GNR : l'incertitude au plus haut au moment des travaux printaniers
Engagés dans une valse d'incertitudes, les marchés des énergies restent tendus et les prix des carburants et GNR sont au plus haut. Après le lancement par Bercy d'un " prêt flash carburant ", la ministre de l'agriculture a annoncé une aide supplémentaire de 20 M€.
Engagés dans une valse d'incertitudes, les marchés des énergies restent tendus et les prix des carburants et GNR sont au plus haut. Après le lancement par Bercy d'un " prêt flash carburant ", la ministre de l'agriculture a annoncé une aide supplémentaire de 20 M€.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février, le prix du gazole non routier a augmenté de plus de 60 centimes par litre en moyenne en France, dépassant son niveau du 11 mars 2022, après l'invasion de l'Ukraine.
L'imprévisibilité de la politique américaine stresse les marchés, et la décrue du prix du baril de pétrole, entamée après l'annonce d'un cessez-le-feu le 7 avril, a été de courte durée. Le marché s'est retendu suite à l'annonce de Donald Trump, le 12 avril, d'un blocus du détroit d'Ormuz par sa marine.
Des achats " spot "
Conséquence, les cours des carburants se maintiennent à leur plus haut niveau historique, alors que les travaux agricoles démarrent. Lors des questions au gouvernement, le 9 avril, la sénatrice vendéenne Annick Billon (UC) avançait "qu'une journée de récolte de fourrage sur 30 hectares nécessite environ 1 819 litres de GNR, entraînant un surcoût immédiat de plus de 1 000 €".
Les marges de manœuvre des différents opérateurs sur le sol français paraissent limitées. Invité à une réunion initiée par la Fnsea et les JA de Charente-Maritime, mardi 7 avril, Victor Mage, dirigeant du distributeur Picoty Atlantique, a détaillé le mécanisme d'approvisionnement de sa société : très peu de capacités de stockage sur le port de la Pallice, et des achats dits " spot ", réalisés en fonction des opportunités du marché. Résultat : des prix soumis aux fluctuations des cours, avec des variations parfois quotidiennes.
Pas de pénurie, mais des prix instables
Le responsable ne craint pas le risque de rupture d'approvisionnement à court terme, mais le manque de visibilité.
Le flou est le même chez les revendeurs locaux, qui naviguent à vue pour leurs achats. La société Brossard Enerdem, basée à Bressuire et Niort, avoue "ne pouvoir tenir aucune stratégie" pour son ravitaillement. "Nous avons des capacités de stockage très limitées, et quand bien même : quand acheter ? On ne sait pas comment va évoluer le prix d'un jour à l'autre, déplore Nathalie Gautier, en charge de l'approvisionnement. Aujourd'hui [mardi 14 avril], nous avons eu beaucoup de commandes de GNR de la part des agriculteurs. Ils se fournissent au fur et à mesure de leurs besoins, et ils semblent résignés. Nous devrons nous réapprovisionner au cours de la semaine, et on achètera au prix qu'on trouvera. Ensuite, on réajuste nos tarifs en calculant une pondération entre les prix de la nouvelle livraison et ceux du stock, pour essayer de lisser l'augmentation".
Un " prêt flash "...
Face à l'inquiétude des professionnels, Bercy a annoncé, le 3 avril, le lancement d'un " prêt flash carburant ", avec BPI France (banque publique d'investissement), pour soutenir la trésorerie des petites entreprises les plus exposées à la flambée des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient.
Des sommes de 5 000 à 50 000 € pourront être prêtées au taux de 3,80 %, sans garanties, aux TPE (très petites entreprises) et PME (petites et moyennes entreprises) des secteurs éligibles : transports, agriculture, pêche, dont les dépenses de carburant représentent " au minimum 5 % du chiffre d'affaires ", a précisé Bercy.
Au lendemain de l'ouverture du dispositif, lundi 13 avril, le directeur général de BPI France annonçait sur TF1 avoir déjà reçu "plusieurs centaines de demandes, pour à peu près 10 millions d'euros, à 60 % des transporteurs routiers", ajoutant qu'une "enveloppe globale de l'ordre d'une centaine de millions d'euros" sera allouée à ces prêts.
... et 20 M€ de plus
Le 9 avril, la ministre de l'agriculture a annoncé 20 M€ d'aide supplémentaire pour "les exploitations fragiles dont les difficultés ont été aggravées par la crise énergétique", sous forme d'une prise en charge des cotisations MSA. "La MSA communiquera prochainement sur les modalités du dispositif, indique un communiqué du ministère. L'identification des exploitations agricoles concernées se fera par les caisses locales, après un dialogue avec les services [de préfecture]".
Une mesure qualifiée de "saupoudrage" par la Fnsea, qui demande une aide de 30 centimes par litre de gazole.