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Circuits courts : Il faut trouver les agriculteurs partants !

La co-construction de filières en Charente-Maritime prouve que le vivier d’exploitants engagés doit s’étoffer pour enrichir l’offre.

Animé par Bruno Parmentier, l’atelier des JAS a montré la nécessité d’une dynamique endogène  des producteurs.
Animé par Bruno Parmentier, l’atelier des JAS a montré la nécessité d’une dynamique endogène des producteurs.
© AC

Lors de ces journées, la chaîne Food start* présentait une série de plateaux télé sur la problématique des circuits courts. En première ligne, le Département et la Chambre d’agriculture qui souhaitaient donner un élan à leur idée de récréer des circuits courts tant pour l’approvisionnement des consommateurs que de la  restauration collective. Françoise de Roffignac soulignait cette «volonté» de permettre aux agriculteurs de «mieux valoriser» leurs produits : «des locaux payés au juste prix.» Volonté qui se complète avec les attentes de qualité, de proximité. «Il nous paraît intéressant dès le plus jeune âge d’être éduqué à ce bien manger. Notamment dans les collèges dont nous avons la charge.» En lançant il y a quelques mois, «plus de 17 dans l’assiette», le Conseil départemental l’a aussi assorti d’un aide supplémentaire pour les jeunes agriculteurs (5 000€) qui leur permet de se lancer dans des transformations auxquelles ils n’auraient pas pensé à l’installation. «Des ateliers de transformation sont actuellement en réflexion au niveau départemental. Nous coordonnons l’émergence de tous ces ateliers, avec certaines intercommunalités, lorsqu’existent des groupements d’actions locales d’apporter un financement en plus de fonds européens.» Françoise de Roffignac jaugeait ce «mouvement» : «8 boutiques au niveau départemental, 37 collèges sur 51 qui achètent ou consomment du bio local.» Selon Françoise de Rofffignac, «la difficulté est d’avoir des producteurs qui ont envie de passer à la transformation, avoir la capacité, les moyens financiers et … assez nombreux sur un secteur.» Pas trop peu d’agriculteurs voulant être en circuits courts, pas trop nombreux non plus. «Au niveau du territoire et des élus, il y a une volonté d’y parvenir, car nous avons tous envie de bien manger. Mais il y a un souci : permettre à chacun d’accéder aux produits locaux. Produit local ne veut pas dire produit cher réservé à une élite.»
Arnaud Dubois, éleveur en GAEC à la ferme du Bois des Moines à Benon, 70 vaches laitières sur 65 ha, d’un système 100 % herbe, livreur de Terra Lacta, imagine que la vente directe de lait cru (75 000 l) présente depuis 10 ans. «La crise nous a quasi obligés à transformer pour trouver nous-même nos solutions.» Toujours en conventionnel, sans valeur ajoutée, ils passeront en bio (75 000l) dans quelques mois pour un lait Terra Lacta usiné dans la Vienne. Ils ont ajouté une activité de veaux sous la mère. «Nous aimons les vaches. Nous pouvons augmenter le cheptel. Notre laboratoire peut évoluer jusqu’à 200-250 000 l. Nous avons les moyens de développer notre lait, mais aussi le lait de laiteries. Nous ne souhaitons pas être 100 % transformateurs, car il y a des risques.» Ces hors-cadres agricoles ont tout créer sur une exploitation céréalière annoncent que la transformation, hors lait brut, représente 80 % de leur chiffre d’affaires. La vente directe, ce sont dans 4 magasins de producteurs. «Nous sommes sur des produits haut de gamme. Les coûts de transformation sont largement au-dessus d’un industriel.»
Barnardé Griot, participait à un autre atelier sur les circuits courts. Il montrait ainsi le cas de la «cheville»* des 60 éleveurs de Parthenay en 2008 et de la Caveb (400 éleveurs bovins) : «l’idée est de laisser le maximum de valeur ajoutée aux producteurs.» Boite aux outils pour le marché viandes et les coopératives, la structure a développé des marques en communiquant  : «nous pouvons trier 10 à 15 éleveurs par magasin pour aller au plus près et communiquer dessus. Activité classique avec une notion de proximité importante.» Ils font aussi des travaux à façon jusqu’au piéçage au profit des éleveurs. «Nous devrons à terme faire davantage de hachés. Nous réalisons déjà les confections de colis en 5 ou 10 kg. Cette activité représente 1/3 en volume de l’activité. Certains éleveurs vont démarcher aussi certains bouchers et nous intervenons comme prestataires. Notre découpe est accolée à l’abattoir et le centre l’allotement est à 3 kms et nous nous approvisionnons à 60 kms autour. Nous avons dernièrement entrepris la vente directe par internet, «mordus de viande» : nous jouons à fond sur la traçabilité. Nous faisons de la croissance tous les ans, mais nous arrivons au bout de l’histoire : aller faire sa bête à 200 kms n’a pas de sens dans la proximité. Le risque est de faire des outils trop gros avec des contraintes de volumes pour écraser les charges. Avec les marques «saveurs d’éleveurs, Gâtine et Deux Sèvres», il y a une notion forte de proximité avec un prix rémunérateur pour les éleveurs.»  Faut-il aller jusqu’au financement participatif comme le suggérer la table-ronde de cet atelier ? Trouver des formules en dehors des acteurs économiques existants, les coops notamment ? Les circuits-courts s’inventent en marchant.

*Grossiste en viande départ élevage, assurer l’abattage et la découpe pour des clients.

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