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Réserves: une famille sous pression

Depuis plusieurs mois, le quotidien de Pierre Hay, mais aussi celui de son épouse et de leur enfant, est rythmé par des attaques publiques contre l'agriculteur et son exploitation irrigante, dans la Vienne. Une forme d'agribashing lourde de conséquences pour sa santé.

Emmanuelle et Pierre Hay restent solidaires et déterminés face à la situation.
Emmanuelle et Pierre Hay restent solidaires et déterminés face à la situation.
© Elisabeth Hersand

Les tensions entre les irrigants et les associations qui s'opposent à la construction de réserves de substitution ne sont pas nouvelles dans la Vienne. Mais depuis l'année dernière, elles ont pris un tournant particulier, avec le ciblage répété d'un agriculteur de la Vienne, Pierre Hay. Céréalier à Brion, cet exploitant d'une quarantaine d'années est en effet cité dans plusieurs communiqués ou appels à mobilisation, depuis le mois d'octobre. Une période qui correspond à l'autorisation environnementale reçue par ce dernier pour un projet de stockage d'eau pour l'irrigation sur la Clouère. Bassines Non Merci 86 annonce alors une "grande chasse anti-bassines d'halloween", prévue le 31 octobre à Poitiers, évoquant "un arrêté autorisant un irrigant très acharné, Pierre Hay, à construire sa bassine personnelle de 135 000 m³."

Un cœur qui s'emballe

Dans le contexte déjà tendu, ce ciblage est très mal vécu par l'agriculteur, qui est victime d'un grave accident cardiaque. Son cœur s'est littéralement emballé, montant à plus de 260 battements par minute pendant plusieurs heures, malgré une intervention rapide des pompiers et du Smur. "On a reçu des appels nous indiquant que notre adresse était également donnée" se souvient Emmanuelle Hay, son épouse, qui ajoute que son téléphone sonnait à ce sujet alors qu'il était en soins intensifs. Opéré dans les jours qui ont suivi, il est aujourd'hui équipé d'un défibrillateur et suivi de près. Les médecins n'ont trouvé aucune cause médicale pour cet épisode, qui est survenu dans un climat d'angoisse et de forte pression. Début décembre, l'agriculteur est à nouveau cité dans un communiqué de Bassines Non Merci. En janvier, ce sont des tracts qui sont distribués dans les boîtes aux lettres de Brion, et début février, BNM annonce une "balade naturaliste" à proximité de l'exploitation, citant encore le nom de l'agriculteur. Son cœur s'emballe à nouveau, avec un rythme qui dépasse les 200 battements par minute, mais sur un temps heureusement moins long que lors du premier incident. "On peut ne pas être d'accord, mais je ne comprends pas ces attaques personnelles" s'agace Emmanuelle Hay. Début décembre, elle a d'ailleurs publié sur les réseaux sociaux son témoignage d'épouse et de maman. "Je ne suis pas accusatrice, mais j'exprime mon ressenti. J'ai ensuite reçu des messages d'autres agriculteurs qui ont des réserves de substitution, ou de leur femme, et qui sont traumatisés par d'autres comportements de ce type. On nous expose sur la place publique". Emmanuelle Hay compare ces attaques à une forme de harcèlement, et rappelle qu'elles ont "des conséquences réelles : psychologiques, humaines (santé) et aussi financières".

La journée du 14 février a de nouveau été compliquée pour le couple : une trentaine de participants à la "balade naturaliste" ont débarqué à proximité de l'exploitation, où se situe aussi le domicile familial, et c'est la présence des forces de l'ordre qui a permis d'éviter toute véritable intrusion. "Je respecte les opinions et les causes défendues. Mais il existe des limites à ne pas dépasser. On ne pénètre pas chez nous. Ici, c'est notre maison, notre lieu de travail et un lieu de recueillement" ajoute Emmanuelle Hay, évoquant le décès d'un de leurs enfants. "C'est une sorte d'intimidation" estime Pierre Hay. "Ça s'apparente à de la stigmatisation de la profession agricole, en ciblant une personne en particulier". Dans un communiqué envoyé par Bassines Non Merci 86 suite aux publications d'Emmanuelle Hay sur les réseaux sociaux, l'association explique cibler Pierre Hay en tant que président de la Scage Clouère (ce qu'il n'est plus), et "un des premiers bénéficiaires de l'injuste partage de l'eau" (* sollicité pour s'exprimer dans nos colonnes sur le sujet, BNM 86 n'a pas répondu). L'agriculteur se sent quant à lui entravé dans sa liberté d'entreprendre, d'autant que ses projets se font dans les règles imposées par l'administration.

Déterminés

Malgré cette tension et l'impact sur le quotidien de la famille, Pierre Hay assure que son souhait de construire une réserve reste intact. "Dès que tous les voyants seront au vert, la réserve va se construire, car elle est autorisée". Une détermination partagée par son épouse. "Il y a de la solidarité entre nous. On sera tous les deux, et on aura l'aide de la profession, sans alimenter la polémique. On n'ira pas chercher l'affrontement, en faisant par exemple venir d'autres agriculteurs quand il y a une mobilisation". Mais le couple entend bien ne pas jeter l'éponge.

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