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Ovins : le désaisonnement en bio sans les hormones, c’est possible

La création d’une filière de viande d’agneau bio suppose de pouvoir approvisionner toute l’année. Il faut désaisonner, ce qui est compliqué sans recourir aux hormones. Au lycée Nature à La Roche-sur-Yon, Patrice Briand y parvient, avec un protocole rigoureux.

C’est grâce à un travail sur la lumière que Patrice Briand et Sébastien Charrier parviennent à désaisonner une partie du cheptel.
C’est grâce à un travail sur la lumière que Patrice Briand et Sébastien Charrier parviennent à désaisonner une partie du cheptel.
© VA

La filière ovine est aujourd’hui en pleine évolution, avec les nouveaux modes de consommations de viande d’agneau et du lait de brebis. L’essor du bio, notamment, fait écho parmi les consommateurs. Mais créer une filière viande ovine bio, cela implique de pouvoir approvisionner toute l’année les boucheries et les GMS, et donc de désaisonner une partie du cheptel. Sans recourir aux hormones, le défi semble de taille.

Un jeu d’ombre et de lumière

C’est pourtant le challenge relevé avec succès par Patrice Briand, responsable de la ferme du lycée Nature de La Roche-sur-Yon, et l’éleveur en charge des ovins, Sébastien Charrier. « Nous avons travaillé avec Vendée Sèvre Ovins, l’Inra et la chambre d’agriculture des Pays de la Loire sur la création d’un protocole, explique Patrice Briand. Aujourd’hui, cela fonctionne très bien : en jouant sur la lumière que reçoivent les brebis, on parvient à les désaisonner ».

Ainsi, jouer sur la luminosité que reçoivent les brebis influence la production d’hormones, et donc les cycles naturels de reproduction. « Nous avons divisé notre cheptel en quatre lots de 80 têtes, dont deux que nous désaisonnons, poursuit Patrice Briand. Pour avoir une mise bas en septembre par exemple, les bêtes sont éclairées 17 heures par jour pendant 80 jours à partir de début novembre jusqu’à fin janvier ».

À partir de là, les brebis sont mises à la lutte en avril, avec un bélier qui a eu le même traitement, pour avoir une mise bas début septembre. « Il faut que, 17 heures par jour, les brebis aient 200 lux de lumière dans les yeux, précise Patrice. On peut fonctionner soit avec des néons, soit avec des leds : l’investissement est moindre avec les néons mais ils consomment plus d’électricité, et les leds peuvent s’adapter à la lumière du jour pour ne fournir que l’intensité manquante ».

Pas de conséquences néfastes sur les animaux

Un protocole similaire a été établi pour des mises bas en novembre. Décalé dans le temps de quelques mois, ce protocole de 80 jours consiste à éclairer les brebis au début, en janvier, pour qu’elles aient la lumière nécessaire ; et à la fin, en avril, il faut les rentrer plus tôt pour l’obscurité. « Ce protocole est plus compliqué à mettre en œuvre », concède Patrice Briand.
« De ce que nous avons pu observer, il n’y a aucune conséquence sur le comportement ou la santé des animaux, explique Sébastien Charrier. Les agneaux mangent bien, grandissent bien. Parfois, je me dis que c’est même mieux de naître en septembre qu’en avril car à l’automne, les écarts de température sur une journée sont souvent moins grands qu’au printemps ».

Les brebis, quant à elles, s’adaptent très bien. D’année en année, elles sont dans l’idéal gardées dans les mêmes lots afin de maintenir un rythme régulier. Les bêtes les plus performantes en cycle saisonné sont généralement celles qui vont prendre la place de celles dessaisonnées qui partent à la réforme. « C’est aussi intéressant pour la performance du cheptel, ajoute Sébastien. Si une brebis ne prend pas à la première lutte en saison, je peux réessayer après en désaisonné, et l’écarter plus rapidement si elle n’est pas fertile ».

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