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Oser les schémas les plus audacieux en termes de transmission

Pierre Trouvat, membre du conseil d’administration de la Fnsea 79, partage sa réflexion sur l’enjeu que représente la transmission des outils de production. Originalité et créativité seront nécessaires pour maintenir dans les territoires la richesse produite par l’agriculture.

Pierre Trouvat
Pierre Trouvat
© N.C.

En 2011, sur la région Poitou-Charentes, 800 exploitants ont fait valoir leurs droits à la retraite. En 2016, ils seront 1200 (*). Quelle problématique soulève ces chiffres selon vous ?
Pierre Trouvat : Plus que jamais la question du renouvellement des générations se pose. L’accroissement du nombre de départs doit être suivi du même accroissement du nombre d’installations. Dès lors, deux objectifs s’imposent à nous : avoir suffisamment de jeunes motivés par l’installation, l’entrepreneuriat ; mais également créer des outils permettant à ces mêmes jeunes de disposer des moyens de production et donc des capitaux de plus en plus lourds.

Vous défendez une agriculture de chef d’entreprise ?
Oui. Entreprendre, c’est s’engager, créer, innover, développer. De cette effervescence naît  l’activité. La création de richesses est la conséquence de cette posture. Nous devons accompagner chaque candidat à l’installation, chaque jeune porté par l’envie l’entreprendre, dans la concrétisation de projets en cohérence avec le territoire. L’épanouissement que suscite la prise en main de son dessein pousse les hommes à trouver des solutions, à franchir les obstacles qui se dressent devant eux. La dynamique du monde agricole, son identité, ses valeurs morales et sociales, mais également la dynamique économique des territoires tiendront, pour partie, de notre capacité à maintenir en agriculture un maximum d’entrepreneurs.

Vous êtes de ceux qui se fixent pour objectif une installation pour un départ ?
Si ce rapport d’un pour un concerne les hommes, un chef d’entreprise qui cède pour un chef d’entreprise qui s’installe,  alors oui. C’est en tout cas l’objectif vers lequel on doit tendre. Si l’on parle structure, une exploitation pour une exploitation, alors, pas forcément. Les fermes, en tant qu’entité juridique, ne sont que le support, un outil permettant de créer, développer de la valeur ajoutée. L’objectif est moins de tenir le nombre que la richesse créée par celles-ci à l’échelle des territoires. Les choses changent. Nous devons être créatifs pour renouveler les générations d’agriculteurs. Nous devons nous interdire aucune piste de réflexion au risque d’être utopistes. Nous  reviendrons à la réalité dans la mise en œuvre.

Les nombreux départs ouvrent un potentiel certain pour les jeunes. Pour autant, nombreux sont les cédants à s’inquiéter. Le poids des capitaux est un obstacle à la transmission ?
C’est vrai, nos exploitations se sont développées. On ne peut éviter que l’agriculture soit dans le champ de la compétitivité. Les projets économiques que nous avons développés durant nos années d’entrepeneuriat pèsent lourd en capitaux.  Ce paramètre peut être un frein à la reprise telle qu’elle est envisagée aujourd’hui. Nous sommes face à un constat. Reste-t-on au pied du mur ou cherche-t-on à le contourner? Nous n’avons pas encore d’outils juridiques ou fiscaux adaptés à l’actuel contexte. Construisons-les. La transmission progressive de capitaux se fait déjà dans certaines structures. Pourquoi ne pas envisager la transmission partielle, la déconnexion entre capital et pouvoir de décision. Osons les schémas les plus audacieux et voyons sur quelles pistes ils nous mènent. 

La transmission doit-elle être, à l’image de l’installation, un projet travaillé en amont ?
Oui bien sûr, mais attention tout de même à cette idée qui prétend que la transmission doit être une préoccupation de tous les instants, et cela dès l’installation. Une telle approche pourrait couper cours à de nombreuses initiatives économiques et limiter en conséquence le potentiel de création de richesses. L’anticipation ne doit pas être un frein au développement des projets.
Cette réflexion en amont qui à l’échelle de l’exploitation pourrait brider les initiatives, ne peut-elle pas être portée de manière collective ? Ne peut-on pas imaginer un outil dont la mission serait de permettre le mouvement des hommes à l’intérieur des sociétés, des fermes, sans fragiliser la structure financière? Nous sommes face à un nouveau contexte, nous devons faire preuve d’originalité.
(*) source : Observatoire régional installation-transmission.

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