Manifestation à Strasbourg : le Mercosur devrait attendre
Près de 6 000 agriculteurs, et 700 tracteurs se sont rendus à Strasbourg mardi dernier, parmi lesquels une quinzaine du Poitou-Charentes. Une mobilisation qui a payé, puisque les eurodéputés ont voté mercredi ce que demandaient les manifestants : la saisine de la Cour européenne de Justice sur l'accord du Mercosur.
La nouvelle est tombée mercredi un peu avant 13 h. Les eurodéputés ont voté pour la saisine de la Cour européenne de justice sur le Mercosur. Dans l'attente de ses conclusions, ce qui devrait prendre plusieurs mois, l'application du Mercosur (qui avait été ratifié le 17 janvier), devrait donc être suspendue. Une annonce immédiatement fêtée par les agriculteurs toujours installés devant le Parlement européen, à Strasbourg, depuis la veille. À l'appel de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, mais aussi des syndicats agricoles d'une quinzaine d'autres pays européens, une grande mobilisation était en effet organisée ce mardi 20 et mercredi 21 janvier. Venus des quatre coins de la France et de l'Europe (notamment d'Italie, Belgique, Irlande, Pologne, Espagne, Allemagne, Pays Bas), en bus ou minibus (notamment les Charentais-Maritimes), ce sont plus de 6 000 agriculteurs qui ont investi dès 9 h du matin la place de Bordeaux, dans la capitale Alsacienne. Sous un froid glacial (2°C au maximum ce jour-là), ils sont partis en cortège vers le Parlement européen, où les forces de l'ordre étaient particulièrement nombreuses.
Une délégation de la Vienne
Parmi eux, une délégation de la Vienne avait embarqué la veille dans un bus venu de la Creuse, aux côtés d'autres agriculteurs de Haute-Vienne et de Charente. "Si on n'y va pas, personne ne va défendre l'agriculture à notre place" expliquait alors Aurélie Fleury, présidente de la FNSEA de la Vienne. Après plusieurs pauses sur le trajet pour faire monter d'autres agriculteurs, notamment de l'Allier, c'est un bus d'une cinquantaine d'agriculteurs qui en a rejoint des dizaines d'autres, à proximité de la place de Bordeaux. Dans le même temps, près de 700 tracteurs, souvent du département, ont rejoint Strasbourg. Malgré les différentes nationalités, les slogans affichés par les agriculteurs sont assez similaires, avec deux mots très représentés : Mercosur et Ursula von der Leyen. Dans les discours des responsables syndicaux de tous les pays présents (parmi lesquels Arnaud Rousseau et Pierrick Horel, respectivement présidents de la FNSEA et de Jeunes Agriculteurs) qui ont suivi l'arrivée du cortège devant le Parlement européen, la présidente de la Commission Européenne est très souvent invectivée. "Von der Leyen go home", "Von der Leyen kaputt" a-t-on pu entendre à plusieurs reprises. Des eurodéputés étaient aussi présents, comme François-Xavier Bellamy, Christophe Gomard, Raphaël Glucksmann, Fabrice Leggeri, Marion Maréchal, Céline Imart ou Jérémy Decerle ainsi que des députés français ou sénateurs (lire ci-dessous) dont Laurent Wauquiez. Alors que certains prenaient la parole, les agriculteurs ont aussi partagé un repas, et notamment les traditionnelles flammekueches alsaciennes. "Ça fait du bien de voir autant de monde, et de voir le soutien, notamment de politiques" se réjouit Aurélie Fleury, qui ajoutait n'avoir jamais participé à une mobilisation aussi importante. Après quelques tensions vers 15 h 30 avec les forces de l'ordre (plusieurs grenades lacrymogènes ont été lancées), la plupart des agriculteurs ont rejoint leur bus pour reprendre le chemin de leur département respectif. Mais près de 200, le plus souvent des exploitants du Bas-Rhin, sont restés sur place. Après une nuit sous des températures toujours aussi basses, mais dans une ambiance plus détendue que dans l'après-midi, ce sont eux les premiers à avoir exulté en apprenant le vote de la saisine. Sur les 669 votants, 334 euro-députés ont voté pour cette saisine, 324 contre et 11 se sont abstenus. Une majorité (à 10 voix près) qui devrait geler l'application de l'accord du Mercosur, jusqu'à ce que la Cour de Justice rende sa décision, ce qui pourrait prendre jusqu'à 18 mois. "C'est une belle victoire !" s'est de suite félicité Aurélie Fleury, rentrée dans la nuit dans la Vienne. "Mais, c'est une affaire qui reste à suivre... Il faut rester sur nos gardes". La viticultrice ne pensait certainement pas si bien dire, car la Commission européenne a annoncé dès mercredi après midi qu'elle pourrait appliquer l'accord de façon provisoire. Sébastien Lecornu a quant à lui commenté cette déclaration et rappelé que ce vote devait "être respecté".
Députés et sénateurs aussi présents
Une délégation de 30 parlementaires français (12 sénateurs et 18 députés) a rejoint les agriculteurs devant le Parlement européen. Parmi eux, Marie-Jeanne Bellamy, sénatrice de la Vienne, avait tenu à faire le déplacement. "On est là pour soutenir nos agriculteurs" a expliqué l'élue du nord de la Vienne. "Cet accord, il est juste pas possible. Ce n'est pas entendable d'aller à deux vitesses".