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Méthanisation
Agri Seudre Énergies, au cœur de l’économie locale

> Lancé il y a dix ans, le projet de méthaniseur d’Agri Seudre Énergies a débuté son injection dans le réseau de gaz de Royan le 30 septembre. Originalité du projet, la participation du zoo de La Palmyre, associé et apporteur.

Derrière Côme de Villelume, président d’Agri Seudre Énergies, le directeur du zoo de La Palmyre Pierre Caillé et quelques-uns des agriculteurs membres du projet.
© Kévin Brancaleoni

L’instant est symbolique : accompagné d’une poignée d’associés, le président d’Agri Seudre Énergies, Côme de Villelume ouvre enfin la vanne reliant le méthaniseur du Chay au réseau GRDF alimentant Royan, Médis, St-Palais-sur-Mer ou St-Georges-de-Didonne. L’aboutissement d’un projet lancé il y a déjà dix ans par quelques agriculteurs du secteur de Saujon.

Les issues de céréales d’Océalia

Les travaux de construction ont commencé en juin 2020, et le chargement des digesteurs a débuté en août, avec un apport de matières venu d’un méthaniseur voisin, celui du Gaec Chagneaud à St-Just-Luzac, récemment mis en service. « On a eu à peine plus d’un an de travaux. Ça a été rapide sur la fin, mais très long à mettre en œuvre ! » Un cheminement qui a été difficile mais a abouti grâce au travail collectif des agriculteurs. « C’est un groupe qui est resté solidaire malgré les embûches et les inconvénients », explique l’ancienne élue de la Région et de la Communauté d’agglomération Royan Atlantique (Cara) Régine Joly, qui soutient le projet depuis longtemps. « Ils y croyaient, et ça a abouti. » Depuis son lancement, le projet a évolué, et les technologies employées aussi. L’injection dans le réseau a été choisie, de préférence à la cogénération qui ne convenait pas à ce lieu à l’écart d’autres bâtiments. Et d’autres partenaires sont aussi entrés dans l’aventure.

C’est le cas d’Océalia. « Nous sommes partie prenante du projet », assure la vice-présidente de la coopérative, Yvette Thomas. Océalia détient 15 % du capital d’Agri Seudre Énergies et apporte environ 8 % de la matière organique : 1600 t d’issues de céréales, venues notamment du site voisin de Semussac. « Les issues de céréales ont un pouvoir énergétique très élevé, c’est la raison pour laquelle nous avons été sollicités », explique Hervé Guitton, responsable de région d’Océalia. Par ailleurs, une bonne partie des agriculteurs à l’origine du projet sont membres de la coopérative.

Crottin de chevaux, de zèbres, d’éléphants...

Le projet compte un autre membre, plutôt original : le zoo de La Palmyre. Le directeur du célèbre site touristique des Mathes, Pierre Caillé, a rejoint le projet en 2015. « Ce sont les premiers agriculteurs qui nous ont contactés, ils cherchaient des apporteurs et partenaires financiers », explique-t-il. C’est le fumier issu des herbivores qui sera amené au Chay : éléphants, hippopotames, girafes, zèbres… « Tout confondu, nous ne sommes qu’à 900 t, nous sommes loin d’être les premiers apporteurs. L’intérêt financier est là, mais le premier objectif, c’est la valorisation des effluents. » La Palmyre rejoint en la matière d’autres zoos influents, comme Beauval et Thoiry, et peut communiquer auprès de ses visiteurs sur cette action.

Les centres équestres du secteur ont également été approchés. « On a contractualisé avec deux des entraîneurs des hippodromes, pour environ 2000 t », indique Côme de Villelume. « On n’a pas encore lancé la collecte, on attendait d’avoir démarré parce que ça fait du volume… »

Une souscription pour les habitants du secteur

Pour les projets de méthanisation, convaincre le voisinage est souvent l’étape la plus délicate. Pour Agri Seudre Énergies, le dialogue a permis d’empêcher toute opposition frontale. « Nous avons mis en place une veille olfactive, qui se termine à la fin de l’année, pour les rassurer », confie le président de la structure. « Les craintes ont été un peu estompées. » Et pour achever de convaincre les plus réticents, un autre outil a été dégainé : la participation. « On avait ouvert une souscription, un financement participatif avec Miimosa. Ça s’apparente à un prêt privé. On proposait aux gens de mettre un billet, de maximum 2000 €, avec une rentabilité à 5 % sur 5 ans. On avait ouvert une enveloppe de 50 000 €, on y est arrivés. Ce n’était pas forcément un besoin pour nous, c’était vraiment pour que les voisins puissent s’approprier et encourager ce projet. » Une manière, selon Côme de Villelume, de renforcer davantage l’encrage du projet dans le territoire : « on produit le gaz localement, avec de la matière locale, et c’est consommé localement ! »

Le projet en chiffres

Le projet aura coûté au total 7,5 M€, « ceci intégrant une centrale photovoltaïque qui n’est pas encore installée et le sera en fin d’année », précise Côme de Villelume. Les subventions, de la part de la Région, de l’Union européenne et de l’Ademe, représentent au total 1,1 M€. « La Cara a mis des moyens techniques au début pour le lancement du projet. Par le biais de la Sempat, ils ont financé une partie des premières études. Ils nous ont accompagnés, ils nous ont prêté des salles, de la matière grise aussi… »
 
Le site de 2,5 ha va permettre de transformer chaque année 17 600 tonnes de déchets organiques en digestat (13 000 t en solide, 5000 t en liquide), tout en alimentant un grand nombre d’habitants de la Cara. « Quand on a monté le projet, on parlait de l’équivalent de 1000 foyers. GRDF a un peu revu sa copie, avec les nouvelles normes de construction et les maisons qui ont fait des travaux d’isolation ; on serait plutôt sur une production de l’ordre de 1900 foyers. » Le méthaniseur a permis de créer un emploi et demi sur le site et un autre, externe, pour le transport des matières.

 

 

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