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Le plastique, c'est pas fantastique

Plus encore que les hydrocarbures qui menacent nos côtes, c’est le plastique qui représente un véritable danger pour l’écosystème marin. Pour y remédier, le navigateur Yvan Bourgnon a lancé en 2016 un projet de bateau collecteur innovant.

Voilà à quoi devrait ressembler le premier navire de collecte Manta lors de son lancement, prévu en 2023.
Voilà à quoi devrait ressembler le premier navire de collecte Manta lors de son lancement, prévu en 2023.
© The SeaCleaners

C’est un homme que la mer a pris dès son plus jeune âge. Le navigateur franco-suisse Yvan Bourgnon a passé des années dans les mers du globe, à relever des épreuves surprenantes, parfois même incroyables. Depuis trente ans, il collectionne les palmarès, bat les records, et se lance dans des aventures, comme ce tour du monde en solitaire sur un catamaran de sport, sans cabine, ou cette traversée du Nord-Ouest (entre l’Alaska et le Groenland, via l’océan Arctique) dans les mêmes conditions. Mais le plus grand défi de sa carrière est peut-être encore à venir.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, jeudi 21 mars, il était invité au lycée Desclaude par l’association Terdev afin de présenter son initiative. Tout est d’abord parti d’un constat, réalisé par le navigateur pendant ses courses et plus particulièrement lors de son tour du monde en catamaran, qui l’a ramené sur des mers explorées dans son enfance. « Petit, j’avais découvert un océan magnifique. En revenant 35 ans après, j’ai retrouvé des déchets en masse. » Une vision insoutenable pour cet amoureux de l’environnement, qui décide alors d’agir. Nous sommes en septembre 2016 : il crée l’association The SeaCleaners. Trois objectifs sont fixés : mieux éduquer et sensibiliser les populations à ce problème de pollution (notamment dans les pays en voie de développement), mieux recycler le plastique... Et, pour récupérer ce qui reste, utiliser le bateau Manta.

Collecter à la source


Dans l’écosystème marin, le principal adversaire, c’est le plastique. 8 milliards de tonnes de ce matériau très utile mais à la durée de vie extrêmement longue (500 ans environ), très dommageable pour l’environnement, ont été produites depuis 1950. 8 millions de tonnes finissent dans les mers chaque année. Ce sont ces plastiques récents, pas encore dégradés par la flore ou les UVs, que veut collecter The SeaCleaners grâce au « premier navire hauturier capable de collecter et de traiter en masse les déchets océaniques flottants avant qu’ils ne se fragmentent », le Manta.
La mise en œuvre de cette solution a été longuement étudiée. « Il y a des endroits stratégiques où on peut capter le plastique à la source », explique Yvan Bourgnon. « 20 fleuves dans le monde déversent 60 à 70 % du plastique dans les océans. » Les principales côtes polluées sont en Asie du Sud-Est, Amérique Centrale, dans le golfe de Guinée et à l’est de l’Afrique.
D’un point de vue technique, le bateau, dont le lancement est prévu pour 2023, disposera de quatre grands mâts pour profiter de l’énergie du vent lors des grands trajets. Sur les zones de collecte, il pourra manœuvrer grâce à des moteurs électriques, alimentés par des panneaux solaires et des éoliennes. Les déchets flottants seront collectés grâce à des tapis roulants, situés entre les coques du bateau ; les plus imposants seront extraits grâce à une grue. Il sera possible de stocker à bord 600m3 de déchets, soit 250 t de plastique. Pour les opérations de grande envergure - en mer de Chine notamment -, l’emploi de barges de collecte en renfort est envisagé.
L’opération est ambitieuse. The SeaCleaners compte aujourd’hui 30 employés, et a collecté 10 M€ de dons pour mener à bien le projet. L’association vient d’obtenir une reconnaissance de la part de l’ONU Environnement, avec le statut d’observateur, ce qui lui permettra de renforcer sa présence et son message. « On parle de la deuxième catastrophe écologique mondiale après le réchauffement climatique », a souligné Yvan Bourgnon. « On ne peut pas voir petit. » Pour l’heure, l’affaire est bien engagée. « Depuis avril 2018, on a terminé nos études de faisabilité. On est sûrs que ce bateau va exister. » Pour autant, le navigateur reste réaliste : « on n’est qu’une petite solution parmi toutes celles qui vont devoir être mises en œuvre ». Il espère tout de même, à terme, déployer une centaine de bateaux Manta.

 

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