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Elagage
Guillaume Caro flirte avec la cime des arbres

Virtuose de la tronçonneuse, Guillaume Caro sautille de branche en branche pour élaguer.

« Souvent, les gens me regardent travailler et me prennent parfois en photo », souligne le jeune élagueur.
« Souvent, les gens me regardent travailler et me prennent parfois en photo », souligne le jeune élagueur.
© DR

«Là haut, c’est le vide complet. Je ne pense qu’à la tronçonneuse, qu’à la coupe… » Guillaume Caro est élagueur. Et s’il reconnaît une certaine liberté quant à tutoyer les cimes des arbres, il préfère s’en tenir au vouvoiement avec le danger inhérent à sa profession. « Nous ne sommes retenus que par un fil, il ne faut surtout pas que la tronçonneuse dérape sur la corde. C’est un métier dangereux mais ça ne me dérange pas. Ce qu’il faut, c’est être conscient du danger. »
Guillaume se destinait à être paysagiste et sur le chemin des études, il change de branche et suit une année en contrat de qualification pour devenir élagueur, dans une école spécialisée à Nérac (Lot-et-Garonne). Avec en poche un certificat de professionnalisation d’arboriste grimpeur, il créé sa propre société Althéa, basée à secondigny, en 2005.
L’indépendance sied bien à ce jeune homme de 26 ans même s’il faut, faute de collègue, « redescendre toutes les 2h voire 2h30 pour refaire le plein de la tronçonneuse ». Et quand le platane ou le pin affiche quarante mètres de hauteur, la descente n’en est que plus vertigineuse.
« C’est un métier qui me plaît car il n’y a pas un arbre qui se ressemble. A chaque fois l’approche est différente, ce n’est pas la routine. » Les clients font appel à Guillaume pour diverses raisons : un arbre dangereux ou trop près des habitations, les agriculteurs s’adressent à lui pour la production de bois… Mais aussi pour dégager la voie publique après les intempéries, comme ce fut les cas ces derniers temps. « Je suis parti en tant que pompier volontaire dans le Sud-Ouest fin janvier pour donner un coup de main après la tempête. Quand je suis arrivé là-bas, j’avais l’impression que c’était la fin du monde. »
Les arbres à terre désolent le jeune homme qui pratique son métier avec un certain sens de l’éthique. En embrassant cette profession, Guillaume s’est « juré de ne pas faire n’importe quoi. J’ai toujours refusé les contrats avec EDF qui exigent de couper les arbres pour dégager les fils électriques ». L’élagueur ne souhaite pas « dessiner l’alphabet » dans les arbres et pour que sa profession préserve toutes ses lettres de noblesse, il refuse parfois des demandes de certains clients.
« Chaque fois qu’on taille un arbre, c’est comme si on lui coupait un membre. Pour qu’il ne le ressente pas, il faudrait juste lui ôter son bois mort. Bien sûr, je coupe du bois vivant mais il faut trouver le juste équilibre entre l’esthétisme et la physiologie de l’arbre .»

Tributaire de la météo
Les températures très basses, la pluie, le vent… sont autant d’éléments climatiques qui perturbent voire empêchent le travail de l’élagueur. « L’idéal, c’est un petit froid sec, ajoute Guillaume. Je suis rarement gêné par les fortes chaleurs car ma période d’activité s’étend de septembre à juin. » De même qu’une fois la nuit tombée, l’élagage n’est pas évident. « J’ai déjà démonté un peuplier au phare télescopique, grimper la nuit c’est faisable mais on n’a plus une vision globale de l’arbre. » Laquelle est essentielle pour préserver l’harmonie de l’arbre. La lumière du jour mais également le travail avec la corde permettent un résultat harmonieux. « Les machines ne nous remplaceront pas. Une fois, j’ai taillé un arbre en montant à la nacelle, le résultat n’était pas satisfaisant. On ne peut pas aller partout. » Guillaume sait donc que son métier a de l’avenir même si’il songe déjà à se reconvertir. « C’est un métier qui use, qu’on ne fait pas jusqu’à 60 ans », dans lequel on ne peut s’enraciner.

Contact : Guillaume Caro au 05 49 94 66 89 ou 06 73 34 42 31.

Sensations fortes et maturité

« EN France, une quarantaine d’écoles délivrent un certificat de spécialisation taille et soins des arbres», souligne Alain Gournaud, coordinateur de la formation taille et soins des arbres au CFFPA de Tours-Fondettes (Indre-et-Loire). Un minimum de 560 heures réparties entre pratique (les deux-tiers) et théorie, ainsi qu’une période de travail en alternance en entreprise permet de devenir élagueur. «Je pense que c’est une profession qui s’est développée », reprend le formateur qui estime à environ 7000 le nombre d’élagueurs en France. Le droit encadrant la profession a également évolué, les bases réglementaires qui dataient de 1965 et étaient adaptées aux travaux du bâtiment ont été revues et corrigées. En 2004, le droit général du travail en hauteur est fixé. En 2007, le ministère de l’Agriculture définit les différents modes opératoires de ce métier...
« Il y a également des femmes dans ce métier. Elles sont à l’aise et le poids du matériel n’est pas un handicap, la tronçonneuse pèse quatre kilos et il faut compter un kilo pour le harnais et la corde ». Homme ou femme, l’élagueur a des qualités communes : goût de l’effort, indépendance, intérêt pour la nature, goût pour les sensations fortes...
« Ce n’est pas un métier dangereux si on respecte les consignes de sécurité. Il faut aimer les sensations fortes mais être mature. Quant à la durée d’exercice, elle varie. Un salarié à qui l’on demande beaucoup se fatigue plus vite et se reconvertit à 40-45 ans, en général dans des fonctions commerciales ou d’encadrement de son entreprise. Il peut aussi créer sa propre entreprise », conclut Alain Gournaud.

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