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Manque de paille : et si on choisissait du minéral ?

Avec l'hiver pluvieux qui a largement perturbé les semis et levées des céréales, la quantité de paille disponible dans la Vienne pourrait être assez basse. Certains éleveurs ont depuis des années fait le choix de passer à un paillage minéral.

Depuis la nationale qui relie Lussac-les-Châteaux à Limoges, les automobilistes ne se doutent souvent de rien. Mais à quelques centaines de mètres de la route, se cache une carrière de dolomie du Poitou. Un sable sédimentaire d'origine marine, formé au Crétacé, que l'on trouve à quelques mètres sous la terre. Et contrairement aux autres dolomies que l'on trouve ailleurs en France, ce produit minéral est ici naturellement friable, et n'a pas besoin d'être concassé ou broyé. "Nous la tamisons seulement "explique Sébastien Baudinière, responsable commercial d'Iribarren, la société qui exploite depuis 1985 cette carrière. Riche en calcium et magnésium, cette dolomie du Poitou est un amendement utilisé depuis des années par des agriculteurs de toute la France. Sur les 150 000 tonnes extraites chaque année, près de 25 000 sont aussi utilisées dans les élevages. "C'est lors de la sécheresse de 2011, quand il y a eu un manque de paille, que le produit a commencé à intéresser les éleveurs".

"Je ne reviendrais pas à de la paille !"

À Coulombiers, Pascal Guillon est un utilisateur convaincu. Dans son exploitation laitière qui compte une centaine de Prim'Holstein et Montbéliardes sur 158 ha, il achète deux types de dolomie. Une qui a été séchée qu'il épand sur les logettes, avec de la paille ; et de la dolomie non séchée qui remplace entièrement la paille dans les bâtiments en libre accès. "Je mets chaque matin un peu de dolomie sèche sur les logettes, afin d'assécher la litière. Je continue à mettre de la paille, mais seulement parce que j'aime bien !" Dans les autres bâtiments, la paille a disparu et c'est uniquement sur de la dolomie que les vaches se couchent. "Je la dépose et la retire, au godet, tous les 15 jours. J'en mets 30 à 40 cm". Lui qui a opté pour la dolomie à une époque où il manquait de paille, notamment car il disposait de moins d'hectares, assure qu'il ne reviendrait pas à un paillage végétal. "Cela me fait gagner beaucoup de temps, et financièrement, c'est intéressant". Pour une année, il achète 56 tonnes de dolomie sèche et 120 tonnes d'humide. "Les vaches s'y couchent facilement" assure-t-il. D'autres éleveurs déposent d'abord une fine couche de paille, puis une trentaine de centimètres de dolomie, et laissent ce paillage pendant des périodes allant de 15 jours à 2 ou 3 mois. Une solution qui semble aussi satisfaisante d'un point de vue sanitaire "C'est un produit minéral avec un PH élevé, et qui ne chauffe pas" détaille Sébastien Baudinière. "Il n'y a donc pas de développement de bactéries, même en été". Le responsable commercial assure que ce sable capte aussi les odeurs d'ammoniaque, et réduit la prolifération de mouches. En 2019 et 2020, la chambre d'agriculture de la Creuse a d'ailleurs mené un essai qui confirme ces résultats.

Autre avantage de la dolomie : quand elle est retirée des bâtiments, elle peut être utilisée telle quelle, en amendement.

Actuellement, près de 400 éleveurs en France utilisent la dolomie en paillage, et ce dans des élevages bovins lait, bovins viande, caprin, ovin, volailles et même en porc. Elle est aussi beaucoup utilisée dans des élevages suisses et Belges, où la paille est particulièrement chère. Elle est compatible avec le cahier des charges des exploitations en agriculture biologique.

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