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JA 17 : La communication, clé de la compréhension

À l’occasion de leur assemblée générale le 15 mars à Saintes, les Jeunes Agriculteurs de Charente-Maritime proposaient un débat sur la communication agricole. Un sujet porteur pour un monde sujet à de nombreuses attaques.

© Lamisseb/JA17

L’agribashing ? Ça commence souvent par des mots, des accusations lancées à tort ou à raison. Ça se transforme en polémiques et ça finit parfois par des actes de violence. Agriculteurs agressés, abattoirs incendiés, boucheries vandalisées... Ces derniers mois, les débordements se sont multipliés. La cible du moment ? Le glyphosate, qui après la vache folle, les nitrates et les néonicotinoïdes est devenu le nouvel épouvantail à abattre.
Aux grands principes des activistes de tous bords s’oppose bien souvent la réalité d’un métier difficile mais passionnant, que les citadins d’aujourd’hui ne connaissent plus. Un vide s’est creusé entre un monde agricole toujours plus technique, plus professionnel, n’ayant plus grand-chose à voir avec le « paysan » d’autrefois, et le monde urbain coupé des réalités de la terre. C’est pour trouver des méthodes destinées à le combler que les Jeunes Agriculteurs de Charente-Maritime ont réuni à l’occasion de leur assemblée générale à la cité entrepreneuriale de Saintes une table ronde autour du thème de la communication.
Parmi les participants, Étienne Fourmont, alias « agrikol », qui se définit comme « agriyoutubeurre ». « Je sors une vidéo tous les dimanches matin », explique cet éleveur de vaches laitières dans la Sarthe. « J’explique ce que signifie être agriculteur, éleveur. » Sa chaîne compte plus de 8600 abonnés, mais ses vidéos dépassent bien souvent ce nombre de vues. Ses contributions, sur YouTube, attirent plutôt des ruraux, déjà proches du monde agricole, mais aussi quelques urbains curieux qui vont au-delà des clichés. Car, comme le rappelle l’animateur de la table ronde Georges Riga, directeur de la FDCuma des Charentes, « l’image que les citadins ont de l’agriculture, c’est ‘‘L’Amour est dans le pré’’ et L214 ». Présent dans la salle, le proviseur du lycée Le Renaudin, Jean-Michel Vailhen, a une explication pour cette distance qui s’est créée : « Je pense que les agriculteurs n’ont pas cherché à communiquer parce qu’ils n’en avaient pas besoin. Jusque dans les années 1960, 1970, la majorité des Français avaient des parents dans l’agriculture. Ce n’est plus le cas. »

«Les réseaux sociaux, on doit faire avec»
Mais comment pallier à ce manque de connaissances ? Pour Raphaël Brisson du BNIC, il faut d’abord montrer des preuves : quelles sont les pratiques agricoles, quitte à les faire évoluer. Mais, selon lui, «il faut aussi qu’il y ait une rémunération de ces personnes qui s’engagent», car «l’économie entre quand même dans l’équation». La solution n’est pas infaillible : «il suffit d’avoir un vilain petit canard pour que ce qu’on construit s’effondre», déplore-t-il. «Tous les messages anti-élevage qu’on reçoit viennent de là», confirme Étienne Fourmont.
Les images qui se partagent le plus sont en effet celles de ces mauvais élèves ne respectant pas les législations. «Les réseaux sociaux, on doit faire avec», explique l’agriyoutubeur. «Quand L214 montre le pire, le message est : ‘‘tout ce qu’on ne voit pas n’existe pas’’. Il faut montrer le contraire. » Une idée partagée par le secrétaire général de la FNB Cédric Mandin, autre invité de la table ronde. « Vis-à-vis d’attaques comme ça, on a compris qu’il fallait être présent, en prenant des photos, des vidéos pour montrer ce qu’on fait. » Les initiatives en la matière se multiplient aujourd’hui. Étienne Fourmont a notamment lancé un site, www.bienetre-elevage.fr,
« où tous les agriculteurs, éleveurs, peuvent s’inscrire pour montrer tout ce qu’ils font pour le bien-être animal dans leur ferme ». « Aujourd’hui, les gens veulent savoir d’où vient leur nourriture », explique-t-il. « Si nous ne le disons pas, d’autres le feront à leur place... »

«Le contact direct avec le consommateur, c’est primordial»
Autre vecteur de contact : la vente en direct, avec des producteurs du secteur. Toutefois, «tout le monde ne peut pas acheter local dans les boutiques», tempère Aurélie Babin, vice-présidente de la Chambre d’agriculture 17. À destination du plus grand nombre, d’autres initiatives existent, comme Éleveur & Engagé. Cédric Mandin, autre invité de la table ronde, salue d’ailleurs la dynamique départementale sur le sujet. « La Charente-Maritime, c’est un bel exemple que je cite souvent. » Les démonstrations effectuées par les éleveurs dans les supermarchés attirent l’attention des clients. « Le contact direct avec le consommateur, c’est primordial », rappelle Étienne Fourmont. À travers son site, il espère aussi organiser des visites de fermes, voire des journées portes ouvertes.
Les réponses peuvent donc être diverses, mais une condition essentielle s’impose : « il ne faut pas opposer les agricultures », selon les mots d’Aurélie Babin. Conjuguer les pratiques et donc riposter ensemble face aux attaques. « Il y a cinquante ans, les filières étaient solidaires », rappelle Bernard Breuil, apiculteur venu de Cognac. « Ce n’est plus ça aujourd’hui. » À charge pour elles de le redevenir.
Kévin Brancaleoni

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