"Expliquer, expliquer, expliquer"
L'acceptabilité des projets agrivoltaïques a été très régulièrement abordée durant les assises, et pas seulement lors de la table ronde consacrée à ce sujet.
Arbre ou panneau?ecamp.
Comme de plus en plus souvent pour les projets qui concernent une exploitation, l'agrivoltaïsme fait régulièrement l'objet de questionnement, si ce n'est d'attaques. "Il faut expliquer, expliquer, expliquer, et largement en amont" estime Jean-Pierre Frossard, agriculteur en Haute-Marne. "Il ne faut pas forcément vouloir convaincre, mais intégrer ces oppositions". En tant que maire et président de l'association des maires ruraux de Gironde, Daniel Barge conseille d'aller systématiquement voir la municipalité concernée par l'implantation. "Et les contacts doivent perdurer, afin d'évoquer tous les sujets, comme le partage de la valeur. ". Un partage qui peut permettre d'impliquer les élus dans le projet. "L'idée c'est d'impliquer le territoire et montrer que le projet valorise les terres. Pourquoi pas aller vers un développement des circuits courts, lorsque le projet intègre les vaches ou des moutons?". Marie Bocé estime justement que cette appropriation est indispensable. "Le riverain peut être acteur dans le projet". Qu'il s'agisse des riverains, ou des élus, Olivier Bousquet de Reden, constate souvent que chacun se demande en effet ce que le projet va leur apporter. Julie Quentel, de Photosol ajoute que les chartes de concertation réalisées dans certains départements, peuvent être utiles. D'autant que selon elle, les oppositions, menées par des personnes loin d'être expertes dans le domaine se limitent souvent à "oui, mais pas chez moi", ou bien "c'est moche". "Il y a besoin de pédagogie" insiste Louise Lesparre, de la Clé des Champs. "Auprès des agriculteurs, mais aussi de leurs collaborateurs, et du grand public."
La jeune femme met en garde: "Souvent, les agriculteurs font de la communication en réaction, et sont donc agressifs. Ne faites pas cette erreur! "
→La PPL Lecamp pourrait revenir
En février 2025, Pascal Lecamp, député de la Vienne, déposait un projet de loi sur l'agrivoltaïsme. Voté en commission des finances, le texte (qui n'avait pas plus à la filière), n'a ensuite jamais été mis au vote. L'élu assure qu'il n'est pas pour autant enterré. "Je sais qu'il aura un avenir, peut-être dans la loi d'urgence agricole". Le député a travaillé avec 8 autres députés pour écrire ce texte destiné à "assurer un développement raisonné et juste" de l'agrivoltaïsme. Concrètement, ce projet de loi prévoit de limiter la taille des installations à une puissance maximale de 10 MW crête par exploitant et à 30 % de la SAU (avec une possibilité pour les CDPenaf de plafonner ces montants); de prévoir un partage de la valeur, et propose une contractualisation tripartite à deux étages. "C'est une opportunité économique pour certaines exploitations, mais aussi un développement d'énergie environnementale, mais l'agrivoltaïsme ne doit pas se faire au détriment de la production agricole". L'élu, qui précise qu'en 2025, 96 projets ont été présentés dans la Vienne sur 2 000 hectares craint aussi une prédation foncière. "Ce que fait ce projet de loi, c'est gérer l'acceptabilité pour pérenniser l'agrivoltaïsme. Il faut éviter le mitage du territoire, et la non-acceptabilité que l'on connaît aujourd'hui sur l'éolien".
Arbre ou panneau?
Pierre Prigent, de WWF, estime, lui, que l'agrivoltaisme n'a pas de vrai intérêt agronomique, et qu'il vaudrait mieux mettre en avant uniquement l'intérêt économique. "Pour moi, il n'y a pas de problème à dire que l'agrivoltaisme permet de produit une énergie renouvelable, et que c'est intéressant d'un point de vue économique. On n'a pas besoin de maquiller ça avec un argument agronomique. Qu'apporte un panneau que n'apporte pas un arbre?" Une intervention qui a suscité de nombreuses réactions, notamment des agriculteurs présents.
→Peur d'évoquer le sujet
Preuve des craintes d'opposition que suscite l'agrivoltaïsme, Harmonie Lamarche, agricultrice qui porte un projet dans la Vienne et qui intervenait lors des assises, a refusé de répondre à nos questions et que son projet soit évoqué dans la presse.
Lire également un article sur les assises françaises de l'agrivoltaisme, et un article sur une canopée qui va être testée en Charente.