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Des assises entre nouvel élan et blocages

Les assises françaises de l'agrivoltaïsme se sont déroulées la semaine dernière à Bordeaux. Près de 350 agriculteurs, développeurs, mais aussi représentants de la société civile, bureaux d'études et avocats y ont exprimé leurs attentes, mais aussi inquiétudes.

Pour Audrey Juillac, "l'agrivoltaïsme, c'est de l'innovation en puissance". La présidente de la Fédération Française des Producteurs Agrivoltaïques, elle-même agricultrice en maraîchage biologique dans le Lot-et-Garonne, rappelle que "la filière avance très vite dans le monde entier", et s'étonne de ce qu'elle constate en France. "Il faut arrêter de regarder du côté de la peur. Effectivement, il faut un cadre réglementaire clair, mais il faut aussi nous laisser travailler". Face à elle, les agriculteurs présents, mais aussi les développeurs se sont beaucoup exprimés, lors des assises françaises de l'agrivoltaïsme organisées par sa fédération. Des débats organisés autour de 4 tables rondes : les clés et les enjeux d'un nouveau narratif ; les axes d'une nouvelle résilience agricole ; acceptabilité : enjeux, menaces et leviers ; et entre filière d'avenir et menaces d'aujourd'hui, vers un nouvel élan.

Peu d'agriculteurs vont au bout

En introduction, Louise Lesparre, Fondatrice de La Clé des Champs, avait elle-même parlé, non pas d'innovation, mais de diversification. "Les fermes qui s'en sortent, c'est celles qui se diversifient. L'agrivoltaïsme est un complément de revenu qui peut permettre de souffler". Et de rappeler l'importance d'une cadre législatif clair, mais aussi d'une volonté politique. "On sent une vraie crispation" explique quelques minutes plus tard Marie Bové, de Valorem. "Les gens pensent qu'on va à l'apocalypse. Pourtant, l'agrivoltaïsme, ce n'est pas du hors-sol! La production solaire est vue comme un méchant qui vient artificialiser". Selon elle, les débats se sont d'autant plus tendus avec le débat politique et le projet de loi Lecamp.

Dans un baromètre réalisé par ADquation et la France Agricole, par le biais d'une enquête réalisée en fin d'année 2025, on découvre que 74 % des agriculteurs qui sont entrés en contact avec un développeur n'ont pas lancé de projet. Les freins sont avant tout techniques (35 %), mais aussi des questions d'acceptabilité (28 %), administratifs (13 %), économique (8 %) et agronomiques (6 %). À l'inverse, les agriculteurs interrogés expliquent s'intéresser à l'agrivoltaïsme pour stabiliser leur exploitation, préparer une transmission, ou sécuriser l'installation d'un jeune. "En revanche, seuls 10 % le font pour faire de l''ombre pour leurs animaux" détaille Mikaël Ménager, de ADquation.

À noter que le délai moyen pour mettre en place une centrale agrivoltaïque est de 7 ans.

→ PNR : bientôt 3 ans de tests dans la Vienne

Installé depuis juin 2023 à Lusignan, le Pôle national de recherche, innovation et enseignement sur l'agrivoltaïsme (PNR AgriPV), a depuis cette date mis en place des expérimentations, dans le but de fournir des éléments scientifiques sur l'agrivoltaïsme. Ce travail est mené de deux façons : via de la modélisation, mais aussi par le biais d'essais grandeur nature, réalisés grâce à un large réseau de partenaires. Dans un premier bilan paru l'été dernier (et paru dans la revue "Fourrages"), le PNR constate des résultats variables sur les différents sites, "qui peuvent s'expliquer à la fois par un certain nombre de facteurs comme la dimension des structures, les conditions pédoclimatiques, l'historique des parcelles ou la composition botanique". Didier Combes, directeur de la structure précise qu'il "faudra un peu plus longtemps pour avoir des résultats plus précis". Le PNR va notamment prendre le temps de se coordonner avec l'Ademe, qui a lancé un observatoire sur le sujet en 2025. Conscient que les résultats sont certainement très attendus par les professionnels du secteur, il rappelle que l'objectif est bien de faire de la recherche scientifique. En juin prochain, l'accord entre le PNR et les différents partenaires qui souhaitent continuer sera renouvelée. Un travail est également mené actuellement avec Sorégies, la Fondation Xavier Bernard et le lycée agricole de Venours, pour mettre en place des tests sur une parcelle située à proximité de l'établissement scolaire. "Pour les élèves, ce sera un support de formation, et l'idée est aussi de faire monter en compétences les acteurs de l'agrivoltaïsme"

"Des anachronismes qui vous empêchent"

À l'issue des 4 tables rondes, c'est Guillaume Riou, vice-président de la Région, en charge de la Transition écologique, énergétique et NéoTerra, mais aussi agriculteur, qui est venu clôturer les débats. L'élu a évoqué plusieurs anachronismes dans la société actuelle, qui "empêchent" selon lui la mise en place de projets d'agrivoltaïsme. "Le métier devient beaucoup plus pluriel" estime-t-il, rappelant qu'il y a 70 ans, "nourrir le monde était le projet des agriculteurs". Selon lui, les choses ont évolué, "mais dans la représentation mentale de la société et des politiques, l'injonction de production reste ancrée". Guillaume Riou estime aussi que les "décisions sont souvent urbaines, alors qu'elles impactent la ruralité", et enfin, estime que la décentralisation n'est pas encore opérationnelle.

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