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Céréaliers : des revenus dans le rouge mais quelques leviers à activer

Avec une production mondiale de céréales qui bat des records, les prix ne décollent pas. La recherche d'une meilleure efficience pour les intrants et des charges de mécanisation repensées permettent d'atténuer les faibles prix de vente, sans pour autant parvenir à atteindre les coûts de production.

Avec des récoltes records en grandes cultures, le marché est inondé et peine à rémunérer correctement les producteurs.
Avec des récoltes records en grandes cultures, le marché est inondé et peine à rémunérer correctement les producteurs.
© Arvalis

Lorsqu'on jette un bref coup d'œil à la production mondiale de céréales, on est frappé par la hausse des volumes au global sur la totalité des productions par rapport à la moyenne des cinq dernières années : + 10 % en orge dans l'Union européenne, + 15 % pour le maïs aux États-Unis (plus gros exportateur mondial), une campagne en blé qui n'a jamais été aussi productive avec 816Mt, en attendant celles d'Argentine et d'Australie qui s'annoncent tout aussi bonnes. 

Lire aussi : Valoriser ses engrais organiques

" Les prix de vente sont baissiers mais ils évoluent dans une fourchette étroite, aux alentours de 200 € la tonne pour le blé et le maïs ", souligne Geoffroy Oudoire, ingénieur en recherche et développement au pôle d'économie d'Arvalis, lors de la demi-journée organisée par l'institut technique le 14 novembre à Vouillé.

On est donc loin des à-coups d'il y a trois ans et s'il faut se réjouir par ailleurs des prix du gaz (30 € Mwh contre 250 € à l'été 2022) et du carburant (autour des 0,70 €/l de GNR), revenus à des niveaux plus acceptables, c'est actuellement la parité euro-dollar qui interpelle les acteurs commerciaux. 

Avec 1,16 dollar pour 1 euro, la valeur de la monnaie commune lui est défavorable en termes de compétitivité sur le marché globalisé. " Pour 0,10 € de marge, cela représente 16 €/t de plus ", contextualise l'ingénieur.

Nécessité de trouver de nouveaux débouchés

Sur les marchés mondiaux, le retour à de meilleurs prix pourrait venir de deux scénarios. Le premier serait un accident climatique qui pourrait contracter les stocks et ainsi créer de la tension sur les approvisionnements mais cela n'est pas la tendance. 

Le deuxième serait le développement de nouveaux marchés à l'export pour la France grâce à son savoir-faire. Mais alors que la Chine a sauvé la dernière campagne, la forte diminution de leurs imports cette année au niveau mondial (-41 % en blé, -48 % en maïs) complexifie l'équation.

" La France, et l'UE plus globalement, vont devoir réussir à exporter des productions volumineuses de blé tendre et d'orge, sur un marché ultra concurrentiel et bien alimenté ", reconnaît Geoffroy Oudoire. Seul point positif : la France peut s'appuyer sur une bonne qualité de son blé (plus de la moitié classée en premium ou supérieur).

La France, et l'UE plus globalement, vont devoir réussir à exporter des productions volumineuses de blé tendre et d'orge, sur un marché ultra concurrentiel et bien alimenté

45 % des céréaliers ont dégagé -1 Smic

De ce fait, le chiffre d'affaires des céréaliers français est en baisse pour 2025 de plus de 20 % par rapport à la moyenne 2019-2023, malgré un rendement tout à fait correct et des postes de dépenses à la baisse (-5 % de charges entre 2024 et 2025). 

Trois mouvements alimentent cette dernière tendance : la baisse des postes qui ont explosé en 2023 (-25 €/ha pour les engrais, -15 €/ha pour le carburant, -10 €/ha pour les produits phytos), la diminution des charges sociales exploitant de 45 €/ha compte tenu des mauvais résultats, et la stabilité des autres postes gonflés par l'inflation.

Mais avec des prix de vente loin de couvrir les coûts de production et des aides qui continuent leur lente décrue, à environ 270 €/ha cette année, au global, cela aboutit à des chiffres dans le rouge, avec un résultat courant avant impôt (RCAI) à -19 000 € par unité de travail annuel non salarié (Utans), après les -32 000 € de 2024. " Ce qui frappe, c'est surtout que 45 % des exploitations ont un RCAI inférieur à -1 Smic/Utans et seulement 20 % ont un RCAI supérieur à 1 Smic. On constate une bipolarisation vers les extrêmes ".

Agir sur les postes de dépenses

Pour agir à l'échelle de l'exploitation, plusieurs postes de dépenses sont ciblés : la mécanisation et la main-d'œuvre, qui expliquent plus de 50 % de l'écart entre la moyenne et les plus performants des céréaliers, et la fertilisation. 

" Sur ces charges, on arrive à des écarts allant jusqu'à 200 €/ha, souligne Geoffroy Oudoire. L'adaptation du parc matériel est fondamentale, en passant par la copropriété ou la Cuma notamment ".

La fertilisation est également un levier, avec des écarts jusqu'à 20 €/t, du fait du choix de la variété jusqu'au pilotage dynamique de la fertilisation azotée. Des adaptations à faire dans sa ferme, en attendant des jours meilleurs à l'échelle des marchés mondiaux.

Lire aussi : Les satellites à la rescousse de la fertilisation

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