste des pays comprend entre autres deux absents de taille : la Russie et la Biélorussie.

Des contre-mesures en préparation

Les nouvelles taxes sur les importations dévoilées par Donald Trump sont prévues en deux temps, a précisé un responsable de la Maison Blanche à la presse : le 5 avril à 04 h 01 GMT pour les droits de douane d'au moins 10 % sur tous les produits entrant aux États-Unis, et le 9 avril à 04 h 01 pour les droits de douane majorés visant des géants comme la Chine et l'Union européenne.

Du côté des pays visés, la réaction ne s'est pas fait attendre. La Chine a ainsi prévenu que des contre-mesures seraient mises en place face à ces nouveaux droits de douane. En déplacement à Samarcande (Ouzbékistan), la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a également ébauché une réponse ferme aux annonces américaines

« Nous sommes déjà en train de finaliser un premier paquet de contre-mesures en réponse aux droits de douane sur l'acier », a-t-elle déclaré. « Et nous nous préparons maintenant à d'autres contre-mesures, pour protéger nos intérêts et nos entreprises si les négociations échouent. » 

Selon les demandes des viticulteurs relayées par le gouvernement français, le bourbon américain ne devrait pas être spécifiquement concerné, comme cela était initialement prévu. « Nous surveillerons également de près les effets indirects que ces droits de douane pourraient avoir, car nous ne pouvons pas absorber la surcapacité mondiale et nous n'accepterons pas non plus le dumping sur notre marché », a ajouté la présidente de la Commission avant d'appeler les Américains à passer « de la confrontation à la négociation ».

Miser sur les pays tiers ou le dialogue ?

Chez les acteurs économiques français, les réactions ont également été rapides. Le Collectif export et souveraineté alimentaire du CNPA (promotion des produits agricoles) appelle la France et l'Europe à renforcer l'accès des filières à des marchés alternatifs aux États-Unis et à la Chine protectionnistes. Il désigne les marchés « où les besoins sont importants et où la demande est susceptible de progresser, pour des raisons démographiques et économiques » et mentionne les pays de l'Asean (Asie du sud-est). Le Collectif suggère aux pouvoirs publics français de simplifier les procédures, d'améliorer la coordination des actions des acteurs publics de l'export, ou encore de rendre plus opérationnels les dispositifs d'accompagnement dans les pays cibles ; des propositions déjà présentées en février 2025. Il revendique « la vocation exportatrice de la France comme grande puissance agricole et alimentaire » et souhaite que soit prise en compte dans les négociations de l'UE avec les pays tiers « la dimension stratégique des exportations des secteurs alimentaires et agricoles européens ». Il demande à l'UE de défendre un libre accès aux marchés de ces pays et de rétablir les dispositifs d'accompagnement et les budgets européens dédiés à export. 

La Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS) dit quant à elle regretter « profondément » cette décision américaine « qui pénaliste tant les exportateurs français de vins et spiritueux que leurs partenaires américains - importateurs, grossistes et détaillants - et surtout, les consommateurs américains eux-mêmes. » L'organisation appelle à un dialogue transatlantique « ouvert et constructif » afin de conclure des accords de libre-échange sur les vins et spiritueux. Sans cela, la FEVS évoque des pertes commerciales pour le secteur de l'ordre de 1,6 milliard d'euros en Europe, dont 800 M€ pour la seule France. Pour les producteurs de Cognac et d'Armagnac, l'annonce constitue une catastrophe « d'une ampleur inimaginable », souligne Anthony Brun, vice-président de la Confédération des producteurs de vins et eaux de vie de vin AOC et président de l'Union générale des viticulteurs de Cognac (UGCV). 

« En addition du conflit avec la Chine, ces taxes vont mettre en très grande difficultés notre filière, avec un risque de cessations d'activité en chaîne en Charentes notamment. » 

Le président du BNIC Florent Morillon se joint quant à lui à ses homologues pour appeler à "revenir à la taxation à 0 % sur les spiritueux des deux côtés de l'Atlantique, qui prévalait depuis 30 ans". Les exportations de spiritueux français ont représenté près de 1,5Md€ l'année dernière, un tiers du chiffre d'affaires à l'export pour cette catégorie.

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