L'ambroisie au cœur d'un projet artistique
Artiste plasticien, Nicolas Tubéry mène un projet artistique autour de l'ambroisie, pour comprendre cette plante et ses impacts dans nos campagnes.
Issu du milieu agricole, Nicolas Tubéry a toujours baigné dans le monde rural. "Mon père a un élevage de brebis en bio dans l'Aude, près de Castelnaudary. J'ai toujours été bercé par cette atmosphère, le rythme des saisons et des travaux agricoles".
S'il n'a pas repris la ferme familiale, Nicolas Tubéry s'est orienté vers des études artistiques, aux Beaux-Arts à Paris. "Mais j'ai souvent mis l'agriculture, l'environnement au cœur de mes œuvres, en mêlant la vidéo, la sculpture et d'autres médias. Je suis très attaché à l'aspect manuel, à la chorégraphie des gestes au quotidien. Dans mon travail, je recherche une façon de représenter comment les paysans façonnent le paysage. Leurs choix, leur gestion. Comment ils font bouger les lignes". Il cite par exemple "Deman la tonda", en 2014, son œuvre audiovisuelle autour de la tonte des brebis. En 2017, il a présenté "Maquignon", au musée des Abattoirs de Toulouse. "J'ai mobilisé une équipe de tournage et j'ai recréé une fausse foire aux chevaux où j'ai invité de vrais marchands à jouer leur propre rôle. Cela a créé un moment de partage et de transmission total".
Comprendre les enjeux
En 2025, le pôle d'équilibre territorial et rural (PETR) du Pays ruffécois et le Fonds régional d'art contemporain se sont associés pour porter un regard sur l'ambroisie, plante invasive très allergène qui s'immisce dans les cultures et pose de graves problèmes sanitaires, et répondre à la question : " Que raconte cette plante sur notre rapport au vivant et sur le paysage que nous façonnons ?". L'impact de l'ambroisie doit amener à réfléchir : comment adapter nos pratiques agricoles, communales, citoyennes. Faut-il lutter, cohabiter, ou réinventer notre rapport à ce qui nous entoure ? Quel futur dessinons-nous pour nos paysages, et avec quelles plantes ?
La candidature de Nicolas Tubéry a été retenue. "L'an dernier, j'ai commencé mes repérages, en rencontrant des céréaliers, les coopératives, le Civam, la Maison de l'agriculture biologique, des élus, pour connaître les enjeux, avoir les différents points de vue". En juin dernier, il a organisé une rencontre à Ruffec, à la Canopée, pour parler de l'ambroisie. "J'ai filmé les échanges et je suis en train de monter le film". L'artiste a aussi accompagné des élèves dans des ateliers créatifs.
La réflexion de l'artiste continue. "Je n'ai pas de scénario figé. Il y a cette idée de suivre la vie quotidienne, au fil des saisons, amasser des informations pour construire le projet artistique". Il s'est installé début avril en résidence dans l'ancienne poste à Aigre, pour organiser son œuvre, assembler des structures métalliques qui accueilleront ces différents supports d'expression : vidéo, dessins, photos.