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Le puceron cendré aura-t-il la peau des pommes ?

En croissance exponentielle depuis l'interdiction de l'acétamipride, les pucerons cendrés colonisent les vergers de pommes et occasionnent des baisses de rendement importantes. Les arboriculteurs des Deux-Sèvres demandent une aide compensatrice.

Feuille de pommier infestée par des pucerons cendrés. En jaune, des œufs de coccinelle, auxiliaire de culture prédateur du puceron.
Feuille de pommier infestée par des pucerons cendrés. En jaune, des œufs de coccinelle, auxiliaire de culture prédateur du puceron.
© JUila Crombez CIA 17-79

Le temps clément de l'hiver pourrait augurer d'une campagne 2026 sous les meilleurs auspices pour les arboriculteurs des Deux-Sèvres, si ce n'était la présence d'un petit insecte trouble fête.

Le puceron cendré du pommier (Dysaphis plantaginea) est un ravageur piqueur/suceur, qui se nourrit de la sève des pommiers et endommage irrémédiablement les feuilles et les fruits.

Lire aussi : le projet de loi d'urgence n'intègrera pas la PPL Duplomb ...

Sa population est en croissance exponentielle depuis l'interdiction de l'acétamipride en France en 2018. Les rendements ont été plombés en 2025 et l'année 2026 semble déjà condamnée. 

" Les œufs sont pondus à l'automne sur les feuilles, et nous constatons cette année encore une forte infestation", se désole Anthony Fichet, l'un des trois coprésidents du Syndicat des producteurs de fruits des Deux-Sèvres.

Lui-même gérant des Vergers de la Berthonnière à Viennay, il a enregistré l'année passée une perte de 1 000 tonnes de pommes sur les 3 500 que son verger peut produire, soit un quart du potentiel.

Les œufs sont pondus à l'automne sur les feuilles, et nous constatons cette année encore une forte infestation.

"Il n'y a pas ces problèmes ailleurs en Europe"

"La pression du puceron monte progressivement depuis 2018", estime l'arboriculteur. Les insectes piquent les jeunes feuilles, les corymbes (inflorescence) et les ovaires, ce qui génère des déformations et des enroulements des feuilles, avec pour conséquence l'arrêt de croissance et la déformation des fruits.

"On observe clairement un potentiel affecté, les bourgeons ne viennent pas à fruits, déplore Anthony Fichet. Le potentiel de production (Golden 35 t/ha, Gala 49 t/ha) a été affecté d'un tiers en 2025 en Deux-Sèvres. Avec l'infestation d'ores et déjà constatée à ce jour, des pertes sont à venir cette année encore", peste l'arboriculteur.

Et d'affirmer que "la gestion des pucerons ne pose pas de problème ailleurs en Europe", faisant référence à la position isolée de la France à propos de l'interdiction de l'acétamipride, néonicotinoïde sur lequel plane un doute de neurotoxicité.

40 000 €/ha

Les moyens de lutte contre le puceron cendré s'avèrent donc réduits. L'insecticide Axalion (BASF) a obtenu une AMM (autorisation de mise sur le marché) dérogatoire de 120 jours sur les pommiers, pour cette campagne. "Nous ne connaissons pas l'efficacité de ce produit, mais nous allons l'employer, nous n'avons que ça. Est-ce que ça va suffire ?" s'interroge Anthony Fichet, dépité.

Que ça, ou presque. Les moyens de biocontrôle existent, mais sont insuffisants pour maîtriser la population des parasites.

Des variétés de pommier plus résistantes existent par ailleurs, telle que la Goldrush, mais ont peu de succès sur le marché. "Ce sont des variétés de niche que les consommateurs et metteurs en marché connaissent peu", constate Anthony Fichet. 

De plus, la réadaptation d'un verger avec une nouvelle variété est très longue (quatre à cinq ans avant que de jeunes arbres produisent bien) et coûteuse (40 000 €/ha). Une solution qui paraît hors de portée de l'arboriculteur.

"Je considère que les solutions alternatives ou la recherche sur le puceron ne sont pas à la hauteur de nos attentes", assène-t-il. Le président de syndicat en appelle au soutien des pouvoirs publics.

"Nous demandons au ministère une aide directe, qui viendra combler les pertes de 2025 et celles de 2026. Dans l'espoir qu'on arrive dans l'avenir à maîtriser la situation".

Lancement d'une variété mieux armée face aux ravageurs

Au dernier salon Sival à Angers (du 13 au 15 janvier), l'Inrae et Novadi ont lancé Bely, une variété libre de pommes de type Belchard (Chantecler), résistante à la tavelure et tolérante au puceron cendré. Il s'agit d'une amélioration significative dans ce segment.

La présentation a été faite en comité restreint, ciblé sur les opérateurs de la pomme qui ont des surfaces significatives en Belchard. " Notre cible, c'est le marché français. Elle est vraiment axée sur le producteur, pour faciliter son travail à des endroits où ils ont du mal à produire Belchard ", précise Claire Thouminot, responsable projets et développement des variétés CEP Innovation/Novadi. Cette année sera encore confidentielle, avec 400 arbres, tous partis en test chez des producteurs. Le " vrai lancement " aura lieu l'an prochain.

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