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Du fromage, des ruminants et des fourrages

La troisième édition des Biennales des conseillers Fourrages, du 21 au 23 octobre, s’est déroulée à Poisy, commune de Haute-Savoie à proximité d’Annecy, pour découvrir les systèmes d’élevage locaux. Emmeline Beynet, conseillère fourrages et caprins de la Chambre d’agriculture de Charente-Maritime, revient sur ce voyage.

La visite et découverte des systèmes d’élevages de la zone étaient au programme de ces trois jours. Se sont également rajoutées des présentations de projets fourrages réalisés dans toutes les régions de France, et même de pays limitrophes.
Lors des visites et des interventions des professionnels de la zone, nous avons pu découvrir et comprendre le fonctionnement des systèmes d’élevage de Savoie et Haute-Savoie. Beaucoup sont impliqués dans une production avec un signe de qualité IGP ou AOP. Cette zone en compte plusieurs : 5 AOP (Reblochon de Savoie, Abondance, Chevrotin, Beaufort et Tomes des Bauges) et 3 IGP (Emmental de Savoie, Raclette de Savoie et Tomme de Savoie) sur les deux départements. Si ces signes de qualité sont des moyens permettant de mieux valoriser la production, ils exigent également de répondre à autant de cahiers des charges.
Outre les contraintes liées aux cahiers des charges, ce bassin de productions de fromages est également soumis à des contraintes techniques. La montagne et le climat modèlent beaucoup les systèmes fourragers : des pluies régulières toute l’année et une pente parfois impossible à travailler mécaniquement. Ces pluies régulières à hauteur d’une centaine de millimètres par mois expliquent la forte présence de séchage en grange, sans lequel il serait difficile de faire des foins précocement. Certaines parcelles ont une pente suffisante pour qu’un tracteur spécialement adapté puisse faucher et récolter, pour d’autres il faudra se résoudre à ce que ce soit les animaux qui aillent chercher l’herbe. Même si le pâturage n’est pas présent dans tous les élevages, pour ceux qui ont des parcelles de montagne, c’est la réponse à la contrainte naturelle qu’est la pente.
Il faut bien avouer que si la récolte sur les parcelles pentues est une contrainte certaine, pour gérer le parasitisme des chèvres il s’avère être un atout. En effet, les chèvres sont présentes en Haute-Savoie, notamment avec la production de Chevrotin. Le pâturage n’est pour autant pas obligatoire mais permet d’accéder à des parcelles ou alpages. Le pâturage dans cette zone ressemble aux parcours, les retours aux mêmes endroits sont assez rares. De cette manière, le pâturage ne semble pas être un frein pour l’éleveur nous ayant fait visiter son exploitation. Il faut cependant être précautionneux : le froid de l’hiver permet de détruire les parasites d’une année sur l’autre et les chèvres repassent peu aux mêmes endroits. Lorsque les chèvres changent régulièrement de surface pâturable, elles sont stimulées et trient moins. Toutes ces pratiques favorisent le pâturage ; cependant le fait d’être souvent en mouvement consomme plus d’énergie par rapport à un pâturage de plaine. La consommation d’énergie nécessaire au pâturage ne sera pas mise à contribution de la production laitière (650 L/chèvre en moyenne), mais ce n’est pas nécessairement un problème si le lait est bien valorisé.
Il l’est, et pourtant cette zone perd en nombre d’exploitation. Comme beaucoup de départements en France, les exploitations caprines et bovines de ces deux départements souffrent d’un manque d’installations et de reprise des exploitations existantes. La pression foncière est mise en cause, mais est-ce vraiment la seule raison ?

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