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Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture
L’agro-écologie, changement culturel

© N. C.

Quel bilan tirez-vous de votre année passée au ministère de l’agriculture ?
En un an, nous n’avons évidemment pas tout fait. Nous avons plutôt essayé de poser des jalons pour construire un projet. L’objectif est d’essayer de trouver un équilibre entre l’élevage qui aujourd’hui souffre, et le reste des productions agricoles. Sur la question du couplage des aides Pac, sur la question de la surprime des cinquante premiers hectares, la France a pesé pour influencer la réforme de la politique agricole.
Sur le plan national l’objectif est la construction d’une agriculture qui s’appuie sur sa diversité et qui fasse le choix stratégique de prendre en compte la double performance : l’enjeu économique - c’est la question de la compétitivité, la présence de l’agriculture sur le territoire, le maintien de la diversité – et le défi écologique - au travers de l’évolution des modèles de production. C’est le projet agroécologique.
Ensuite, il faut aussi gérer le « court et le moyen terme », avec des actions conduites à la fois sur le plan méthanisation, les grandes questions écophyto, la préparation du plan « ambition bio » pour l’agriculture biologique, la question des relations contractuelles. On a dû faire des choix. On y trouve une traduction aujourd’hui avec, je l’espère, la revalorisation du prix du lait après le travail du médiateur.

Est-ce à dire que les négociations dans le lait ont abouti ?
C’est en train de se faire, mais il faut rester vigilant. Ensuite, ce seront les autres filières : la production porcine, les volailles… Toutes ces filières qui ont connu ou connaissent encore des difficultés et pour lesquelles on a travaillé pour dégager des perspectives.

Quelle va être cette deuxième phase ?
C’est la loi d’avenir qui va porter sur la question de la double performance économique et écologique au travers des groupements d’intérêts économiques et environnementaux et du renforcement de l’organisation des filières. Elle va porter aussi sur la grande question de l’enseignement agricole, sur la protection des terres agricoles et le renouvellement des générations. En juin, les modifications de la LME seront incluses dans la loi de consommation qui intégrera l’obligation de renégocier les conditions commerciales lorsque les coûts des matières premières agricoles augmentent fortement.

En matière d’agro-écologie, le message peine à passer, non ?
Nous organisons à l’automne un grand colloque avec l’Inra, pour définir les critères de ce que va être l’agro-écologie. Ce n’est pas si simple que cela. Mais, contrairement au Grenelle de l’environnement qui, en matière d’agriculture, a consisté à dire : « On va essayer d’atteindre 20 % d’agriculture bio », j’essaie d’avoir un projet global pour toute l’agriculture, le projet agro-écologique pour la France avec des moyens opérationnels pour atteindre les objectifs, que je présenterai le 11 juin. C’est un changement culturel qui ne peut pas se faire en quelques mois. Je mesure le chemin qu’il va falloir faire, d’autant plus qu’il se situe à un moment où les agriculteurs sont souvent énervés par les normes et les règles environnementales qui s’accumulent. C’est pourquoi je porte un projet global d’approche de l’environnement au travers d’une double performance économique et écologique, et pas simplement une logique environnementale basée sur des normes. Mais j’ai parfaitement conscience que les agriculteurs ont des réticences très fortes. Il faut effectivement continuer à être pédagogue, bien expliquer ce que l’on veut faire et surtout faire savoir à nos concitoyens que les agriculteurs ont déjà fait d’énormes progrès. C’est avec les agriculteurs que l’on réussira ce changement de cap. Pas contre eux !

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