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Syndicalisme
L’Etat est invité à dire ce qu’il attend de l’agriculture

La FRSEA annonce qu’elle sera très vigilante lors du vote de la loi de modernisation agricole qui devra énoncer la place de l’agriculture dans l’économie et dans la société.

Pour Philippe Moinard, « le développement durable c’est aussi du social et de l’économie ».
Pour Philippe Moinard, « le développement durable c’est aussi du social et de l’économie ».
© DR

 

«De mémoire de paysan, jamais une crise n’a frappé aussi durement l’ensemble des productions. Nous allons poursuivre notre travail pour ne laisser aucun de nos collègues sur le bord de la route. » Ce coup d’œil dans le rétroviseur sur 2009 suivi d’un élan de solidarité, ne pouvait qu’être approuvé par les participants à l’assemblée de la FRSEA, la semaine dernière à Niort. 

Finie donc l’éphémère éclaircie de 2007. L’heure est au constat des dégâts de la dérégulation sur fond de crise économique. Ce que le gouvernement a fini par prendre en compte avec son plan de soutien, mais au prix d’une mobilisation de 50 000 manifestants dans toute la France dont 2000 à Poitiers à laquelle il ne s’attendait pas.

C’est dans ce contexte que les agriculteurs, employeurs et salariés étaient appelés à voter pour conserver leur système de protection sociale. Ce que leur a rappelé Jean-Bernard Bayard, secrétaire général de la FNSEA. « Les pouvoirs publics veulent uniformiser les régimes sociaux. Seule une forte participation peut les contrer, a-t-il dit. Nous ne laisserons  pas l’Etat décider seul des orientations du régime agricole et de sa solidarité. » Il invitait donc son auditoire à voter et à faire voter, pour les assesseurs aux tribunaux paritaires des baux ruraux et pour les membres de la commission consultative des baux ruraux. 

La défense de ces outils dont s’est dotée la profession, au prix parfois de longues luttes comme le statut du fermage, fait partie de ces dossiers qui ne sauraient masquer ceux du moment. Dans les mois qui ont précédé l’accord sur le prix du lait de juin, l’opposition aux grandes surfaces n’a pas été vaine. L’observatoire des prix et des marges est en route et ses prolongements sont attendus dans le projet de loi de modernisation de l’agriculture (LMA), approuvé en conseil des ministres la semaine dernière (lire ci-dessous). Mais pour les syndicalistes, il lui manque un de ses fondements : « Nous devrons trouver dans l’exposé des motifs de cette loi, ce que la société attend de son agriculture ! », a martelé Jean-Bernard Bayard. « Elle est l’occasion pour l’Etat de montrer sa réelle volonté de soutenir l’agriculture et l’emploi. Elle doit permettre l’organisation collective des paysans. A nous d’inventer les outils collectifs dont nous avons besoin pour gérer le marché », affirmait de son côté Philippe Moinard, président de la FRSEA. 

« Faire plus vert que les Verts »

FDSEA et Jeunes Agriculteurs de la région s’insurgent contre les distorsions de concurrence « un enjeu qui nous concerne tous sans exception, y compris nos partenaires d’amont et d’aval, et qui se décide plus en France qu’ailleurs » quand il s’agit du coût de la main-d’œuvre, des coûts fiscaux et sociaux, des contraintes réglementaires, administratives ou encore environnementales. « Nous ne pouvons admettre d’être en concurrence directe avec ceux qui n’ont pas les mêmes contraintes que nous », résumait Philippe Moinard. Il s’interroge ainsi sur l’intérêt « de faire plus vert que les Verts » tout en rappelant que « le développement durable, c’est aussi du social et de l’économie ». Ce que ne pouvait qu’approuver le président de la FDSEA de Charente-Maritime : 

« Les Cipan ne sont pas possibles dans le marais. On ne va pas nous apprendre à cultiver le marais ». Il n’en fallait pas plus au secrétaire général  de la FNSEA pour mettre en garde les syndicalistes vis-à-vis des Parlementaires « qui disent oui aux revendications des agriculteurs, mais qui votent des textes dans l’autre sens ».

 


 

 

Le projet de LMA adopté en conseil des ministres

L’examen par le Parlement du projet de loi de modernisation de l'Agriculture et de la Pêche (LMAP), débutera après les élections régionales. Cette loi doit « renouveler le pacte de confiance qui lie la nation à ses agriculteurs et ses pêcheurs », et les préparer à la nouvelle PAC. 

La FNSEA et Jeunes Agriculteurs (JA) estiment, prudents, que ce texte « semble afficher de nouvelles ambitions pour redonner à nos entreprises de la compétitivité et de la stabilité ». Tout va se jouer lors des débats et du vote de ce texte au Parlement. « Ce projet va demander à être enrichi, consolidé, développé », affirment les deux syndicats. Ils approuvent la posture gouvernementale de mettre l'alimentation au cœur de la LMAP. Bruno Le Maire veut faire de l'alimentation « la priorité de l'agriculture et de la pêche ».

Le texte doit renforcer la compétitivité de l'agriculture française, à la traîne de ses premiers concurrents européens comme l'Allemagne, et contribuer à la « stabilisation du revenu des agriculteurs » par la conclusion de contrats écrits avec les acheteurs (contractualisation) et une meilleure couverture des risques y compris économique. Quant au rôle des interprofessions et des organisations de producteurs (OP), le gouvernement souhaite le consolider afin d'améliorer l'organisation économique de l'amont.

Le projet de LMAP vise aussi une meilleure défense par les agriculteurs de leurs intérêts, dans leurs relations commerciales avec l'aval, les industriels comme les distributeurs.

Les pouvoirs publics seraient déterminés à lutter contre le gaspillage du foncier agricole. Une taxe sur le changement de destination des terres est prévue. 


 

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