L'abeille sauvage n'a pas dit son dernier mot
Les abeilles mellifères à l'état sauvage comptent encore un certain nombre de colonies dans la campagne charentaise et de la région. Leur recensement fait l'objet d'une attention particulière.
Depuis 2017, Jean-Claude Poupart, président de l'association des Veilleurs d'abeilles, réalise un travail de fourmi pour inventorier les colonies d'abeilles mellifères à l'état sauvage dans notre région. "À l'origine, j'ai souhaité répondre à un article de presse qui indiquait que les abeilles sauvages disparaissaient. Or, cette affirmation ne se fonde sur aucune étude. En 2018, j'ai rencontré Vincent Albouy, entomologiste, qui m'a aidé à donner un cadre scientifique à notre étude qui consiste à recenser les essaims sauvages".
Chaque année, les essaims repérés sont donc comptabilisés en sortie d'hiver, en août et en début d'hiver. Dans le secteur Sud Vienne/Nord Charente limousine/Est Haute-Vienne, l'association recense entre 310 et 320 colonies trouvées. "Elles se situent au niveau des arbres, des fissures dans les murs, des cheminées, de certains poteaux EDF carrés... et même d'un réservoir d'un vieil utilitaire HY ! À partir du moment où il y a une cavité, quelles que soient les expositions, on peut trouver des essaims".
Des abeilles à l'Abbaye
Des abeilles sauvages ont aussi pris leurs quartiers à l'Abbaye de la Réau, à Saint-Martin-l'Ars dans la Vienne. "En juin 2020, on a observé 16 colonies, dont 15 vivantes, installées dans les murs de l'abbaye. Mais des travaux réalisés sur le bâtiment ont réduit leur nombre. On est passé de 19 endroits possibles à 7 colonies à vivantes". L'étude suivie des colonies montre que la population des essaims d'abeilles sauvages reste relativement stable. "Elles peuvent perdre 50 à 60 % l'hiver, mais leur nombre explose au printemps et à l'été".
Présence dans la Braconne
Vincent Albouy réalise depuis 2023 une étude similaire dans la forêt de la Braconne en Charente. "L'objectif est d'identifier leur présence dans le milieu de la forêt. On utilise un appât pour les attirer et les marquer. La triangulation permet de les localiser. On a trouvé 23 à 25 colonies dans la forêt domaniale. On réalise aussi des prélèvements pour des analyses génétiques : 25 abeilles par colonies sur 9 colonies. Il apparaît que le taux de métissage est de moins de 20 % en moyenne. Les colonies sont majoritairement noires". "On n'explique pas ce phénomène de maintien de la souche noire, malgré le métissage", ajoute Jean-Claude Poupart.
Il constate que, malgré sa présence depuis 2008 sur le territoire français, le frelon asiatique n'a pas décimé les abeilles. "Bien sûr, son impact n'est pas négligeable. Mais on s'aperçoit que les abeilles sauvages résistent à cet envahisseur. Il en va de même pour le varroa (acarien parasite). On cohabite".
Il est nécessaire de continuer à protéger l'abeille. "Pour sa survie, on doit garantir l'enrichissement des milieux, lutter contre la monoculture, privilégier la fauche tardive, favoriser les fleurs. Pour maintenir son habitat, on ne doit pas enlever un arbre mort qui favoriserait une niche écologique".