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Gâtine
La clochard de nouveau dans son berceau

Mardi 5 février, une nouvelle association devrait voir le jour en Gâtine. À 17h, à la maison familiale de Frécul, toute personne intéressée par la réhabilitation de la pomme clochard est invitée à prendre part aux travaux de cette assemblée constitutive

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© DR
«A l’époque, les planchers étaient recouverts de placo. On ne tolérait plus la poussière qui s’en échappait». À l’instar de ces poutres un temps jugées démodées, la pomme clochard a succombé aux années de développement agricole. « Elle était l’image du passé », se souvient Yves Gazeau président du Syndicat des arboriculteurs des Deux-Sèvres. L’arrivée des réfrigérateurs dans les exploitations allait permettre au pouvoir de séduction de la belle golden et autres pommes, au rouge appétissant, d’opérer. Lentement la clochard s’est épuisée. Ses qualités de conservation qui longtemps on fait son intérêt, n’y pouvant rien. Dans les années 50, on produisait en Deux-Sèvres 15 000 tonnes de cette variété donnant à la Gâtine une identité arboricole. Aujourd’hui, la production, 500 à 600 tonnes, est marginale. La région aux 1000 ha de vergers, toutes espèces confondues, s’est perdue dans l’océan national et mondial de la production de  pommes.
Mais les modes changent. « Ces dernières années, tous les plafonds sont défaits de leur accoutrement de plâtre aujourd’hui jugé de mauvais goût », constate Yves Gazeau. L’authentique, la tradition séduisent de nouveau. Pragmatiques, les producteurs de pommes de Gâtine explorent cette opportunité au bon goût de terroir et d’identité locale. Le 5 février prochain, à 17h, à la maison familiale de Frécul, une nouvelle association verra le jour. Son nom, son équipe administrative, ses moyens, seront ce jour débattus. Son objectif est lui déjà très précis. « Redonner à la pomme clochard une vie économique », cadre Yves Gazeau, l’un des futurs adhérents.

50 ha d’ici cinq ans
Depuis une bonne dizaine d’années, la segmentation est une réalité sur le marché de la pomme. Contraints par la concurrence mondiale à se démarquer, les producteurs français jouent la carte des variétés clubs : Pink Lady, Ariane, Jazz. Le principe repose sur la gestion de la mise en culture et de la mise en marché. « Un cadre qui permet une certaine maîtrise des prix », explique le président du Syndicat départemental des arboriculteurs. Une nécessité pour vivre de « l’industrie lourde qu’est l’arboriculture ». Entre le moment où les exploitants plantent et celui où ils vendent, quatre ans s’écoulent. « La spirale à la baisse des prix dans laquelle nous entraîne le marché mondial n’est pas tenable pour nos structures ». En Gâtine, ce combat est, et sera aussi, celui de la réhabilitation de la pomme clochard. Non pas par nostalgie, « parce qu’on n’en vit pas », assène Yves Gazeau. Ce travail, les producteurs le conduisent parce qu’il y a probablement un marché à prendre. Les caractéristiques qui ont valu, il y a quarante ans, l’abandon de cette variété pourraient être les raisons de sa nouvelle vie. La consommation traditionnelle est aux pommes lisses et brillantes. « Rugueuse, terne, originale », la clochard a de quoi séduire les consommateurs du XXIe siècle. Yves Gazeau qui a connu dans son enfance les pommiers de plein-vent, ces arbres auxquels on devait ce paysage morcelé si caractéristique de la Gâtine, s’en réjouit. Les 15 ha de plantations réalisés cet hiver devraient n’être qu’un début. Si cette orientation, qui au-delà des arboriculteurs séduit les collectivités locales - pays, département et région s’inscrivent comme partenaire - porte ses fruits, d’ici cinq ans, 50 ha pourraient être reconquis par la pomme clochard. Le cahier des charges, dont l’élaboration sera l’un des premiers chantiers conduits par l’attendue association, donnera le cadre dans lequel production et mise en marché seront orchestrés. Des règles nécessaires pour que le territoire et ses acteurs économiques profitent durablement du charme de cette belle fleur de Gâtine.
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