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Xavier Beulin, président de la Fnsea
Une feuille de route axée sur la Pac, l’élevage, la compétitivité

Le congrès de la FNSEA, qui se déroule les 26, 27 et 28 mars à Troyes (Aube), s’ouvre dans un contexte de négociation de la Pac et de tension dans la filière élevage.

Xavier Beulin
Xavier Beulin
© N. C.
Le budget européen a été négocié à la baisse mais n’a pas encore été approuvé. Que demandez-vous aujourd’hui ?
Xavier Beulin : Pour l’instant, nous allons vers une baisse globale de 3 % en euros constants soit à peu près 15 % pour la PAC. Pour la France, l’épure budgétaire est meilleure que pour les autres pays européens puisque nous avons la possibilité de récupérer sur le deuxième pilier une partie de ce que nous perdons sur l’enveloppe du premier pilier. Maintenant, il faut voir comment vont se dérouler les négociations du trilogue (1). La PAC doit rester au service des agriculteurs pour le bien-être des consommateurs.

Quels sont les points sur lesquels vous ne lâcherez pas sur le verdissement ?
Nous sommes opposés au retrait de 7 % de surface d’intérêt écologique, raison pour laquelle nous soutenions la proposition de la Commission Agriculture du Parlement européen de mettre en place un système plus progressif. Il faut aussi quelques marges de souplesse, notamment sur la rotation des cultures car celle-ci n’est pas possible partout. Même chose pour les surfaces enherbées, plus de souplesse est nécessaire. Les agriculteurs sont toujours prêts à s’adapter mais gardons les pieds sur terre, c’est-à-dire faisons ce qui est possible, pas ce qui est imaginé dans un bureau !

Concernant la régionalisation du deuxième pilier, vous maintenez que vous ne voulez pas de 22 politiques régionales ?
Nous ne sommes pas opposés à une plus grande régionalisation du deuxième pilier. Mais il faut d’abord garantir que certaines mesures transversales - installation, correction du handicap par exemple - restent bien des mesures nationales. Les autres mesures régionalisées devront s’inscrire dans un cadre de cohérence nationale faute de quoi des distorsions se créeraient d’une région à l’autre. Et nous avons déjà assez de distorsions à gérer et à combattre.

A propos de la convergence des aides, la Commission et le Parlement veulent réduire les écarts, quelle est votre position ?
La position française est de réduire les écarts entre les DPU les plus bas et les plus élevés. A la FNSEA, nous avons une position de grande prudence par rapport à cette proposition. Nous pensons qu’il faut un système progressif. Il ne faut pas déstabiliser un certain nombre de systèmes agricoles qui pourraient être perturbés s’il y avait un dispositif de convergence trop rapide. Nous proposons une convergence progressive pour atteindre à peu près 50 % de la réduction des écarts d’ici à 2020.

Que pensez-vous de la proposition de Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de surprimer les 50 premiers hectares ?
Nous aimerions disposer de simulations du ministère de l’Agriculture pour juger de l’opportunité ou non de ce dispositif. En France, il y a une très grande diversité agricole entre des systèmes laitiers intensifs et des systèmes bovins allaitants très extensifs. Il faut trouver le dispositif le moins pénalisant pour les uns et les autres. Il ne faudrait pas que le système proposé par le ministre accentue encore les écarts d’un producteur à l’autre ou d’une région à l’autre.

Pendant le salon de l’agriculture, vous aviez proposé une cotisation volontaire obligatoire (CVO) pour financer le fonds céréalier-éleveur. Selon vous, ce fonds sera sera-t-il suffisant pour rétablir les relations plus sereines entre ces deux filières ?
Nous proposons une CVO mais avec une fixation de son taux qui serait dépendante de la situation des marchés agricoles. L’idée est d’avoir une certaine souplesse autour de la gestion du fonds. Le principe est acté. Il s’agit désormais de reconstituer, à l’échelle privée, une forme de soutien contra-cyclique par ce dispositif. Par ailleurs, si nous voulons donner du sens à « une économie agricole circulaire », nous devons nous en donner les moyens. C’est pourquoi nous demandons à la puissance publique, au travers de la Banque publique d’investissement (BPI), des engagements financiers pour compléter cette ressource interprofessionnelle. De plus, nous devons agir sur quatre leviers : premièrement, les négociations commerciales et la revalorisation des prix avec la grande distribution. Deux, un assouplissement des normes. Trois, de la compétitivité qui renvoie à la modernisation, au coût du travail, etc. (Louis Gallois viendra présenter son rapport sur la compétitivité pendant le congrès de la FNSEA Ndlr). Enfin, la Pac qui doit aussi apporter son équilibre dans les relations entre le végétal et  l’animal. Nous ne laisserons personne sur le bord du chemin ; soyez en sûrs !

Que pensez-vous de la proposition de Michel Dantin, député européen, d’indemniser les producteurs de lait qui réduisent leur production de plus de 5 % en période de tension sur les marchés ?
Cette proposition est loin de faire l’unanimité entre les pays. Le sujet de fond reste politique : à savoir le maintien ou non en Europe d’un dispositif qui permette une certaine régulation des marchés. En France, nous y sommes favorables car nous considérons que des instruments de régulation de marché sont nécessaires tandis que les Allemands et d’autres pensent que le marché à lui seul peut réguler la production.

La FNSEA a prévu une journée nationale de l’élevage, pouvez-vous en dire plus ?
Elle se déroulera fin avril avec des mobilisations plutôt régionales et sans doute une mobilisation nationale ultérieurement. Les productions d’élevage sont dans une situation de grande fragilité. Nous voulons faire prendre conscience à nos concitoyens des problèmes de relations entre élevage, environnement et société. Pour les éleveurs, la barque est tellement chargée au niveau des normes qu’ils sont découragés. Si en plus, ils n’ont pas de revenus, ils risquent d’être de plus en plus nombreux à jeter l’éponge.

Autre sujet brûlant dans les campagnes, la directive nitrates. Où en est-on ?
Les réglementations environnementales provoquent une exaspération chez les paysans. Les nitrates sont la partie immergée de l’iceberg. Aujourd’hui on se bat dans plusieurs directions, par exemple : la limitation des zones vulnérables, six recours juridiques sont en cours ; l’aménagement des zones de stockage, des conditions d’épandage, la gestion des inter-cultures, la réglementation phytosanitaire… Il est urgent de desserrer les étaux qui contraignent les agriculteurs. Nous voulons être des acteurs reconnus sur le plan agroenvironnemental mais l’excès de réglementation nuit à l’agriculture française. Je l’affirme à nouveau, les agriculteurs sont aussi des producteurs d’environnement.

L’écotaxe entre en vigueur en juin, quel sera l’impact sur le monde agricole ?
Cela va impacter toutes les productions. Nous sommes un des plus gros transporteurs de France que ce soit pour les céréales, la betterave sucrière, les produits laitiers, les animaux, l’alimentation du bétail, les fruits et légumes… Les produits agricoles bruts et transformés se font essentiellement par camion, faute d’un fret ferroviaire de moins en moins performant. Nous ne sommes déjà pas très compétitifs par rapport à nos voisins et là, on en rajoute encore !

Anne-Marie Escoffier, la ministre déléguée à la décentralisation est invitée pour le congrès de la FNSEA. Pourquoi ?
Nous souhaitons être éclairés sur la future loi de décentralisation et notamment sur les conséquences pour les collectivités territoriales. La réforme des politiques publiques a largement renforcé l’échelon régional. Nos adhérents doivent avoir conscience qu’on ne peut pas avoir d’un côté une décentralisation vue par l’Etat et ne pas en tenir compte dans notre propre structuration du réseau. La jointure entre les deux est nécessaire. Nous voulons aussi dire à la ministre qu’il y a des besoins en milieu rural comme la santé, le débit Internet, etc. Le milieu rural ne doit pas être la dernière roue du carrosse ! Notre congrès sera d’ailleurs l’occasion, une fois encore, de montrer une agriculture pleine d’avenir, une agriculture qui se dépasse, une agriculture qui en veut.

(1) Le trilogue associe les trois institutions : le Parlement européen, le Conseil des ministres et la Commission européenne.
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