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La surface n’est pas un obstacle

Si la conversion bio est sans doute plus simple à mettre en place pour les petites structures, les exploitations plus vastes peuvent elles aussi se lancer dans cette aventure. C’est ce qu’a fait le Gaec Paulownia, 350 ha, à Saint-Félix.

Face aux agriculteurs intéressés, Alain Rossard (accompagné par Marc Pottier, à gauche) a présenté la conversion bio des 350 ha du Gaec Paulownia.
Face aux agriculteurs intéressés, Alain Rossard (accompagné par Marc Pottier, à gauche) a présenté la conversion bio des 350 ha du Gaec Paulownia.
© AC

Le passage au bio, ils y pensaient depuis un certain temps. « À la fin des années 1990, nous avons eu un stagiaire qui a fait un rapport sur le passage en bio du Gaec », explique Alain Rossard aux agriculteurs venus l’écouter, à l’occasion du Mois de la bio, dans le hangar de Saint-Félix qui sert de siège à l’exploitation. Mais le bio n’était encore qu’émergent, et les trois associés - Christian Forget, Fabrice Terrien et lui - venaient à peine de créer le Gaec Paulownia. Le projet est donc resté lettre morte, ou presque. « Ça nous trottait dans la tête depuis... »
D’autres alternatives ont été envisagées par les trois exploitants, notamment l’introduction du semis direct, décidée en 2010. Mais le bio s’est finalement imposé lors du départ en retraite de Christian Forget. « C’est l’arrivée de son fils Patrick qui a déclenché le passage, indique Alain Rossard. On s’est mis au bio au 1er mai 2016. » La durée de conversion étant de deux ans (alignés sur les dates de semis), le Gaec produira donc ses premières céréales bio en 2019, après deux années de récoltes en C2.

« On a dû ressortir la charrue »

Le passage au bio a induit des évolutions dans le fonctionnement du Gaec de 350 ha. « C’est un changement de périodes de travail, dans la façon de s’organiser », décrit Alain Rossard, qui se dit plus dépendant du calendrier ou de la météo. « À un moment, il faut tout remettre en cause, et c’est assez perturbateur, concède Fabrice Terrien. Il faut arrêter d’aller chercher dans ce que l’on sait pour résoudre les problèmes, et se forger une nouvelle expérience. Mais un ou deux ans plus tard, ça va mieux. » Parmi les adaptations nécessaires, la rotation. « C’est un casse-tête chinois, déclare Alain Rossard. Mais je ne veux pas décourager les futurs convertis ! » Il privilégie l’adaptation aux conditions et à la réalité du terrain plutôt que le respect à la lettre d’un assolement régulier. « Aujourd’hui, pour 2019, par rapport à ce que l’on avait prévu l’an dernier, cela n’a rien à voir ! »
Le passage au bio a aussi sonné le glas du semis direct sur le Gaec, confronté aux problèmes des adventices, et notamment des chardons. Le semoir direct a été vendu en même temps que l’automoteur de pulvérisation. « On a dû ressortir la charrue, indique Fabrice Terrien. On voudrait passer à du labour plus superficiel, peut-être avec une déchaumeuse... » Le labourage n’est effectué que pour les cultures de printemps. Marc Pottier, de la Corab - la coopérative 100 % bio avec laquelle travaille le Gaec Paulownia - Alain Rossard insiste sur l’importance de la couverture de semences : « Faut semer épais. La plante va s’autoréguler, et ça fera moins de place pour les mauvaises herbes. » Avantage pour le Gaec : 80 % des besoins en semences sont autoproduits sur l’exploitation.
La fertilisation des sols a également été revue. Le Gaec a mis en place un échange avec des éleveurs du secteur, avec un ratio de 6,5 tonnes de fumier pour 1 tonne de luzerne. De l’engrais naturel qui a quelques avantages dans la lutte contre les adventices, comme l’explique Olivier Guérin, conseiller à la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime : « L’azote qu’on applique en conventionnel est absorbée par les graminés et les aide à pousser. On n’a pas ce problème en bio. » Pour autant, il ne faut pas négliger les apports d’engrais, comme le souligne Marc Pottier.
« Les bios de plus de dix ans ont des sols plus pauvres en phosphore que les autres, selon une étude d’Arvalis ».

« On n’envisage même pas un retour en arrière »

Au final, les trois associés ne regrettent pas leur choix, résultat de convictions profondément ancrées sur le métier et ses transformations. « Le côté économique n’était pas un élément fondamental du projet », selon Alain Rossard, qui admet tout de même qu’il « faut se donner les moyens de faire vivre du monde à la ferme ». De ce côté-là, le pari est clairement réussi, avec un bilan économique plutôt bon. « Il est même meilleur que ce qu’on pensait », avoue Fabrice Terrien. Depuis peu, le Gaec emploie même un salarié. L’époque du conventionnel semble bien lointaine. « On n’envisage même pas un retour en arrière », déclare Alain Rossard. 
Quant à l’avenir, les associés commencent à y penser. « Moi, mon principal projet, c’est de m’en aller ! », s’amuse Alain Rossard. Fabrice Terrien et lui ont prévu de prendre leur retraite en 2023. Ils vont donc commencer à préparer la transmission... toujours en bio, bien sûr.

 

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