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Portrait
Observer et comprendre, la devise d’Yvette Thomas

De l’infiniment petit comme l’atome à l’infiniment humain comme les autres, Yvette Thomas adopte la même démarche, celle d’observer puis d’essayer de comprendre. Un exercice de chaque jour pour la présidente de la Fédération régionale des coopératives agricoles.

« J’aurais pu faire carrière à Paris mais non, je suis avant tout quelqu’un du terrain, je laboure toujours, je sème toujours », déclare Yvette Thomas.
« J’aurais pu faire carrière à Paris mais non, je suis avant tout quelqu’un du terrain, je laboure toujours, je sème toujours », déclare Yvette Thomas.
© N.C.

Le stylo n’a pas le temps de souffler avec Yvette Thomas. Cette femme parle vite, si vite... « J’ai plein d’idées », glisse-t-elle au travers d’un tendre sourire. Plein d’idées, plein de choses à dire car Yvette est une personne pleine de vie. Une vie qu’elle a su ajuster car « on en est l’auteur », certifie l’agricultrice aux mains épaisses, encore remplies du travail rural de la veille et de son enfance.
Fille de viticulteurs, Yvette a perdu son père alors qu’elle n’avait que 4 ans. « Dès que j’ai pu aider ma mère, je l’ai fait. Elle aussi s’est adaptée. L’adaptation, c’est une culture», explique-t-elle en rendant hommage à sa mère qui « respectait les êtres humains ». Ces êtres humains  dont elle essaie de percer le mystère. « On cherche toute sa vie à les comprendre », lance celle qui a débuté sa carrière comme technicienne  dans un laboratoire de chimie dans la région bordelaise. Observer, comprendre, analyser, sa culture et sa formation scientifiques sont l’un des piliers de son existence.  Et pour mieux vivre avec les autres, elle lit des ouvrages de psychologie : Cyrulnik, Coleman, Servan-Schreiber. « J’ai fait plusieurs stages de développement personnel », dit-elle. Peut-être pour poser la main sur son âme. S’agissant des autres, Yvette Thomas a cependant une certitude, celle que le doute est permanent dans le cadre des relations humaines. 
Même si quand elle rencontre son mari, aide familial installé à Saint-Palais-sur-Mer, elle ne doute pas, elle épouse l’homme et le métier. « Ce fut un choix de cœur, une aventure humaine», se souvient-elle. Yvette délaisse alors atomes et molécules au profit des céréales et des semences sur l’exploitation familiale de son mari. « Je n’étais pas destinée à un travail physique mais aujourd’hui je ne regrette pas, je ne suis pas nostalgique, je suis dans le présent et le futur. » Convaincue que la femme a autant sa place que l’homme sur une exploitation, Yvette ne se ménagera pas, la culture du travail bien fait en bandoulière.            

« j’ai remplacé mon mari pour une AG »
Citant sa naïveté comme défaut et qualité, - « je pense parfois que je vais contribuer à faire changer le monde » -, Yvette a eu envie de s’engager parce qu’elle croit en l’homme  autant que ce dernier lui fait confiance, à commencer par  celui qui partage sa vie. « Mon mari préférait que ce soit moi qui aille aux réunions », dit-elle. En 1986, elle le remplace alors pour une assemblée générale de coopérative. « On m’a demandé si je voulais devenir administratrice. J’ai dit oui car la coopérative est un modèle qui me plaît. C’est une organisation collective où nous avons tous la même voix quelle que soit la taille de nos  exploitation. » Puis l’agricultrice deviendra en 1992 vice-présidente de la coopérative Océane et en 2007, elle est élue à la tête de la Fédération régionale des coopératives agricoles en Poitou-Charentes. Une ascension sur l’échelle des responsabilités qui lui a valu quelques remarques, du style, « la mère Thomas ferait mieux de retourner à ses casseroles ». Mais à sa cuisine, elle préférera les réunions même si, dit-elle, « j’aurais pu faire carrière à Paris mais non,  je suis avant tout quelqu’un du terrain, je laboure toujours, je sème toujours. Je veux rester agricultrice pour mieux défendre les agriculteurs, pour comprendre ce qui se passe ». Et d’évoquer la condition de la femme : « Je trouve qu’elle n’est pas reconnue à sa juste valeur, elle est  encore considérée comme une Barbie ».
Des responsabilités, Yvette en a également à la Fédération nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences ainsi qu’au groupement international des semences et plants. Le mot repos autant que le mot retraite ne lui parle pas.  « C’est une erreur de vouloir caler un âge de départ à la retraite, déclare l’agricultrice au soir de sa cinquantaine. En tant qu’indépendant, notre vie est dans notre entreprise, c’est différent du salariat. Ayant connu les deux, je comprends bien la différence. »
La différence, un autre mot qu’elle aime bien, elle est d’ailleurs allée à la rencontre des différences dans le cadre de nombreux voyages d’études. « J’ai eu la chance de découvrir  tous les grands pays émergents, d’aller voir ce qui s’y passe, sentir le pays. » Et bien sûr, tenter de comprendre.
Les neurones jamais au repos, Yvette Thomas avance « avec fluidité, selon son propre modèle». « Je rencontre tellement de gens biens que je ne peux pas en citer un seul. On peut s’inspirer de ce que certaines personnes ont fait à un moment donné. Mais ce qui est juste à  l’instant t ne l’est plus forcément à l’instant t+1...», conclut-elle en bonne scientifique.

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