Un film "Rural", pour réconcilier agris et urbains
Dans quelques jours, Édouard Bergeon sort un nouveau long métrage qui évoque l'agriculture. "Rural" est un portrait de Jérôme Bayle, que le réalisateur poitevin voit comme une image moderne de l'agriculture.
S'il regardait les verres à moitié vides, il aurait pu craindre un accueil mitigé de son film à Poitiers, puisqu'aucune affiche de "Rural" n'avait été mise en place au Tap Castille, lundi dernier (un comble dans son département natal !). Mais Édouard Bergeon est un optimiste, et sa déception a vite été compensée par l'affluence aux deux séances d'avant-première prévues ce même jour. Le réalisateur poitevin, qui a signé "Au nom de la terre" en 2019, puis "La promesse verte" en 2024, revient en effet au cinéma avec un nouveau film en lien avec l'agriculture (sortie officielle le 4 mars). Un documentaire d'1h30 pour lequel Édouard Bergeon a suivi Jérôme Bayle à partir de janvier 2024, quand cet agriculteur de Haute-Garonne a commencé à se faire connaître, lors des mobilisations de l'époque. Ce leader des "Ultras du 64" a de suite intéressé le réalisateur pour son franc-parler, mais aussi le fait qu'il ne se revendique d'aucun syndicat ou mouvance politique. "Jérôme Bayle bouscule les habitudes" explique Édouard Bergeon. Si dans un premier temps, l'agriculteur n'était pas forcément très enthousiaste à l'idée de faire l'objet d'un documentaire, le premier contact entre les deux hommes a tout changé. "On a le même âge, la même situation familiale... On a des hématomes crochus" ajoute Édouard Bergeon, en évoquant le suicide de leur papa. C'est d'ailleurs François Purseigle, sociologue agricole, qui a coécrit le documentaire avec le réalisateur, qui a permis cette rencontre.
250 heures de rush
Après 50 jours de tournage sur l'exploitation agricole de Jérôme Bayle, mais aussi lors de ses déplacements à Paris, dans des foires agricoles de son département, dans la cuisine avec sa maman, lors de réunions avec les "Ultras du 64", pendant les élections chambre, ou sur des mobilisations, Édouard Bergeon est revenu avec 250 heures de rush, qui lui ont permis de raconter le quotidien de l'éleveur. Le long métrage résonne plus comme un portrait qu'un documentaire ; sans voix off. "C'est plutôt un 'il était une fois', même s'il est monté comme un film de fiction". L'heure et demie du film passe en effet très rapidement, rythmée par des séquences fortes, comme lorsque Jérôme Bayle évoque son accident avec un tracteur ou un autre au rugby, quand il rencontre Emmanuel Macron, Marine Tondelier, Gabriel Attal ou Arnaud Rousseau, qu'il tutoie tous. "Il accroche vraiment la caméra. Il a un sens inné de la punchline, c'est comme ça qu'il désarçonne les politiques, par sa sincérité". Et surtout, un agriculteur, qui malgré les difficultés, ne semble jamais vouloir abandonner. "C'est une image quand même moderne de l'agriculture, et un message de réconciliation". S'il sait, pour avoir déjà présenté son film en avant-première dans une dizaine de villes en France, devant beaucoup d'agriculteurs, que ces derniers sont nombreux à se retrouver dans ce portrait, Édouard Bergeon espère évidemment aussi toucher le grand public. "J'aimerais réconcilier ville et ruralité" lance-t-il, alors qu'il constate à la fois les difficultés de l'agriculture et le fossé qui se creuse avec le reste de la société. "On ne peut pas faire sans agriculture, et il faut respecter chaque connaisseur de son territoire". Le réalisateur rappelle qu'il " y a du boulot à faire sur la législation, pour le manger français. Et c'est à tout le monde de faire le boulot".
Difficile de savoir si ce long-métrage rencontrera le même succès qu'"Au nom de la terre" (2 millions d'entrées), mais le film est déjà programmé dans 75 cinémas en France (dont ceux du réseau CGR), ainsi qu'en Belgique, et le réalisateur devrait apparaître ces prochains jours dans de très nombreux médias nationaux. Il sera également une bonne partie de la semaine au Salon de l'agriculture.
Pourquoi ce nom?
S'il a choisi le mot "rural" pour ce film, c'est avant tout car Édouard Bergeon estime que Jérôme Bayle "défend la ruralité". Mais aussi car c'est le titre d'un livre de photographies, publié par Raymond Depardon, que ce dernier lui avait offert. "À travers Jérôme, c'est la photographie d'un certain modèle agricole, et aussi d'un mode de vie, avec ses traditions, la chasse, le pâté, le rugby, etc., qui ne veut pas mourir".