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Sainte-Soline
Les manifs anti-réserves mettent la campagne à cran

Le temps d’un weekend, des milliers d’opposants aux réserves de substitution ont convergé vers les Deux-Sèvres. Si leur programme comportait des temps festifs à Melle, la manifestation près du chantier de Sainte-Soline a dégénéré dans de violents combats.

Les agriculteurs du secteur ont gardé leur sang-froid samedi. Ils sont là les jours qui suivent pour nettoyer et constater les dégâts. Si de nombreuses grenades lacrymos jonchent le sol, les dispositifs explosifs artisanaux retrouvés font deviner les intentions violentes d’une frange de manifestants.
© Chloe Poitau

C’est une notoriété dont se serait bien passé le département des Deux-Sèvres : le weekend du 25 et 26 mars, les images des violents affrontements aux abords de la réserve de Sainte-Soline ont tourné en boucle sur les chaînes d’infos nationales.

Alors que se déroulait à Melle un forum sur l’eau organisé par les anti-bassines, trois cortèges – interdits – se sont élancé en direction du chantier de Sainte-Soline, gardée par les forces de l’ordre. La suite, ce sont des combats, des blessés, des dégradations de cultures et d’installations.

Puis des indignations et condamnations par voie de médias et de réseaux sociaux.

Que s'est-il passé le 25 mars ?

Trois cortèges de milliers de personnes se sont approché de la réserve dès 12h30. 3200 gendarmes étaient répartis aux alentours. Les affrontements ont commencé vers 13h : tirs de grenade lacrymos par les forces de l’ordre ; jets de pierres, cocktails molotov et feux d’artifice par la foule, aboutissant à l’embrasement de quatre véhicules de gendarmerie. Les échanges de tirs ont duré une heure, pendant laquelle une majorité de manifestants sont restés calmes, voire ont quitté les lieux. Ce combat a éclipsé le sujet du stockage de l’eau, qui n’a pas été évoqué sur place. Dans le même temps, un village associatif était organisé à Melle où conférences, débats et concerts étaient proposés le vendredi et le dimanche. Pour un éleveur de Vienne interrogé sur le sujet, la manifestation est « emblématique d’un vrai problème de fond : des intellos qui prennent les agriculteurs pour des bouseux. Et les gaz lacrymos ne changeront pas le problème ». Elisabeth Hersand

Le monde rural est abasourdi. « Moi qui mets tant de soin dans les espaces verts, j’avais les larmes aux yeux en arrivant lundi matin, je suis écœuré et déçu. Mes enfants aussi sont tristes, exprime un cantonnier de Sainte-Soline, en train de ramasser les déchets sur le site des affrontements, mardi 28 mars au matin. Les vers de terre sont morts en surface, il y a des boulevards dans les cultures ».

Le terrain, lunaire, est parsemé de monticules de pierres, qui ont servi de munitions à une partie des manifestants.

 

« Besoin de médiateurs »

Un peu plus loin, un voisin prête main forte : « je ne conçois pas l’écologie comme ça, avec cette violence. C’est du bon sens pour moi de venir aider ce matin. J’ai élevé des chèvres quarante ans, et je n’irrigue pas. Le projet des réserves, seul l’avenir nous dira si c’était une bonne idée. Mais le but, en agriculture, c’est d’entreprendre. On aura essayé. Ce qu’il faut maintenant, ce sont des médiateurs, c’est se mettre autour de la table, rester humble et discuter sans frapper ».

Dans la commune de Vanzay, Benoît Sauvaitre, 37 ans et installé depuis 2008 (engraissement de chevreaux, cultures de vente et ETA) a pu juger lui aussi du fossé qui existe entre pro-réserves et anti-bassines.

« En embauchant à 7h vendredi, j’ai découvert le camp des opposants qui se montait dans une parcelle qui jouxte les miennes. Aidé d’amis agriculteurs puis des forces de l’ordre, nous avons passé la soirée à faire la circulation des centaines de voitures qui arrivaient ».

L’éleveur témoigne d’un campement qui s’est monté et démonté dans le calme. Il décrit des opposants « envahissant le village en terrain conquis, se garant partout. Mais on a pu discuter un peu. Ce qui m’a marqué, c’est à quel point ils ne connaissent pas notre métier, nos pratiques, nos sols, nos rotations. Quelques-uns affirmaient sans scrupules : on vient juste casser de la bassine ».

Fracture du monde agricole

Des mobilisations « anti » qui rameutent plus large et plus souvent, le retard de la construction des réserves, le changement climatique à l’œuvre : tous les ingrédients sont réunis pour faire monter la tension en sud Deux-Sèvres autour de la question de l’irrigation.

Dans la profession, nombreux sont ceux qui ont exprimé leur colère de voir la Confédération paysanne co-organisatrice du rassemblement du 25 mars, aux côtés de Bassines non merci et des Soulèvements de la terre. Côté terrain, des désaccords éclatent dans des moments anodins : « La semaine dernière, je suis allé à une rencontre technique de machinisme, je suis parti avant la fin car le ton est monté quand les agris présents en sont venus à parler d’irrigation », témoigne un céréalier du sud-est mellois.

Pour l’éleveur caprin qui nettoyait les abords de la réserve de Sainte-Soline mardi matin, un fossé risque de se creuser entre les irrigants et non-irrigants. Là encore, à ses yeux, il ne faut pas se laisser piéger. Un impératif : expliquer et dialoguer. 

Et après ?

A la suite des événements, les condamnations sont légion : FNSEA79 et JA79, Chambres d’agriculture départementale et régionale, Coop de l’eau 79, Coordination rurale, etc. Pas un mot de Bassines non merci sur les violences émanant d’une partie de ses manifestants. Une polémique a éclaté, portant sur la prise en charge d’un anti-bassine grièvement blessé qui aurait été différée volontairement par les forces de l’ordre. Le Samu 79 et la préfecture ont démenti. La préfète des Deux-Sèvres insistant, par communiqué, « sur la mobilisation de l’ensemble des services de l’Etat pour mettre en place un dispositif de secours le plus efficace possible dans un contexte d’extrêmes violences prévisibles ». Le blessé est encore dans le coma à ce jour, sa famille a porté plainte.
Quant au projet des réserves, le tribunal de Poitiers vient de délibérer le 28 mars, après des mois de report, en sa faveur, estimant que les modifications demandées par l’arrêté de 2022 ont été apportées : le nombre de réserves est passé de 19 à 16 et 9 d’entre elles ont vu leurs volumes diminués.
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