Aller au contenu principal

« Ma priorité, ce n’est pas de produire du beurre AOP, mais de vivre de mon métier »

Sylvain Chevalier, éleveur à Taillebourg, est entré il y a deux ans et demi dans la démarche sans OGM de sa coopérative, la laiterie de Pamplie. Passer aujourd’hui au nouveau cahier des charges du beurre AOP Charentes-Poitou lui semble compliqué, surtout en l’absence de réponses sur un point crucial : la valorisation.

Pour Sylvain Chevalier, éleveur laitier à Taillebourg, la prise en compte des coûts en vue de la rentabilité reste la clé. « Il faut que les prix pratiqués compensent les nouvelles contraintes ! »
Pour Sylvain Chevalier, éleveur laitier à Taillebourg, la prise en compte des coûts en vue de la rentabilité reste la clé. « Il faut que les prix pratiqués compensent les nouvelles contraintes ! »
© AC

Transformer son exploitation pour s’adapter à un nouveau cahier des charges ? Voilà un exercice que Sylvain Chevalier connaît bien. Il s’y est attelé, il y a deux ans et demi, pour revoir en profondeur le fonctionnement de sa ferme de 180 ha et 75 vaches, principalement des Prim’Holstein « avec deux-trois brunes qui traînent ». L’objectif pour cet éleveur de Taillebourg : convertir sa production annuelle de 650 000 L de lait au sans-OGM, ainsi que le souhaite sa coopérative, Pamplie. « En 2017, je tournais avec une ration à base de tourteaux de soja, d’orge et de maïs », explique-t-il. « J’ai changé de tourteaux pour passer à du colza. » Rester sur ce mode d’alimentation lui a permis de conserver les aspects pratiques de son travail, mais il lui a fallu réviser ses mélanges. En 2017, ses vaches consommaient à l’année 85 t de tourteaux et 90 t de céréales. En 2020, le tonnage des tourteaux était passé à 165 t, et celui des céréales à 35 t, pour un cheptel équivalent. « Il faut 30 à 40 % de volume en plus en tourteaux de colza pour avoir le même effet qu’en tourteaux de soja », indique Sylvain Chevalier. Résultat, le coût de concentré pour son troupeau a grimpé de 74 €/1000 L à 84 €/1000 L. La coopérative de Pamplie verse bien une prime aux éleveurs pour leurs efforts, mais elle n’est qu’à hauteur de 10 €/1000 L… Soit à peine le montant du surcoût engendré par le changement d’alimentation. « Et cette prime ne va pas couvrir l’augmentation du prix du colza », s’inquiète Sylvain Chevalier en pointant le manque d’offre en matière d’aliments non-OGM. « Le Poitou-Charentes n’est pas le seul secteur où ces exigences arrivent, plusieurs organisations de producteurs veulent aller sur ce créneau-là. »

Pas de réponses sur la plus-value

Autant dire que cette expérience le rend circonspect sur les futures évolutions du cahier des charges du beurre Charentes-Poitou AOP. « Il y a quelques jours, on a eu une réunion de producteurs à la coopérative de Pamplie », révèle-t-il. Au programme : présentation des nouvelles règles pour l’alimentation du cheptel, mais aussi d’outils informatiques pour accompagner la mise en œuvre. Un tour d’horizon qui a néanmoins occulté un aspect. « On a fini cette présentation en demandant quelle serait la plus-value pour le prix, et on ne nous a pas répondu », s’agace-t-il. « On nous a juste fait comprendre que l’AOP faisait partie des arguments commerciaux, donc je suppose que la plus-value est déjà dans le prix… » Et pourtant, rappelle-t-il, sa laiterie fait partie de celles qui rémunèrent le mieux leurs éleveurs en Poitou-Charentes, grâce à des choix commerciaux qui ont bien fonctionné. « Pamplie est dans une niche où toutes les laiteries ne pourront sans doute pas aller. » Un marché qui pourrait encore se rétrécir avec la crise économique qui arrive. « Les gens veulent de la qualité, mais sont-ils prêts à la payer ? »

La baisse du cheptel envisagée

En somme, « rentrer dans cette démarche de l’AOP, aujourd’hui, pour moi, c’est non », résume-t-il, avant d’ajouter, fataliste : « mais je n’aurai pas le choix… » En effet, la laiterie de Pamplie organise déjà trois collectes : celle, traditionnelle, de lait sans OGM et dont Sylvain Chevalier fait partie, une collecte bio et une troisième, avec passage quotidien dans les fermes, pour la confection de beurre cru. « Ça me paraît compliqué, demain, d’avoir une autre collecte », conclut-il avec réalisme. Mais une poursuite dans les conditions actuelles lui paraît impossible. À tout juste 40 ans, il aimerait pouvoir faire évoluer son outil de travail, ses méthodes de production, pour « avoir du revenu, et du temps libre pour ma famille ». Une façon aussi de travailler à la pérennisation de son exploitation, au cas où ses deux jeunes fils voudraient s’installer. « S’il y a des investissements lourds à faire pour la suite, c’est maintenant », estime-t-il. Mais la création d’une nouvelle stabulation ou l’investissement dans un robot de traite lui semblent bien compliqués. « Aujourd’hui, on ne peut pas monter de projet sans garantir de prix. Malheureusement, je ne peux pas le faire à moyen terme car l’étude économique ne passe pas. Avec vingt ans d’activité derrière moi, je ne suis pas en mesure d’avoir un bâtiment neuf… » Passer à un élevage de bovins viande, comme l’on fait nombre de ses homologues, n’est pas non plus une option à ses yeux. « Je suis éleveur laitier dans l’âme et dans le sang, et je voudrais transmettre cette fibre à mes enfants. » Alors, c’est une autre solution qu’il envisage à présent. « Je vais plutôt réfléchir à une diminution du troupeau », confie-t-il. Il va effectuer prochainement des calculs pour trouver une bonne rentabilité. « Ma priorité aujourd’hui, ce n’est pas de produire du beurre AOP ; c’est plutôt de vivre de mon métier et d’avoir du temps pour ma famille. » Et de s’inquiéter de l’avenir de ce terroir laitier dans le nouveau paysage agricole qui se dessine par la force des choses. « Ils vont sauver l’AOP, mais restera-t-il des éleveurs pour produire du lait ? »

 

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Caracterres.

Les plus lus

Lundi, une partie des bénévoles était sur le site, notamment pour l'installation de l'électricité.
Les JA s'installent à Saint-Martin-la-Pallu

Organiser une Fête de la Terre, c'est évidemment un grand défi pour les jeunes agriculteurs d'un canton. Ceux de Neuville ne s…

Le festival La Petite Parenthèse se tiendra le samedi 22 août.
Une petite parenthèse, le temps d'un festival

Installé à Persac, le projet porté par Pierre-Vincent Gibaud, avec sa soeur Marie, et deux autres associés, se définit comme…

Une trentaine de Jeunes agriculteurs seront aux fourneaux et au service (photo de l'édition 2025).
Des repas 100 % locaux sur le site

Pas de fête de la Terre sans lien avec les assiettes ! Cette année, il sera possible de manger sur le site à trois…

Romain Migeon est coureur cycliste et vient d'ouvrir son atelier de réparation et entretien de cycles.
Sur les vélos, mais aussi aux réparations
Passionné de vélo depuis tout petit, Romain Migeon collectionne les titres, y compris au national. Désormais intégré dans une…
Les aides publiques, comme l'Aide au maintien, sont perçues comme une juste reconnaissance de l'AB pour la préservation de la biodiversité et de la qualité de l'eau potable.
Les agriculteurs bio interpellent le préfet
Réunis sur l'exploitation laitière de Christophe Ouvrard à Thurageau, les adhérents de Vienne Agrobio ont exposé la semaine…
Nicolas Rougeon a assuré la fonction de chef de la caravane publicitaire Tourtel Twist.
De la banque à la Grande boucle

La 113e édition du Tour de France s'est achevée le 26 juillet dernier à Paris, avec une nouvelle victoire du…

Publicité