Facture électronique : l'anticipation est de mise
Le 1er septembre, toutes les entreprises devront disposer d'une plateforme agréée pour recevoir leurs factures. Un an plus tard, c'est l'émission électronique qui deviendra obligatoire, imposant aux exploitations de nouveaux outils et un changement de pratiques.
Le 1er septembre, toutes les entreprises devront disposer d'une plateforme agréée pour recevoir leurs factures. Un an plus tard, c'est l'émission électronique qui deviendra obligatoire, imposant aux exploitations de nouveaux outils et un changement de pratiques.
La réforme de la facturation électronique entre progressivement en vigueur.
Pour les exploitations agricoles, comme les autres entreprises françaises, la première étape interviendra le 1er septembre 2026, avec l'obligation de choisir une plateforme agréée.
" Cette plateforme, c'est simplement la nouvelle boîte aux lettres des factures. Demain, elles n'arriveront plus par mail ou par courrier, mais uniquement via ce canal ", résume Laura Oswald, responsable de la transformation numérique chez Accompagnement Stratégie Deux-Sèvres - Expertise comptable.
Uniquement des plateformes privées
Contrairement à ce qui avait été envisagé, aucune plateforme publique ne sera disponible. " Il n'existera donc que des plateformes privées ", précise-t-elle. Pour les agriculteurs, le choix le plus simple reste de prendre la plateforme liée à leur outil comptable, afin d'assurer une circulation fluide des factures vers le centre de gestion.
Le second volet de la réforme interviendra le 1er septembre 2027, avec l'obligation d'émettre des factures électroniques. Un changement majeur pour les agriculteurs qui produisent généralement peu de factures et utilisent encore largement Word, Excel ou le papier. " Une facture électronique, ce n'est pas juste un PDF. C'est un fichier codé, lisible par les machines, annexé au PDF. Les logiciels doivent être certifiés pour produire ce format ", rappelle Laura Oswald.
Outils à choisir et e-reporting
Les plateformes agréées doivent proposer un facturier intégré, mais celui-ci reste basique. " Entre zéro et dix factures par an, ça peut suffire. Au-delà, il faudra un vrai outil de facturation, avec une base clients et articles. Sinon, ce sera trop chronophage ", estime Laura Oswald.
Dans ce centre de gestion, l'outil Isagri proposé aux adhérents est facturé 200 € par an pour un traitement illimité de factures.
Mais à partir de 2027, un autre dispositif s'ajoutera aux nouvelles obligations réglementaires : le e-reporting, obligatoire pour les ventes aux particuliers ou à l'étranger. " L'État veut suivre tous les flux pour lutter contre la fraude à la TVA. Mais un particulier n'a pas de plateforme : il faudra donc déclarer chaque mois le chiffre d'affaires réalisé, en détaillant les taux de TVA.
Pour les agriculteurs en vente directe, c'est une vraie contrainte, sans valeur ajoutée ", souligne Laura Oswald. Les exploitants habitués à une caisse annuelle devront ainsi passer à un suivi quotidien, et certainement s'équiper d'un outil numérique capable d'alimenter automatiquement le e-reporting.
De son côté, Accompagnement Stratégie Deux-Sèvres - Expertise comptable prépare un accompagnement progressif : des sessions de formation à la plateforme d'une durée de 4 h accessibles aux adhérents qui vont se multiplier en septembre, puis viendront des modules dédiés au e-reporting lorsque les outils seront stabilisés.
" On ne mettra pas un logiciel de facturation dans les mains d'un adhérent le 15 août 2027. Il faut du temps pour se former et changer ses pratiques ", insiste-t-elle.
Gestion simplifiée
Malgré les obligations, la réforme apporte des simplifications. " Demain, toutes les factures seront centralisées au même endroit, archivées dix ans, simples à retrouver par mots-clés. Et nous, centres de comptabilité, nous les recevrons automatiquement. La saisie sera plus fluide, plus régulière ", explique la responsable de la transformation numérique.
À terme, cette circulation quotidienne des données pourrait ouvrir à un meilleur conseil aux exploitations. " En 2028, on pourrait imaginer fournir des outils de pilotage à nos adhérents grâce à un suivi du chiffre d'affaires en quasi-temps réel. Ce ne sera pas immédiat, mais c'est un vrai avantage à attendre pour les adhérents ", projette Laura Oswald.
Solidarité Paysans s'inquiète de l'impact sur les agriculteurs
L'association Solidarité Paysans s'inquiète des effets de la mise en œuvre de la réforme de la facturation électronique sur la santé mentale des agriculteurs, dans une récente communication. " Par les obligations nouvelles qu'elle impose, sous peine de sanctions financières lourdes, par sa complexité et le manque d'accompagnement, cette réforme va accélérer la sortie du métier et l'arrêt de nombreuses fermes ", prédit l'association, qui y voit " un remembrement administratif qui ne dit pas son nom ".
La complexité du dispositif se heurterait à la difficulté d'accès à l'outil numérique par les agriculteurs : " Elle touche entre un tiers et la moitié des personnes en difficulté accompagnées par notre association, notamment les plus âgées et les plus isolées ". Solidarité Paysans exige une " application réaliste des contraintes faites " aux agriculteurs : libre choix entre la solution papier et numérique dans le mode d'établissement de la facturation et de relation avec l'administration, accès à d'autres dispositifs (lieux physiques, courriers, interlocuteurs téléphoniques…), développement d'une plateforme publique gratuite et adaptée, développement des dispositifs d'aide et de formation.