Aller au contenu principal

Irrigation : tout est à refaire !

La mécanique qui conduisait à la répartition des volumes pour l’irrigation est à revoir. Le tribunal administratif de Poitiers l’a décidé.

Les prélèvements demeureront autorisés jusqu’au 31 mars 2021.
Les prélèvements demeureront autorisés jusqu’au 31 mars 2021.
© AC

La décision était attendue après le rapport public et les audiences de fin mars et mi-avril : le tribunal administratif de Poitiers annule deux autorisations pluriannuelles de prélèvement d’eau mais reporte l’effet de ces annulations, afin de permettre la poursuite de l’irrigation jusqu’à la délivrance de nouvelles autorisations. Les recours engagés par des associations environnementalistes sur les autorisations uniques pluriannuelles (AUPI) que l’Etat avait signé en 2016 et 2017, qui donnaient aux organismes uniques des gestion collective (OUGC) et Cogest’Eau, ainsi qu’à l’établissement public du marais poitevin la gestion de l’irrigation sur la base de volumes prélevables, ont abouti. Le château de cartes patiemment érigé depuis la loi sur l’eau s’écroule. Le tribunal administratif donne jusqu’en avril 2021 pour le rebâtir. Refaire ce qu’une décennie de concertations, de lois, de règlements avait élaborer. Cette décision n’a pas manqué de susciter de vives réactions d’autant que cette règle du jeu induit nombre de projets de gestion des eaux et de réserves de substitution. « Une jurisprudence qui va fragiliser toutes les AUPI de France », commentent dans un communiqué commun les Chambres d’agriculture de Charente-Maritime, Vendée et Deux Sèvres, aux côtés d’Aquanide. Si la campagne d’irrigation engagée de 2019 se poursuit dans la ligne des arrêtés-cadre, l’interrogation demeure sur les prochaines années.

Rien ne serait conforme

Dans son jugement, le tribunal estime que « les volumes de prélèvement autorisés par les préfets ne permettent pas d’assurer une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau, ainsi que l’exige pourtant l’article L. 211-1 du Code de l’environnement. » Les volumes autorisés seraient « très nettement supérieurs aux volumes effectivement prélevés par les irrigants jusqu’à présent. » En conséquence, écrit-il, trop d’eau prélevé, c’est l’environnement qui en pâti. Mais il va surtout plus loin : il estime que, « pour les mêmes raisons », « les autorisations contestées ne sont pas compatibles avec les schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) et les schémas d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE). » Ces derniers doivent « s’assurer que les prélèvements d’eau ne portent pas atteinte aux milieux naturels et, d’autre part, que la création de réserves d’eau, remplies l’hiver pour irriguer l’été, ne doit pas conduire à l’augmentation des prélèvements annuels. » Le tribunal constate une augmentation, selon lui, les prélèvements annuels.
Autre grief fait par la décision du tribunal, celui d’une insuffisance des études d’impact. « Un coup classique » assène Luc Servant, le président de la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime. Selon le tribunal, cette insuffisance n’a pas permis « une bonne information du public » et des « préfets » avant l’enquête d’utilité publique. « Mais ces études sont considérées comme les Rolls des études par les cabinets conseils » remarque Luc Servant, dépité devant la décision et l’argumentaire du tribunal. Selon Guillaume Chamouleau, président d’Aquanide, « la justice écrit sous la dictée des écologistes » Tous considèrent que les rapports avec la LPO ne sont plus possibles, pas plus que le travail en commun. Comme celui sur de nouveaux « seuils » imposés par le tribunal.
Si le tribunal comprend que la règle du jeu ne peut pas s’élaborer d’un coup de baguette magique, il dicte quand même des principes de gouvernance et ne s’en tient pas seulement à la conformité à la loi… « Pour la période transitoire, le tribunal a décidé que les irrigants ne pourront pas prélever plus que la moyenne des prélèvements réalisés au cours des dix dernières années. »
Il est certain que ce jugement ira en appel à Bordeaux. Reste à connaître des services de l’Etat qui fera appel. Fabienne Buccio, la préfète de Région, annonçait que le ministère de la Transition écologique avait 2 mois pour se faire.

10 ans en arrière

« Cela anéantit 10 ans de travail », résume le communiqué commun des Chambres et d’Aquanide. Et autant d’efforts réalisés par la profession agricole sur la gestion de l’eau : sensibilisation des irrigants à une gestion raisonnée, gestion collective, intérêt de créer des retenues d’eau. Les dix-huit mois pour « trouver un cadre juridique en adéquation avec la réalité » semblent une gageure aux signataires du communiqué. Délai dont les associations engagées contre les autorisations veulent aussi mettre à profit pour redéfinir les cadres dans « une réelle concertation. »
Ce ne sont pas seulement les « autorisations » que le tribunal juge inappropriées ou non conformes à la loi, c’est l’ensemble du processus qu’il appelle à revoir. Or, ces autorisations, les organismes uniques, les volumes prélevables, les retenues de substitution, les projets de territoires découlent de la loi sur l’eau de 2006. S’il faut la remettre à l’ouvrage, ce sera sur décision gouvernementale.

 

Sous-titre
Vous êtes abonné(e)
Titre
IDENTIFIEZ-VOUS
Body
Connectez-vous à votre compte pour profiter de votre abonnement
Sous-titre
Vous n'êtes pas abonné(e)
Titre
Créez un compte
Body
Choisissez votre formule et créez votre compte pour accéder à tout Caracterres.

Les plus lus

Julien Garault remettait en route ses équipements cette semaine, avant le début de la récolte, jeudi.
Début de récolte des asperges

En début de semaine, l'heure était au nettoyage des machines et la remise en eau. Les premières asperges de la Belle de…

Pascal Luttiau était l'une des chevilles ouvrières du salon Capr'Inov.
Pascal Luttiau s'en est allé

L'éleveur caprin, investi dans la filière et dans le salon international Capr'Inov, est décédé pendant le weekend de Pâques à…

Le festival Agrifest, projet porté par JA 79, devrait se dérouler en septembre sur la commune de Gascougnolles, où exerce le coprésident Romain Auzanneau.
Malgré les difficultés, JA 79 promeut et défend l'agriculture

Vendredi 20 mars, à François, JA 79 a tenu son AG devant un public davantage composé de partenaires que d'adhérents. L'…

Sur le bâtiment, la production des 2 400 m2 de panneaux solaires sera équivalente à la consommation d'environ 133 foyers.
Un projet de 15 ans
Chez Olivier Poirier, en Gaec à Surin avec son neveu et un associé hors cadre familial, le bâtiment qui est en train d'être…
Olivier Leclerc et son apprenti, Sabbir Khalashi, finissent 4e et 3e dans leur catégorie.
4e et 3e Meilleur burger de France pour le chef et son apprenti de Poitiers

La finale nationale de la Coupe de France de burger by Socopa s'est déroulée mercredi, Porte de Versailles, à Paris. Olivier…

Le GNR a pris plus de 50 cts d'euros en un mois.
Crise de l'énergie : des mesures pour l'agriculture
Après l'Espagne, et la Grèce quelques heures plus tôt, c'est au tour de la France d'annoncer des mesures de soutien au secteur…
Publicité