Syndicat - gouvernement : pas de dégel des relations
Comme prévu en fin d'année dernière, les JA, la CR, la FNSEA et la Confédération Paysanne ont rencontré le Premier Ministre et la ministre de l'agriculture, lundi et mardi dernier. À la sortie, aucun syndicat n'a semblé avoir entendu les réponses attendues.
La trêve des mobilisations n'aura pas tenu très longtemps après le 1er janvier. Dès samedi 3 janvier, la Coordination Rurale a annoncé que des convois de tracteurs allaient prendre la route dès le début de la semaine pour atteindre Paris ce jeudi 8 janvier (lire cet article). Malgré des arrêtés pris dans certains départements ou régions par des Préfets, des agriculteurs de la Vienne, de Charente, des Deux-Sèvres, de Haute-Vienne, de Dordogne, de Gironde, de Corse, du Lot-et-Garonne, de l'Allier, de l'Orne, du Rhône se sont mis route. Le dimanche 4 janvier, Arnaud Rousseau annonçait lui une mobilisation de la FNSEA en région, lundi et mardi. Les agriculteurs se sont mobilisés notamment en Seine-et-Marne, en Isère, dans l'Ain, en Indre, dans le Vaucluse, le Gard, la Somme, le Tarn-et-Garonne, le Rhône, la Haute-Marne, les Ardennes, la Côte-d'Or et la Drôme. Dans le même temps, Annie Genevard appelait dès le samedi à la "désescalade", dans un entretien à la Tribune Dimanche, et Sébastien Lecornu publiait une lettre ouverte aux agriculteurs (lire ci-dessous).
Revendications
Si en décembre, c'est surtout la gestion de la DNC et le Mercsour qui avaient poussé les agriculteurs dans les rues, les revendications ont un peu évolué.
Les premiers à avoir rencontré Sébastien Lecornu et Annie Genevard, ce sont les Jeunes Agriculteurs. À la sortie, Pierrick Horel, a rappelé le "non" catégorique du syndicat qu'il préside face à la signature du Mercosur. "S'il était signé le 9, il faudrait ensuite une signature le 19 janvier à Strasbourg" a lancé l'agriculteur avant d'assurer qu'une mobilisation pourrait s'y tenir. " Nous demandons le déblocage d'une centaine de projets de réserves de substitution dans les prochains mois ", a ajouté l'agriculteur. Le syndicat appelle également à un renforcement de l'accompagnement des porteurs de projet par les services de l'État, tant au niveau local que national. Selon Maxime Buizard-Blondeau, vice-président des JA, la discussion a notamment porté sur la définition des volumes prélevables, mais également la méthodologie déployée par les Agences de l'eau, jugée " inacceptable " par le syndicat. "Nous avons désormais plusieurs étapes de travail à réaliser pour trouver des solutions" a-t-il ajouté. C'est ensuite la Coordination Rurale qui a rencontré le Premier Ministre. Se disant "maltraité" par le gouvernement et n'avoir eu que des réponses "vagues" du Premier ministre, Bertrand Venteau, le président de la CR a ajouté que ses troupes "remontées" ne lâcheraient "rien", notamment pour obtenir la fin de l'abattage total des foyers contaminés par la dermatose bovine. L'agriculteur évoque notamment un "langage de sourds". Dans un communiqué, la CR estime que "le Gouvernement tâtonne sur de nombreux dossiers européens (exportations, Pac, Mercosur, MACF) et la crise sanitaire de la DNC n'a toujours pas fait l'objet d'avancées significatives sur le plan scientifique, bloquant pour le moment toute possibilité de modification du protocole sanitaire en vigueur." Le mardi, c'est la FNSEA qui s'est rendue à Matignon. À l'issue d'une réunion, Arnaud Rousseau, a dit espérer voir "clarifier" les détails de plusieurs "mesures d'urgence attendues qui sont rappelées depuis très longtemps par la FNSEA". Il a mentionné les dossiers de l'assurance prairies, de la viticulture, de la taxe carbone aux frontières (qui a été suspendu ce jeudi, lire en page 3), mais aussi les décrets d'application de la loi Entraves qui prévoit notamment des mesures de simplification administrative. Le Premier ministre aurait également confirmé son intérêt pour travailler sur la question du stockage de l'eau, qui fait partie des thèmes que la FNSEA voudrait voir figurer dans une "loi spéciale" d'ici cet été. Arnaud Rousseau a indiqué que la FNSEA se mobilisera probablement la semaine prochaine si une majorité était trouvée à Bruxelles pour adopter l'accord UE-Mercosur le 9 janvier. Les manifestations viseraient probablement la grande distribution et la restauration dans toute la France. Dans un second temps, une manifestation se prépare à Strasbourg le 19 janvier, comme l'avait aussi annoncé Pierrick Horel, des JA. La Confédération Paysanne a elle aussi rencontré le Premier Ministre, mardi en fin de journée. À la sortie, Fanny Métrat, parole du syndicat a dit attendre les "actes clairs et forts sur l'arrêt de l'abattage total" en cas de découverte d'un cas de DNC, et a estimé qu'il y avait "encore des moyens de gagner une minorité de blocage" pour empêcher la signature du Mercosur.
Après ces quatre rencontres, le Premier ministre Sébastien Lecornu a promis d'annoncer d'ici ce vendredi 9 janvier "les mesures qu'il entend très concrètement mettre en place" pour répondre aux revendications des agriculteurs, a affirmé le 6 janvier la FNSEA. Localement, la FNSEA 86 reste "pleinement mobilisée et attentive, aux côtés des agriculteurs du département, dans l'attente de décisions à la hauteur des enjeux", et rappelle "que la confiance ne se décrète pas : elle se construit par des actes concrets, visibles sur le terrain et efficaces dans les exploitations."
Limiter les importations de produits non conformes
Le gouvernement a publié un arrêté, mercredi 7 janvier, pour suspendre l'importation de fruits et légumes contenant des substances interdites en Europe : le mancozèbe, utilisé pour traiter les avocats, les mangues, ou encore les poivrons, le thiophanate-méthyl (Coings, agrumes, avoine...), le glufosinate (pommes de terre), le carbendazime et le bénomyl (tomates, graines de soja, blé...). Des produits d'Amérique du Sud, d'Afrique, d'Asie et du Moyen-Orient sont concernés. Cette mesure doit encore obtenir un feu vert de Bruxelles. "La Commission européenne va disposer de dix jours pour l'analyser, donc il rentre en vigueur indépendamment de ces dix jours. Et à l'issue, la Commission européenne va soit ne pas s'y opposer et donc le laisser vivre , soit elle peut également le généraliser à tout le reste de l'Union européenne (...) et elle peut également s'y opposer", a détaillé le ministère de l'Agriculture.
Lire également l'article sur les mobilisations d'agriculteurs de la Vienne
Lettre ouverte aux agriculteurs
"Le bon sens doit redevenir la règle" a notamment expliqué Sébastien Lecornu dans une lettre ouverte envoyée dimanche aux agriculteurs. Le Premier ministre y détaille un certain nombre de mesures : la prise d'arrêtés pour "suspendre à l'importation des denrées devant de pays d'Amérique du Sud comme les avocats ou les pommes contenant des résidus de cinq substances pourtant déjà interdites en Europe"; la multiplication par trois de la dotation du fonds de soutien aux équipements hydrauliques agricoles. Sébastien Lecornu explique que sa "boussole est désormais assumée : mettre fin aux deux poids deux mesures".