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La culture du sarrasin engage moins de charges dans la rotation

Avec le sarrasin, Bruno Dupas allonge ses rotations. Il acquiert de l’expérience dans la conduite de cette culture qui lui apporte des solutions techniques intéressantes pour réduire les intrants.

Bruno Dupas cultive du sarrasin depuis quatre ans. C’est tout son système qui profite de ses bienfaits.
Bruno Dupas cultive du sarrasin depuis quatre ans. C’est tout son système qui profite de ses bienfaits.
© N.C.

«C’était pour introduire une nouvelle culture », commente Bruno Dupas qui, il y a quatre ans, implantait sa première culture de sarrasin. Le 3 septembre dernier, il accueillait, à Oiron, une animation du syndicat d’eau du Val du Thouet dans le cadre du programme Re-Source pour la reconquête de la qualité de l’eau. Si la culture de cette polygonacée intéresse les acteurs de l’eau, c’est bien pour répondre à des problématiques techniques que l’agriculteur l’a introduite dans sa rotation, notamment par rapport à l’enherbement dans les céréales ou au parasitisme du colza. En effet, elle est « une culture alternative au tournesol » d’où son intérêt. Avec une date de semis idéale vers la deuxième décade de mai, le sarrasin permet « d’étaler le travail des chantiers de semis » et de gérer la pression des adventices, grâce aux interventions préalables au semis et à sa bonne capacité à couvrir le sol. « Dans cette parcelle, il y a un précédent orge où il y a eu beaucoup d’herbe. » Le sarrasin a été semé après un couvert et deux passages de glyphosate pour entre autres maîtriser une population de géranium. « Après, je vais mettre un blé. Ça marche bien », explique Bruno Dupas, fort de son expérience. Il constate aussi que sa culture exotique laisse une terre souple, idéale pour démarrer la culture suivante.
Ainsi, l’intérêt économique du sarrasin « ne se raisonne pas sur l’année N, mais à l’échelle de la rotation ». Pour autant, le métier d’agriculteur consiste à tirer un revenu de sa culture. Dans le cas du sarrasin, cela se joue presque uniquement à l’implantation : « Il faut réussir le semis », alerte le producteur qui s’autorise à détruire une parcelle mal levée pour ressemer. « La levée doit se faire vite », pour que la culture prenne le dessus. Bruno Dupas sème à faible profondeur, en terre sèche et chaude.

Semer, récolter
Ensuite, il n’intervient plus jusqu’à la récolte. De toute façon, aucun traitement n’est homologué. La mise engagée dans l’itinéraire est donc relativement faible, d’autant que les besoins de fertilisation sont limités. Pour toutes ces raisons, le sarrasin valorise bien « les petites terres ». À l’inverse, il n’apprécie pas les sols hydromorphes.
À nouvelle culture, nouvelle problématique, et savoir quand récolter est délicat à cause de la floraison continue de la plante. Il n’y a pas un stade de récolte précis à observer comme pour un blé ou un maïs. De plus, une pré-fauche est préférable pour le séchage, dans l’idéal, une dizaine de jours avant la récolte. Les prévisions météorologiques sur une telle période sont un paramètre supplémentaire à intégrer dans la réflexion. C’est notamment pour se familiariser avec ce type de problèmes que l’agriculteur conseille de « se faire la main avec de petites surfaces » et de ne pas céder aux sirènes de la culture dérobée afin de se prémunir au maximum des déceptions.

Un marché de niches
«Ce n’est pas simple pour nous, mais ces cultures nous intéressent. » Olivier Retailleau (Bellanné) intervenait lors de l’animation pour apporter des précisions quant à l’aval. Les contrats que le producteur a passés sécurisent un prix minimum de 400 €/t. « Nous espérons que le prix sera bien supérieur », précise le représentant de l’organisme de collecte qui revendique environ 130 ha semés pour sa première campagne contractualisée. « Nous estimons qu’il y a eu 20 à 25 ha qui n’ont pas levé à cause d’un semis tardif ou d’une culture dérobée », alerte-t-il. « Pour gérer la propreté et donc la qualité des livraisons, il faut que le sarrasin soit une culture principale. » Les exigences du collecteur sont en effet hautes : moins d’1 % d’impuretés. Cette année, Bellannée travaille pour des clients meuniers (farine de blé noir) mais le sarrasin est aussi utilisé en oisellerie ou peut être un ingrédient de la bière. Aujourd’hui, une bonne partie du sarrasin utilisé en France est importée de Chine.

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