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Assurance récolte
Philippe s’assure, Pascal non

Pendant plusieurs semaines, cette nouvelle rubrique relate l’avis de quelques exploitants sur l’intérêt ou non d’assurer leurs cultures.

© N.C.

Tout risque assurable est exclu de la procédure des calamités agricoles. Les événements climatiques interpellent en conséquence les chefs d’exploitations. Certains font le choix de s’assurer. D’autres, non. Cette semaine, avis de céréaliers. 

Philippe Robin, installé à Saint-Symphorien
« Je m’assure pour couvrir mes investissements en cas de coups durs », déclare-t-il.
Blé, orge, colza, tournesol, maïs grains sont assurés. Soit 145 hectares environ sur 160 hectares. Un choix fait il y a quatre ans. Sur le sud du département des Deux-Sèvres, l’Earl Robin doit se satisfaire de petites terres de groies peu profondes. « Les années où les précipitations se font rares, les cultures de printemps souffrent », témoigne Philippe Robin.
L’exploitant, aujourd’hui âgé de 49 ans continue d’investir. « J’ai besoin de sécurité pour avancer. Si une année mes récoltes sont détruites par une sécheresse importante ou un orage de grêle tel que celui de  juin à quelques kilomètres d’ici, l’avenir de l’entreprise ne doit pas être menacé. »
Cette sécurité est cette année facturée 6570 euros à l’exploitation assurée à Pacifica. Le blé et le colza sont couverts avec une franchise de 25%, le tournesol et le maïs avec une franchise de 10%. « Les aides de l’Etat allègent cette charge. Sans celles-ci, sur nos terres à petits rendements, la dépense serait-elle raisonnable ? », s’interroge le chef d’entreprise.
Pourtant, en 2010, cette couverture lui permettait, alors que la sécheresse avait entamé ses rendements de manière significative, de percevoir 20 000 euros. « Malgré tout, il serait nécessaire que les coûts baissent », juge l’exploitant.
En bon gestionnaire, Philippe Robin a saisi l’opportunité offerte par la dotation pour aléas climatiques pour financer sa sécurité. « En agriculture, nous évoluons dans un environnement instable. L’an dernier j’ai ouvert un compte et activé la DPA (dotation pour aléas climatiques). Outre l’avantage fiscal permettant d’écrêter les revenus d’une année sur l’autre, cette option m’offre une trésorerie pour financer plusieurs années de suite ma prime d’assurance récolte. »

Pascal Ecarlat, installé à Granzay-Gript
« Non, je ne m’assure pas», déclare-t-il. « Je pense que ce serait une dépense supplémentaire dans des petites terres de groies où ma stratégie consiste à produire tout en limitant les charges ». Non, Pascal Ecarlat ne contractualise pas d’assurance récolte. Un choix réfléchi. « J’y ai regardé, bien entendu. Sur les cinq dernières années, je fais 66 q de moyenne par hectare en blé. Avec une franchise de 25%, je commencerais à percevoir une aide de l’assurance en deçà de 48 q par hectare. Je n’ai jamais connu ça sur mon exploitation », explique le chef d’entreprise.
Touché au printemps par la grêle sur une partie de la ferme, Pascal ne regrette pas son choix. « Mes 170 ha s’étendent sur un rayon de 5 km autour du siège d’exploitation. Une zone assez vaste. 25% des couverts ont été sinistrés au mois de juin. Les dégâts vont jusqu’à 75% sur certaines parcelles et pourtant en moyenne la récolte a atteint 65 q par hectare en blé. Assuré, je n’aurais rien touché. »
Pascal Ecarlat pose un regard interrogatif sur l’idée de rendre l’assurance récolte obligatoire. « Il est de la responsabilité de chacun de faire ses calculs. Pour ma part, il y a cinq ans, j’ai préféré contractualiser une MAEt. Elle m’a fait évoluer dans mes pratiques et me garantit parallèlement une rentrée d’argent chaque année. C’est une sécurité financière en cas de sinistre ». Cette année, le contrat arrive à son terme.
« Le risque existe, mais je ne le juge pas excessif. Dans ma situation, je pense préférable de placer le montant de la prime d’assurance sur un compte. Environ 3000 euros pour ma ferme. Si dans les dix ans j’ai un ou deux sinistres, je peux ponctionner dans cette réserve pour faire face ». Dans cette logique, l’exploitant va étudier de près le dispositif DPA. « Cet outil peut être intéressant pour se protéger tout en écrêtant les revenus. La variabilité des résultats de l’exploitation est une difficulté de gestion en agriculture ».

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