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Histoire locale
Un couple d'agriculteurs du Marais poitevin dans la Grande Guerre

Dans son livre "Ta femme qui t’aime", William Benéteau retrace la correspondance échangée par ses arrière-grands parents, agriculteurs à Taugon, lors des premiers mois de la Première Guerre Mondiale. Une histoire tragique qu’il a redécouverte.

William Benéteau a retrouvé, aux côtés des lettres, plusieurs photos de ses aïeux Hippolyte et Marie et de leur famille.
William Benéteau a retrouvé, aux côtés des lettres, plusieurs photos de ses aïeux Hippolyte et Marie et de leur famille.
© William Benéteau

Tout est parti d’une découverte fortuite, en 2008. Amené à débarrasser la ferme familiale où vivaient ses grandes-tantes récemment décédées, au lieu-dit Les Combrands à Taugon, William Benéteau retrouve au fond d’une armoire une petite boîte en fer. À l’intérieur, un trésor, non pas pécunier mais ayant sans doute davantage de valeur : la correspondance de ses arrière-grand-parents agriculteurs dans le Marais poitevin, Marie et Hippolyte, pendant quelques mois au début de la Première Guerre Mondiale. « Ça a été une surprise pour nous », explique-t-il. 

« Il y avait toutes ces lettres, une centaine, et des photos. C’était complètement caché, même mon père n’était pas au courant de l’existence de cette correspondance. »

Le témoignage qu’il découvre, mêlant la vie de l’arrière à celle du front, intéresse ce passionné d’histoire qui décide, avec l’accord de sa famille, de le publier. « On ne connaît pas bien, finalement, l’histoire de ces femmes et de ces enfants qui vivaient à l’arrière du front. C’est ce qui a plu à l’éditeur Edhisto, spécialisé dans les récits de guerre : ce double témoignage, avec la femme à l’arrière qui a ses propres combats, et le paysan-soldat qui passe de l’espoir à l’attente, puis finalement au désespoir. »

Des conseils pour tenir la ferme

Car c’est une histoire tragique que relate cette correspondance mise en forme par William Benéteau, qui a appris beaucoup sur le parcours de ses aïeux. « On savait que normalement il n’aurait pas dû mourir, mais on ne connaissait pas le détail de sa vie », indique-t-il. Il découvre donc que son arrière-grand-père a été d’abord mobilisé en août 1914 à La Rochelle dans un régiment d’infanterie territoriale, le 138ème RIT, et est parti pour la zone de combat afin d’aménager des tranchées ou de nettoyer des champs de bataille.

Au cours de cette période, le jeune poilu - il a trente-deux ans - échange beaucoup avec sa femme Marie, enceinte de leur cinquième enfant. « Il s’ennuie, il fait quelque chose de totalement différent que son métier d’agriculteur. C’est là qu’il pose beaucoup de questions à sa femme sur la ferme, lui porte des conseils sur comment soigner les vaches, comment ensemencer les champs dans le marais mouillé et le marais asséché, avec des techniques particulières... » Marie lui parle en retour de la taille de la vigne, des vendanges, de la conduite de la ferme au quotidien avec les parents d’Hippolyte et des denrées réquisitionnées par l’armée. Ne connaissant pas le monde agricole, William Benéteau confie avoir découvert « des termes comme le pansage, des choses comme le ‘sang de betteraves’, qu’ils donnaient aux vaches ».

Des victimes du conflit

S’il n’a pas retouché le texte (« Ils avaient leur certificat d’études, une écriture parfaite »), William Benéteau a dû s’atteler à un travail de décryptage pour bien retracer ces lettres écrites au crayon de papier, d’autant que, manquant de tout, « Hippolyte écrivait sur les lettres de sa femme », révèle-t-il. « On n’a pas récupéré toutes les lettres de Marie, mais on a toutes celles sur lesquelles il écrivait pour lui répondre. » Les échanges lui ont présenté le portrait d’un couple aimant. « Il voit certainement des horreurs, mais tout de suite il pense à sa famille, dans sa ferme... C’est ce qui comptait pour lui. » Quant à son épouse, elle signe ses courriers d’un « Ta femme qui t’aime », expression qui a donné son titre à l’ouvrage.

Un message d’Hippolyte, en particulier, a ému William Benéteau. « Avant de vous quitter, la vie était bien belle, et au retour pour moi elle sera encore plus grande », écrit-il fin 1914. Hélas, le retour en question n’aura jamais lieu. À la fin de l’année 1914, l’armée française est saignée à blanc ; Hippolyte Benéteau se retrouve alors envoyé au sein du 167ème régiment d’infanterie qui combat au Bois-le-Prêtre, près de Pont-à-Mousson en Meurthe-et-Moselle, où de terribles affrontements font rage. Il n’y survivra que pendant quelques semaines et meurt là le 29 mars 1915, sans avoir pu connaître sa fille née pendant le conflit. Son épouse Marie, épuisée par la guerre, ne lui survivra que quelques années pour s’éteindre à trente-six ans, épuisée par les épreuves et la tuberculose, en 1920. Une « petite histoire » qui s’insère donc dans la grande en soulignant à quel point le conflit a été cruel, avec les hommes au front mais aussi avec leurs proches restés à l’arrière, durablement traumatisés par cette guerre qu’ils espéraient être « la Der des Der ».

Ta femme qui t'aime, par William Benéteau, éditions Edhisto, 15 €.

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