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Les enfants de l'Ugni Blanc seront-ils résistants ?

Le vignoble de cognac est engagé dans le Plan National Dépérissement du vignoble depuis 2016. La Station viticole du BNIC y contribue.

Le vignoble de cognac est engagé dans le Plan National Dépérissement du vignoble depuis 2016. La Station viticole du BNIC y contribue.
Le vignoble de cognac est engagé dans le Plan National Dépérissement du vignoble depuis 2016. La Station viticole du BNIC y contribue.
© AC

« Le cépage est ultra-sensible aux maladies du bois. » Ce constat, loin d’être une nouveauté, est redit par Vincent Dumot de la station viticole du BNIC avec insistance comme pour soulever l’ensemble des problématiques. À l’issue de l’investigation, force est de constater que les solutions n’auront rien à voir avec une baguette magique. « Les enjeux de productivité » sont pourtant bien présents. Selon le président de la Station viticole Luc Lurton, le plan de lutte contre les maladies des bois passe par la démarche contre le dépérissement du vignoble : « les limites de la productivité du vignoble charentais se constatent chaque année. Les hectolitres à l’hectare sont chiffrables et dus à ce dépérissement. »  Esca, eutypiose, viroses, flavescence dorée, etc., les maladies sont présentes dans la région délimitée. « Le vignoble est un système : lorsqu’il dépérit, il devient moins rentable. Dans la région, les rendements ont plafonné depuis 20 ans et ont tendance à diminuer. » Replantation, repeuplement commencent à porter leurs fruits. « Le constat », souligne Luc Lurton, « doit être une dynamique. »
Que faut-il attendre de la recherche ? Des solutions ? La filière viti-vinicole européenne n’en attend pas moins. Les programmes sur les cépages résistants au mildiou et à l’oïdium ont été complétés par une recherche sur la tolérance des cépages à l’Eutypiose, qui fait l’objet d’une thèse au CNRS de Poitiers, financée par l’Interprofession. La Station Viticole élabore également un Outil d’Aide à la Décision destiné à aider les viticulteurs à raisonner leurs stratégies de gestion du parcellaire, dans une perspective d’optimisation de leur production. « Mais le viticulteur est au cœur de l’action, même si les plants doivent être disponibles », précise Luc Lurton. « Nous complétons aussi avec des outils d’observation. » D’autres programmes apparaissent, sur la réduction des intrants via des changements de pratique, la mise en place du référentiel viticulture durable cognac, mais aussi sur des cépages résistants. On espère beaucoup sur ces derniers : « ce sont des alternatives techniques crédibles. Elles sont les seules à pouvoir proposer une réduction des traitements fongicides de plus de 90 % par rapport aux pratiques actuelles. » Cela passe nécessairement sur la production de vignes mères « dans l’évolution du cadre réglementaire ». Autre sujet d’attention, le lien entre le sol, le système racinaire et la vigne dans ces maladies du bois. « C’est un grand sujet de recherches. » En 2018, le mildiou a été virulent dans la région délimitée.

Une lente élaboration


Faudra-t-il une décennie pour voir apparaître dans le vignoble cognaçais des cépages résistants ? À écouter l’ensemble des intervenants régionaux sur le sujet, rien n’est moins sûr, tant est complexe l’approche pour qu’émergent des cépages résistants « qui répondent aux attentes de la région délimitée. » Même si cette même région a de l’avance en la matière. La Station viticole a conduit de nombreux projets de recherche depuis le début des années 2000, avec l’Inra pour sélectionner des cépages résistants correspondant aux attentes qualitatives de la production de cognac. Après la déconvenue des débuts, où l’on croyait qu’un cépage existant ferait l’affaire, on s’est engagé à trouver un nouveau cépage. « L’objectif était de croiser en intégrant 50 % d’Ugni blanc. » Premier croisement en 2003, résistant au mildiou et à l’oïdium… 800 pépins, 290 plantules plus tard et on introduit des marqueurs génétiques. On élimine les « mauvais. » On expérimente sous serre face à l’oïdium et au mildiou. Résultat, 43 passent l’étape. Ils sont implantés à Cognac en 2008, 5 à 8 souches par obtention sur le domaine Fougerat à Graves. Entre 2011 et 2014, on les scrute. 15 passent cette nouvelle étape. On vinifie les vins issus de ces cépages. Analyse, dégustation. Il n’en reste que 4 répondants aux doux noms de 1D10, 2E5, 3B12 et 3G3. Ils sont alors sur la piste pour être inscrits dans le catalogue officiel des variétés de vignes. En 2015, on implante 90 souches des 3 variétés sur le site du lycée de Saintes. Première récolte en 2017, vinification, distillation. Mais la production avait été détruite en partie par le gel de 2017. « L’expérimentation sera poursuivie jusqu’en 2020 au moins et devrait aboutir au dépôt des dossiers d’inscription des cépages pour fin 2020. » Ces 3 cépages-là ont été aussi implantés sur les sites de Hennessy, Martell et Rémy Martin pour les « observer à l’échelle du vignoble » avec l’opération OsCaR de l’INRA. La quatrième variété a été finalisée l’an dernier. La prochaine étape sera celle d’intégrer ces cépages dans le cahier des charges de l’appellation cognac. Depuis l’an dernier, l’IFV du Grau-du-Roi a le « matériel initial » et va pouvoir fournir des plants au centre de pré-multiplication du BNIC dès cette année. L’horizon de 2022-2023 est possible pour fournir les pépiniéristes, même si dès 2020, un matériel standard sera disponible. « On pourra ainsi planter une dizaine d’hectares par an. »
En parallèle, le BNIC a continué à travailler sur d’autres cépages résistants, recroisant des obtentions INRA et d’autres variétés porteuses de gênes de résistances divers. « Trois variétés résistantes polygéniques du programme INRA et trois de l’IFV ont été choisies afin de panacher les gênes résistances et d’élargir la diversité potentielle. » On les a croisés, entre 2014 et 2016 avec de l’Ugni Blanc, la Folle blanche, le Folignan et le Colombard. Résultats actuels, une centaine de nouveaux croisements ont été ainsi obtenus. On les a mis au champ en 2017 par 10 souches et complétés en 2018. Trois récoltes devraient être nécessaires pour extraire les variétés les plus proches des critères recherchés. Ils seront implantés dans le dispositif VATE en 2024 pour leur inscription, envisagée pour 2030.
D’autres recherches existent autour du Vidal Blanc et d’autres cépages résistants chez Martell. On a sur la liste du catalogue français existant aussi deux cépages intéressants en blancs, Vidoc et Floréal, et deux rouges, Artaban et Voltis. C’est sans compter sur les cépages recherchés en Europe, même s’ils ne sont pas a priori destinés à la distillation.
Selon Loïc Le Cunff, spécialiste des cépages résistants en France (IFV), « on ne crée pas des gênes, mais on va les chercher où la nature les a faits. On s’appuie sur les gênes que nous connaissons grâce aux outils moléculaires en faisant des sélections précoces, sans passer au vignoble. » Rien à voir avec des OGM. « Nous allons avoir dans quelques années un tsunami de cépages résistants. » Oïdium et mildiou sont des problèmes mondiaux. « Il existe aussi des risques de contournement… Il faut donc que les variétés résistantes aient plusieurs sources de résistances. » Loïc Le Cunff est clair : « on ne partira pas en vacances parce qu’existent les cépages résistants. Il y aura des traitements à faire ! » Partisan des « croisements d’absorption : des géniteurs résistants croisés avec des variétés emblématiques : avoir le fils ou la fille qui se rapproche le plus… Le BNIC a de l’avance sur cette idée d’air de famille. »
La demande est forte pour les viticulteurs. La dynamique de recherche est en marche depuis quelques années. Le besoin d’expérimentation des nouveaux cépages est aussi important. Beaucoup d’espoirs qu’il ne faudra pas décevoir. Avec des changements dans le matériel de vigne, mais aussi dans la pratique. Pour une nouvelle génération ?

 

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