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Récolte en période de Covid-19
S’adapter, c'est ajuster sans ébranler le cycle de production

Les chantiers d’ensilage s’ouvrent. Bousculer les traditions pour respecter les gestes barrière est finalement assez simple. Maxime Fouladoux et ses associés ne sont pas à une adaptation près. L'année a imposé de multiples ajustements. Ouvert, le jeune éleveur fait toutefois attention à ne pas casser le cycle de production. L’activité de l’automne en dépend.   

La quantité est au rendez-vous de l’année. La qualité s’annonce d’un bon niveau. En fin de semaine dernière, Maxime Fouladoux espérait que les 20 ha de ray-grass de l’exploitation seraient à l’abri lundi soir. Confinement ou non, tension ou non sur les marchés laitiers, cette fin mars, les associés du GAEC de la Grafferie à Villefollet voulaient garder le rythme. « Les prairies sont au top pour faire des stocks de qualité. Nous nous sommes organisés pour récolter avant que le froid de la fin de semaine n’arrive », expliquait vendredi 27 mars le benjamin des cinq associés. Sur l’exploitation, les habitudes permettent d’agir vite. Il aura suffi d’un coup de fil aux associés du GAEC de Galardon à Vernoux-Sur-Boutonne, et un second à l’entrepreneur – la SARL Bouteiller – pour que les agendas soient bloqués pour le 30 mars. 

Préserver le socle

 

Mais 2020 est une année surprenante. Les flocons de neige et le vent froid de ce second lundi de printemps allongent la liste des contretemps que l’année donne à gérer. Après une matinée à peser le pour et le contre du maintien du chantier d’ensilage, à 12h30, le top départ, finalement, est donné. Ajuster sans ébranler le socle, pourrait être la définition de la capacité d’adaptation : une compétence dont les agriculteurs doivent être dotés, et plus encore cette année. « Ni la sole de blé, ni celle de luzerne ne sont conformes à l’assolement prévisionnel de fin d’été », témoigne Maxime. A l’automne, les fenêtres météo n’ont pas été suffisantes pour mettre en terre les 70 ha de blé envisagés. « Parce que nous ne voulons pas prendre le risque de manquer de paille pour les animaux, la surface en orge a été augmentée de dix hectares au moins pour compenser ». La gestion des stocks de fourrages fait également l’objet d’ajustements. « L’excès d’eau et les parasites ont eu raison de huit hectares de luzerne cet hiver ». Négative à bien des égards, l’humidité des derniers mois offre au GAEC la Grafferie et ses trois troupeaux (50 vaches laitières ; 50 vaches à viande et 550 chèvres) une production d’herbe sur pied intéressante. « La seconde coupe de ray-grass sera rentrée en foin pour sécuriser les stocks ». 

 

Bousculer les traditions

 

Lundi 30, malgré le confinement, les sept bennes réservées pour la récolte et la petite dizaine de tracteurs (ensileuse comprise) ont enchaîné les allers-retours entre l’exploitation et les parcelles. Soucieux de participer à leur niveau à l’effort national engagé pour stopper la propagation du coronavirus, les organisateurs du chantier ont bousculé les traditions. Les dix personnes mobilisées sont arrivées à 12h30. Cette année, c’est à bonne distance ou au téléphone que la traditionnelle convivialité des chantiers agricoles a lieu. « Contrairement à d’habitude, nous n’avons pas pris de repas ensemble. Nous avons convenu de travailler non-stop l’après-midi », explique le jeune éleveur. 

 

L’inertie des décisions

Parce que les animaux ont besoin de manger, parce que l’année ne connaît qu’une saison des semis, parce que la maturité d’une culture est éphémère, les agriculteurs, quel que soit le contexte, sont contraints de maintenir leur activité. « J’entends les appels de l’interprofession laitière. Parce que la consommation est bousculée, il faut écrêter le pic de production du printemps. Mais en agriculture, l’inertie des décisions est très longue. Il faut être vigilant. Les décisions d’aujourd’hui doivent être mesurées pour ne pas prolonger les difficultés actuelles sur le reste de l’année ». Ce que la France mangera demain dépend des décisions qui sont prises aujourd’hui dans les fermes. Rompre le cycle de production, c’est prendre le risque de voir les assiettes vides dans dix mois. S’adapter, Maxime et ses associés le font au quotidien, mais tout en gardant un œil sur les conséquences à moyen terme. 

 

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